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Les Iraniens sur la voie du Chili?

Le processus de la chute du Général Pinochet en Chili avait commencé par un mouvement de justice pour les victimes de sa répression politique.

09/09/2017 08:00 EDT | Actualisé 09/09/2017 08:00 EDT
Reuters Photographer / Reuters
Le Canada a été le pionnier des valeurs humaines dans ces relations avec Téhéran.

Le 1er septembre est une journée de solidarité avec les prisonniers politiques en Iran, a proclamé une motion du Parlement canadien. À cette occasion, la communauté irano-canadienne s'est rassemblée devant le Parlement d'Ottawa pour appeler à une initiative du Canada en faveur de la justice en Iran.

Un mouvement pour la justice a été lancé en été 2016 pour réclamer la traduction en justice des protagonistes des massacres de 1988 dans les prisons politiques iraniennes qui ont coûté la vie à 30 000 opposants. Ceci comprend notamment le Guide suprême de la théocratie en place, Ali Khamenei qui était président de la République au moment des faits, ainsi que l'actuel et le précédent ministre de la Justice du cabinet de Hassan Rouhani, tous deux membre des « commissions de la mort » constituées pour l'exécution collective des opposants emprisonnés.

Les réseaux des Moudjahidine du peuple, principal mouvement d'opposition qui réclame la chute de la République islamique et l'instauration d'une République laïque, ont rapidement développé ce mouvement à l'intérieur de l'Iran qui a notamment recruté de nombreux jeunes iraniens. Ces jeunes qui n'étaient pas nés pendant les évènements, mais qui ne s'identifient pas dans le pouvoir en place, sont choqués par l'ampleur de ces massacres qu'ils ignoraient. Ils voient dans ce mouvement en faveur de la justice, une véritable renaissance de l'espoir pour en finir avec la dictature religieuse.

Le mouvement a fait tache d'huile jusque dans les prisons du pays où une vingtaine de prisonniers politiques qui venaient de déclarer qu'ils rejoignaient ce mouvement ont été passés copieusement au tabac, avant d'être transférés manu militari à un secteur de haute sécurité de la prison de Raja'i Shahr, à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Téhéran.

Les nouvelles conditions de détention de ces prisonniers politiques sont intenables, confirme Amnestie Internationale dans un communiqué du 22 août. Selon l'ONG, le nouveau secteur de la prison de Rja'i Shahr qui enferme ces prisonniers politiques est démuni d'eau potable, les fenêtres sont couvertes par des plaques de métal. « Ces mesures répressives, ainsi que l'interdiction faite aux détenus de voir leurs proches ou de leur téléphoner, semblent s'inscrire dans le cadre d'une stratégie concertée pour couper les prisonniers politiques du monde extérieur et limiter les fuites d'information sur la longue liste des violations des droits humains qu'ils subissent régulièrement à la prison de Raja'i Shahr » ajoute Amnestie Internationale.

Vingt-et-un prisonniers politiques qui ont été déplacés de force dans ce secteur qui les coupe entièrement du monde extérieur.

Vingt-et-un prisonniers politiques qui ont été déplacés de force dans ce secteur qui les coupe entièrement du monde extérieur. Ils ont commencé une grève de la faim depuis plus d'un mois déjà, pour réclamer leur retour au précédent secteur de la prison dans lequel ils se trouvaient. L'état de santé de plusieurs d'entre eux est déjà alarmant.

Le combat de ce mouvement pour la justice en Iran n'est donc pas un combat du passé ; il est en plein dans l'actualité. Tout comme les quatre lignes d'une fatwa de l'Ayatollah Rouhollah Khomeiny ont suffi, il y a 29 ans, pour exterminer 30 000 personnes en moins de deux mois, une nouvelle fatwa contre ceux qui sont actuellement prisonniers politiques pourrait encore déclencher une horreur à chaque instant.

C'est pourquoi la communauté irano-canadienne a appelé à l'engagement du Canada pour envoyer le dossier des crimes de l'actuel régime iranien devant un tribunal international.

C'est pourquoi la communauté irano-canadienne a appelé à l'engagement du Canada pour envoyer le dossier des crimes de l'actuel régime iranien devant un tribunal international. En effet, pour qu'un processus judiciaire soit déclenché par une instance internationale, il faut que le Conseil de sécurité de l'ONU appelle celle-ci à poursuivre le dossier qu'il lui soumettra. Pour cela, il faudrait qu'un pays ou une instance même des Nations Unies (comme le Haut-Commissariat pour les Droits de l'Homme) en fasse la demande.

Irwin Cotler (ancien ministre de la Justice), David Kilgour (lauréat du Prix de la Société internationale pour les droits de l'homme) et l'ancienne député de Laval-les-Iles, Raymonde Folco, étaient également face au Parlement pour soutenir l'appel de la communauté iranienne.

Le Canada a été le pionnier des valeurs humaines dans ces relations avec Téhéran. C'est ce qui fait de ce pays, le meilleur choix pour prendre la tête de cette campagne sur la scène internationale. Une telle initiative sera non seulement un remède à un silence complice de la communauté internationale qui dure depuis près de trois décennies.

Cette lutte pour la justice est donc loin de concerner seulement l'Iran. Beaucoup d'Iraniens rappellent que le processus de la chute du Général Pinochet en Chili avait commencé par un mouvement de justice pour les victimes de sa répression politique.

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