LES BLOGUES

Pourquoi faire la grève: quand les étudiants enseignent aux professeurs

09/12/2015 05:47 EST | Actualisé 09/12/2016 05:12 EST

Je suis de nature curieuse et c'est peut-être pour cette raison que j'ai étudié en physique. Aujourd'hui, ce n'est pas parce que j'enseigne les sciences au cégep Garneau que j'ai perdu le plaisir d'apprendre, bien au contraire. Il arrive même que ce soit les étudiants qui me donnent la leçon, comme ce fût le cas en 2012, lors du printemps érable. Les étudiants étaient alors mes mentors.

Ce moment, maintenant immortalisé dans notre histoire commune, m'a fait suivre un cours pratique de politique sociale. J'ai vu ce qu'un front commun (CLASSE, FEUQ et FECQ) uni dans la grève peut accomplir. Aidé de la population, il est même allé jusqu'à faire tomber un gouvernement néolibéral qui s'attaquait directement à un acquis de la social-démocratie: l'éducation accessible à tous.

Aujourd'hui, l'histoire se répète: un autre gouvernement, toujours avec les mêmes idéologies néolibérales, s'attaque aux ressources destinées à l'éducation et aux services publics. Ici, l'idée est d'affaiblir le réseau public à l'aide de politiques d'austérité, cela dans le but de justifier l'utilisation du privé. Dans ce conflit, de nos élus s'acharnent à détruire ce qui me rend fier d'être Québécois. Je m'en souviendrai aux prochaines élections : il n'y a pas que la devise du Québec qui a de la mémoire. C'est d'ailleurs, pour m'aider à comprendre les enjeux du présent conflit que je me souviens du printemps érable...

JE ME SOUVIENS de la force du nombre. La mobilisation était totale, c'est le plus grand mouvement étudiant jamais vu au Québec! La grève permet d'unifier tous les membres dans une action concertée. Par exemple, 73% des professeurs du cégep Garneau ont voté pour la grève au mois de septembre et c'est 100% des membres qui la font! Les détracteurs ne peuvent plus se défiler, tous doivent agir. Les actions menées ont alors un impact plus important. De plus, c'est une façon de dénoncer clairement un mécontentement. C'est sans ambiguïté que les professeurs se sont levés pour se battre contre les mesures d'austérité promues par les idéologues néolibéraux tels que Martin Coiteux.

JE ME SOUVIENS que le printemps érable a permis de faire circuler une quantité phénoménale d'informations sur le rôle de l'éducation dans la société. J'ai alors pris conscience des enjeux idéologiques et de la complexité de la situation. Avant tout, une grève, c'est une occasion pour s'informer et se mobiliser entre grévistes, mais c'est aussi une façon de conscientiser le grand public à la problématique qui nous affecte. C'est suite à des jours de grève, de réunions et de discussions, que j'en suis venu à la conclusion que nous sommes sur le pied de guerre, car nous voyons le système d'éducation public s'effondrer sous les attaques des libéraux. Nous nous battons en payant individuellement de notre temps et de notre argent pour faire une grève vouée principalement à la défense des intérêts collectifs nationaux. Est-ce que le message va passer auprès de la population? Seul le temps nous le dira. Chose certaine, grâce à la grève, le message circule parmi les 400 000 membres du front commun (CSN, FTQ, SISP).

JE ME SOUVIENS du fait que la grève exerce une pression importante sur le gouvernement. Le statu quo n'est alors plus possible. La ministre de l'Éducation d'alors a démissionnée. En 2015, avec la grève, on force la main de nos patrons. Le rôle joué par les services publics est essentiel et on ne peut pas s'en passer trop longtemps. Parfois, il faut perdre un service qu'on avait tenu pour acquis pour se souvenir de son importance. La grève permet de remettre en perspective l'importance de notre rôle dans la société. Cette pression génère des effets concrets. Ainsi, il y a eu plus d'avancés dans les discussions de négociation dans les deux dernières semaines, depuis qu'on exerce notre droit de grève, que dans la dernière année de négociation au complet. De plus, grâce à la grève, nos négociateurs se sentent appuyés par tous les membres et ils peuvent ainsi négocier avec plus de confiance.

JE ME SOUVIENS de la violence faite aux grévistes étudiants. Quand je parle de violence, je fais référence aux attaques faites envers nos droits fondamentaux. Par exemple, même si aucune loi spéciale ne peut forcer des étudiants, qui sont non-salariés et insolvables, à rentrer en classe, des injonctions de certains juges ont attaqué le droit de grève des étudiants, allant même à justifier de la violence policière. Cette fois-ci, plus tôt cette semaine, le Ministère de L'Éducation a ordonné à ses directeurs généraux d'allonger le calendrier scolaire en raison des jours de grève. Plusieurs cégeps en ont profité pour exiger à leurs professeurs de reprendre les jours de grève, et cela, sans être rémunéré. C'est une attaque directe au droit de grève! Ce qu'on nous dit : «OK, Faites la grève, renoncez à être payés et reprenez les journées manquées, toujours sans salaire! ». C'est ridicule, violent et même illégal! La Cour suprême du Canada l'a même rappelé au gouvernement provincial de la Saskatchewan cette année. Cela dit, au cégep Garneau, la direction ne nous a pas encore sommés de reprendre les jours de grève. Quelle sera notre réponse si la direction du cégep change son fusil d'épaule et impose une reprise non payée des cours? Qu'allons-nous faire si les élus provinciaux votent une loi spéciale contraignante?

Chose certaine, JE ME SOUVIENS du courage des étudiants du printemps érable pendant les mois de grève, les injonctions et lorsque la loi spéciale 78 est tombée sur le Québec. Je sais maintenant qu'il est possible de vaincre la peur et la violence, mais pour cela, il faut faire la grève, il faut rester unis et on doit être prêt à aller jusqu'au bout s'il le faut!

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Grève étudiante: la manifestation «casseroles»

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter