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Iran: un scrutin sous haute tension

18/05/2017 09:28 EDT | Actualisé 18/05/2017 09:28 EDT

Le 19 mai prochain aura lieu en Iran une parodie d'élection présidentielle. Mais un État qui fonctionne en vase clos ne peut que courir vers une déchéance annoncée.

Le processus de candidature

Procédons par ordre et expliquons en quoi cette élection n'est qu'une gigantesque farce en vue de mettre un peu de dorure pseudo démocratique sur une épaisse couche de dictature brutale et religieuse. En Iran, six candidats se sont portés volontaires pour s'affronter lors de cette élection présidentielle. Rectifions: six candidats ont été validés par le Guide suprême pour se présenter.

S'ils veulent être sélectionnés, les candidats doivent jurer fidélité au Guide islamiste selon les termes inscrits dans la Constitution: «croire et adhérer à l'islam et au système sacré de la République islamique dans la pratique," et "exprimer sa loyauté à la Constitution et le principe du velayat-e Faqih" (la tutelle absolue du guide religieux). Pire encore, si l'article 27 de la Constitution permet les rassemblements, il précise qu'ils ne doivent pas violer les principes et fondements islamiques. Plus clairement, toute candidature émanant d'une potentielle opposition ne peut être validée. L'élection présidentielle sert donc uniquement à consacrer un membre du régime adoubé par le Guide suprême. Aucun «infidèle», tel que décrit par le Guide, ne peut avoir voix au chapitre.

Sur les six candidats validés, deux sont favoris et quatre sont des figurants. D'un côté, le président sortant Hassan Rohani, de l'autre Ebrahim Raïssi, le favori d'Ali Khameneï, le plus dur des conservateurs, décrit comme le plus zélé des membres de la «commission de la mort», celle qui en 1988 a exécuté plus de 30 000 opposants au régime sur une fatwa du Guide suprême d'alors.

Il n'existe pas de différence fondamentale ou existentielle entre les deux hommes. Si le second est un véritable «faucon», le premier détient sous sa présidence le triste record du nombre d'exécutions, avec plus de 3 000 pendaisons, dont 77 femmes. L'un attaque frontalement quand l'autre glisse sa main de fer dans un gant de velours avant de contrer les offensives des opposants au régime.

Le boycottage des opposants

Pour leur part, les opposants ont lancé une véritable campagne de boycottage pour dénoncer la «mascarade électorale». Les militants de l'Organisation des Moudjahidine du peuple d'Iran (OMPI), la principale opposition démocratique organisée, ont lancé depuis quelques semaines une vaste campagne d'affichages et de mobilisation sur les réseaux sociaux pour dénoncer l'inanité du scrutin. Un instrument, selon eux, au service du dictateur Ali Khamenei, pour donner un verni de légitimité à un régime honnit par la majorité des Iraniens.

Des clips vidéo des activités des cellules de résistance de l'OMPI en Iran ont été publiés sur les réseaux sociaux. Le slogan le plus en vue? «Ni charlatan, ni bourreau, je vote pour le renversement du régime». Le charlatan c'est Rohani qui n'a rien fait de concret pour favoriser une ouverture politique dans la société iranienne depuis qu'il est président. Le bourreau c'est Raïssi, le favori des sinistres gardiens de la révolution.

Concernant les activités des militants de l'OMPI en Iran, l'agence de presse Fars a écrit le 3 mai: «Reza Nazari, membre de l'Union des Associations islamiques des Étudiants, dans une interview avec l'agence Fars a déclaré que les Moudjahidine du Peuple tentent d'influencer l'élection présidentielle (...) Nous ne devons pas être influencés par la propagande de notre ennemi. En sapant la confiance des gens, l'ennemi veut attaquer le système tout entier».

Le contexte

D'abord, le Guide suprême redoute le même type de soulèvement que celui ayant eu lieu en 2009, à la suite de l'élection du sinistre Mahmoud Ahmadinejad. Et la mise en place d'Ebrahim Raïssi pourrait facilement entraîner ce type de contestation populaire, tant l'homme représente le fascisme théocratique le plus dur. Toutefois, il permettrait de poursuivre la politique d'extension du califat, la politique belligérante de l'État islamique iranien en dehors du pays, et la politique très répressive en interne face aux opposants. Pour combler l'affaiblissement du Guide, Raïssi doit être élu, mais un passage en force fâchera forcément le peuple comme en 2009.

Ensuite, Khamenei attend avec inquiétude la position américaine, l'accord sur le nucléaire iranien remis en cause par l'administration Trump. Il restera alors deux choix possibles ; accepter de nouvelles restrictions comme celles ayant mené à l'accord nucléaire, ou partir à la confrontation directe. Khamenei marche donc sur des œufs.

Ce que l'on sait, c'est qu'à tourner en boucle dans un vase clos, le régime s'effondre.

Si l'on ajoute à cela le contexte économique de l'Iran, qui voue toute son économie à la guerre, et où près de 60 % de l'économie intérieure est dirigée directement ou indirectement par les Fondations affiliées au Guide et aux gardiens de la révolution (les pasdaran), on obtient une poudrière prête à exploser. La ligne rouge fixée par Khamenei est avant tout centrée sur la réaction du peuple. Il veut éviter à tout prix un soulèvement, surtout dans un contexte de tensions entre les factions.

Ce que l'on sait, c'est qu'à tourner en boucle dans un vase clos, le régime s'effondre. La consanguinité de caste fait des dégâts à long terme. Sans une mise en cause profonde de ce système corrompu jusqu'à l'os, il est voué à la déchéance à court terme. La seule question qui subsiste n'est pas de savoir si ce régime tombera, mais quand il tombera.

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