Pamela Druckerman

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Les Américaines devraient accepter les leçons de ces paresseuses mères françaises

Publication: 18/02/2013 11:34

Il y a quelques années, j'étais dans un café avec un groupe de Françaises qui venaient de déposer leurs enfants à l'école. Elles étaient exactement le genre de mères que je connaissais aux États-Unis: intelligentes, éduquées, assez élégantes et dévouées à leurs enfants.

Mais quand j'ai évoqué les activités extrascolaires, ces Parisiennes m'ont soudain semblé très éloignées de moi. Elles se sont un peu hérissées. L'une a dit que ses enfants n'avaient droit qu'à une seule activité chacun, parce qu'ils avaient besoin de temps pour s'ennuyer à la maison. Une autre a déclaré qu'elle avait supprimé toutes les activités extrascolaires parce qu'elle les trouvait "contraignantes".

"Tu les emmènes, et puis tu attends une heure, et puis tu dois revenir les chercher. Pour la musique, tu dois les faire pratiquer chaque soir... C'est une perte de temps pour moi. Et les enfants n'en ont pas besoin. Ils ont beaucoup de devoirs, ils ont la maison, ils ont d'autres jeux à la maison, et ils sont deux, donc ils ne peuvent pas s'ennuyer."

Au début, je me suis hérissée à mon tour. Quid d'en faire des êtres humains accomplis ? Peu leur importait alors les revers de leurs enfants? J'étais déjà stressée à l'idée que, chez nous, nous n'avions pas encore commencé les leçons d'espagnol ni les livres de premières lectures arrivés par avion quelques semaines avant (étrangement, je ne les avais pas trouvés dans les librairies parisiennes). Est-ce que ces mères françaises préservaient égoïstement leur propre temps libre au détriment du développement de leurs enfants ?

Quelques années, bien des recherches - et d'éducation parisienne - plus tard, je pense pouvoir affirmer que ce n'est probablement pas le cas. Je me suis faite à l'idée française (bien que pas exclusivement française) qu'un rythme de vie familiale plus lent et moins stressant ne signifie pas simplement plus de tranquillité pour les adultes. C'est aussi très bien pour les enfants.

C'est désormais un cliché que de dire que les familles américaines sont pressées. Depuis le premier anniversaire de ma fille, mes amis et ma famille aux États-Unis lui ont envoyé des jeux d'alphabet électronique et des boîtes de cartes d'apprentissage. Mes voisins français ne savaient même pas ce que c'était. Quand je revenais aux États-Unis, je regardais des parents monologuer sans fin avec leurs bébés qui babillaient sur le terrain de jeux - les parents français ont plutôt tendance à s'asseoir à proximité tandis que les enfants jouent tout seuls. Il nous paraît évident que plus les enfants franchissent tôt les différentes étapes de développement, mieux c'est, et que c'est notre devoir en tant qu'adultes d'accélérer le processus.

Cette hâte pour la compétition se poursuit avec les enfants plus grands. Les chercheurs qui ont étudié des foyers de classe moyenne ont observé "la façon de vivre à toute allure" dans laquelle la vie est orchestrée selon un code couleur par activité sur un tableau. La sociologue Annette Lareau décrit ainsi une famille américaine typique dans laquelle "chaque jour de la semaine, un, deux, voire les trois enfants ont quelque chose à faire, souvent à des heures et à des endroits différents."

Nous autres Américains avons des raisons de nous imposer toute cette suractivité - et le stress inévitable qui va avec. J'ai entendu parler d'études montrant que les enfants pauvres sont en retard à l'école parce qu'ils n'ont pas été stimulés assez tôt. Cela signifie donc que les enfants de la classe moyenne bénéficieraient aussi du fait d'être plus stimulés? Et nous avons la vague impression qu'en dotant nos enfants de nombreux talents grâce aux activités extrascolaires, ils auront de meilleurs revenus - ou qu'ils pourraient se retrouver à la traîne de leurs congénères si on ne les inscrit pas.

Pourtant, des études récentes penchent plutôt du côté français. Les activités extrascolaires sont bénéfiques si elles sont pratiquées avec modération. Les enfants ont aussi besoin de beaucoup de temps libre. Selon une étude du magazine Pediatrics, "jouer" (ou avoir du temps libre dans le cas d'adolescents) est essentiel pour le bien-être mental, physique, social et émotionnel de l'enfant et de l'adolescent. Les recherches sur le cerveau ont qualifié de "neuro-mythe" l'idée selon laquelle, plus on stimule de jeunes enfants, plus ils seront intelligents. Apparemment, gaver des enfants de maternelle de lectures et de maths les détourne de ce que pourquoi leurs cerveaux sont prédisposés à cet âge, comme la manière de se concentrer et de bien s'entendre avec les autres.

Les Français ont réalisé tout cela de façon intuitive, notamment parce qu'ils privilégient la qualité de la vie aussi bien pour les enfants que pour les parents. Ils ont compris que si quelque chose est très désagréable - par exemple courir tout le week-end comme une "maman taxi" (inutile de préciser que cette expression est péjorative) - ça ne peut pas être bon pour vous.

Peut-être que l'erreur des Américains ne vient pas de toutes ces leçons de tennis. C'est plutôt qu'à tant se focaliser sur les revenus, on en a oublié que la qualité des dix-huit ans, ou à peu près, qu'on passe en famille compte aussi. Personnellement, j'ai l'intention de passer le plus possible de ce temps dans les cafés, pendant que mes enfants jouent.

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  • Aider les parents à suivre

    Aux<strong> Etats-Unis</strong> les <strong>Parent Academy Programs</strong> sont des cours de mise à niveau dans diverses matières ainsi que sur le fonctionnement du système scolaire. Ils sont proposés aux parents dans l'école fréquentée par leurs enfants afin de répondre aux besoins de parents qui peuvent avoir besoin d'aide pour mieux les accompagner dans leur scolarité.

  • De l'aide à domicile pour... les parents

    En <strong>Israël</strong>, également pour aider les parents à mieux soutenir leurs enfants dans leur scolarité, des <strong>parents-formateurs</strong> viennent par ailleurs aux domiciles des parents pour leur donner des conseils, proposer des exercices pratiques d'apprentissage à réaliser avec leurs enfants etc. dans le cadre du programme HIPPY. L'avantage de ces parentsformateurs est aussi de mettre en confiance les parents, de les mettre plus à l'aise.

  • Créer du lien autour de la lecture

    Proposer des activités ludiques en marge de la scolarité qui permettent aux parents et à leurs enfants de développer leurs liens, tout en étant l'occasion de conseils et d'échanges entre parents, est un autre exemple de soutien à la parentalité pertinent. Ainsi, au <strong>Québec</strong>, des écoles organisent des «<strong> Soirées de gars</strong> » où seuls les pères accompagnés de leurs fils sont invités à se retrouver autours d'activités de lecture.

  • Des centres de documentation pour les parents

    Pour faciliter l'accès aux initiatives de soutien, des écoles américaines mettent en place dans leurs locaux des <strong>Family Resource Centers</strong> (bureaux des parents) où les parents peuvent demander conseils et être orientés vers des services plus spécialisés. Également pour faciliter l'accès, et également aux<strong> États-Unis</strong>, des <strong>entreprises </strong>proposent à leurs employés des<strong> programmes de soutien à la parentalité</strong> lors de leur pause-déjeuner (Talking Parents, Healthy Teens).

  • Former le personnel encadrant à répondre aux parents

    Des pays comme le <strong>Danemark </strong>ont plutôt choisi de former les personnels des services de santé et d'éducation pour que ceux-ci puissent répondre aux questions des parents en matière de parentalité. D'autres initiatives, comme celle de la Ville de Toronto (Toronto First Duty), au Canada, ou comme le Harlem Children's Zone aux États-Unis, regroupent dans des centres, de façon très intégrées, plusieurs services destinés aux familles comme les services de garde, d'éducation, de soutien à la parentalité, de santé etc.

 

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