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L'UMQ, société secrète?

21/06/2016 10:06 EDT | Actualisé 21/06/2016 10:06 EDT

Il y a quelques semaines déjà, Bernard Sévigny, le maire de Sherbrooke, a été nommé président de l'UMQ (Union des municipalités du Québec). Imaginez tous les avantages que cette nomination nous confère à titre de payeur de taxes? Je comprends que les citoyens des autres villes nous envient cet immense honneur. Je vous entends d'ici, peuple de Québec et de Montréal: «Pourquoi n'est-ce pas Régis le magnifique ou Denis le superbe?» Ben non, il s'agit de «Bernard le transparent.» Ah Bernard «le transparent» Sévigny, quel homme! En 2009, il avait fait campagne en disant que son administration serait celle de la transparence. Que d'espoirs il suscitait à l'époque! Il était jeune, il était beau, il était plein de bons principes, bref, j'ai presque failli y croire, bien que je n'ai pas voté pour lui. Bon! N'exagérons rien.

Mais quand même. Maintenant qu'il est à la tête de l'UMQ, je décide de me pointer à l'Hôtel de ville afin de le féliciter de sa nomination et aussi, pour lui poser des questions sur le fonctionnement de cet organisme. Mais n'anticipons pas sur les évènements. En fait, il est utile de savoir que, malgré l'immense honneur que l'on nous fait d'avoir un maire qui préside désormais les destinées de l'UMQ, cet organisme, financé avec nos taxes, est juridiquement de nature privée. À Sherbrooke, nous payons une cotisation de 90 000 $ par année afin d'avoir le privilège d'en être membres. N'est-ce pas formidable? Sauf qu'il nous est impossible de connaître le salaire du président de l'UMQ. Les citoyens ne peuvent même pas s'en faire communiquer les états financiers.

Pourtant, il s'agit d'argent public, issu de la poche des contribuables. C'est du moins ce que je me disais en communicant avec la Commission d'accès à l'information du Québec. Plein d'espérance, j'étais encore jeune et innocent, je me disais qu'enfin, enfin j'allais avoir toutes les réponses à mes questions. L'oreille vissée à mon combiné, j'attendais fébrilement la réponse. Et là, grande déception, on m'a dit que l'UMQ était un organisme privé. Rien à faire. J'ai pris un sacré coup de vieux là. Toutefois, je tente malgré tout une ultime tentative. Je communique directement au siège de l'UMQ. La dame, au demeurant très gentille, me répond: «seul le président peut dévoiler ce genre de renseignements, soit les états financiers et son salaire».

L'espoir renaît dans mon petit cœur jusque-là pétri d'innocence infantile. Notre maire n'est-il pas Bernard «le transparent», l'homme qui ne cache rien à personne, l'imputable bref, l'ami du citoyen? Et là, le soir venu, j'arrive à l'Hôtel de ville. Je demande à M. Sévigny de nous dévoiler son salaire et les états financiers de l'UMQ. Après tout, ne s'agit-il pas de l'argent des contribuables? Ces derniers n'ont-ils pas le droit de savoir comment leur argent est dépensé?

D'autant plus que, cette année, le compte de taxes a augmenté de 4,7 %. Et là, Bernard Sévigny, le cristallin, le limpide, me répond : «Non!» C'est la fin de toutes mes illusions. Ce laconique non me transperce jusqu'au fond des entrailles. Depuis le bas du dos, j'ai senti un courant électrique remonter le long de ma colonne vertébrale jusqu'à la racine de mes cheveux. Alors, je m'aperçois que notre maire est passé du côté obscur de la force. Il n'est plus le limpide, le transparent, le cristallin. Il est maintenant Bernard l'opaque, le sombre et le ténébreux. Je demande alors les motifs du secret. Il me répond: «C'est comme ça depuis 1916!» En plus d'être secret, on ne connaît même pas les raisons de ce secret.

Évidemment, si ce texte est un peu humoristique, cette question est des plus sérieuses. Car, en 2016, il est inconcevable qu'un organisme financé à même les taxes des citoyens n'ait aucun compte à rendre. Et quand il y a secret, il y a nécessairement des doutes. Dans le passé, est-ce que des gens ont détourné de l'argent à leur profit à l'UMQ? Est-ce que cet organisme obéit aux lois sur les appels d'offres lorsqu'il fait appel à des fournisseurs de services? Dans l'ombre des secrets, toutes les hypothèses sont donc permises. L'UMQ n'est ni plus ni moins qu'une société secrète qui pratique l'Omerta. Après la Commission Charbonneau, dommage que ces questions n'en suscitent pas davantage de la part de nos médias, les soi-disant défenseurs de la démocratie. À Sherbrooke, seule la station 107,7 FM a donné un écho à mes questions. J'espère qu'un média saura reprendre le dossier.

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