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Arabie saoudite: messieurs Harper et Couillard, il est temps d'agir !

22/01/2015 11:59 EST | Actualisé 24/03/2015 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

L'injuste condamnation du blogueur Raif Badawi à la flagellation et à la prison nous rappelle tous que l'Arabie saoudite, grande amie de nos puissants et partenaire commerciale de nos gouvernements, ne respecte pas les droits de la personne les plus élémentaires.

Je ne pensais pas qu'on parlerait encore de flagellation au 21e siècle. La peine de Raif Badawi n'est pourtant qu'un exemple parmi les nombreuses actions barbares du régime moyenâgeux saoudien contre les droits humains : inégalités hommes femmes, torture, exécutions publiques, décapitations, répression de dissidents, condamnations injustes...

Le crime de Raif Badawi aura été de croire en la liberté d'expression, en l'égalité des femmes et au droit de critiquer publiquement la monarchie totalitaire qui dirige son pays. Il a été condamné à recevoir 1000 coups de fouet. Pour l'instant, il a déjà été roué de 50 coups.

Le ministre John Baird a déclaré dans le style vindicatif et animé typiquement conservateur: «Le Canada est vivement préoccupé par la flagellation publique de M. Raif Badawi. Cette peine est une violation de la dignité humaine et de la liberté d'expression, et nous lançons un appel à la clémence dans cette affaire. La promotion et la défense des droits de la personne font partie intégrante de la politique étrangère du Canada.» Heu. Mister Baird, ça vous tentait pas de dire les vraies affaires? Que c'est dégueulasse, honteux, révoltant, injuste, cruel, inhumain! Que vous condamnez sans appel ces manières de faire. Que le Canada ne veut pas traiter avec des gouvernements qui bafouent les droits humains.

Nos premiers ministres Harper et Couillard pourraient faire preuve d'un peu moins de timidité et d'un peu plus de courage dans cette affaire. Et j'utilise le mot « affaire » consciemment puisque nous savons que nos dirigeants aiment faire des affaires avec le régime saoudien. De très lucratives affaires d'ailleurs. Le commerce des armes est florissant et les échanges commerciaux vont bon train.

À titre d'exemple, la compagnie General Dynamics Land Systems Canada basée à London, en Ontario, a annoncé en février 2014 une entente de 10 milliards de dollars canadiens avec le gouvernement d'Arabie saoudite pour l'achat de véhicules blindés... Et à quoi serviront ces véhicules blindés? Au défilé du carnaval? Au transport d'enfants pour aller voir Disney? À jouer dans le sable du désert? À la répression de la dissidence à ce régime politique totalitaire?

Quant au premier ministre du Québec qui a, rappelons-le, fait carrière en Arabie saoudite, demandons-nous s'il s'y était établi pour défendre les droits humains, pour travailler comme bénévole dans une ONG, pour soigner les dissidents malades, pour panser les plaies des prisonniers torturés ou pour faire des affaires en or en s'acoquinant avec des amis du régime.

Avec des liens aussi étroits avec le régime saoudien, le Canada et le Québec sont bien placés pour mener une action concertée afin d'obtenir la libération sans condition de Raif Badawi. Qu'attendent nos élus pour montrer leur leadership en matière de droits humains? Pas seulement par voie de communiqué timide, mais par des actions concrètes.

Par ailleurs, le Canada devrait se demander si la vente d'armes à des régimes totalitaires comme l'Arabie saoudite est compatible avec nos lois en matière de protection des droits humains. Il serait peut-être temps non seulement d'interdire ce genre de commerce, mais de condamner les entreprises sans scrupules qui s'adonnent à ce trafic puant.

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