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Le coming out manqué de Kevin Spacey

Les jeunes gais admirateurs de cinéma et de séries télévisées ne devraient pas s’identifier à Monsieur Spacey : il ne représente pas ce à quoi la communauté LGBT devrait aspirer.

01/11/2017 09:00 EDT | Actualisé 01/11/2017 11:37 EDT
Eduardo Munoz / Reuters
Les jeunes gais admirateurs de cinéma et de séries télévisées ne devraient pas s’identifier à Monsieur Spacey : il ne représente pas ce que la communauté LGBT devrait aspirer à être.

Nous disons, dans la généralité des cas, que les sorties du placard de personnalités ont leur place sur la scène publique. De telles sorties aident des personnes à repérer un modèle et de dire que c'est tout à fait normal et honorable de faire partie de la communauté LGBT. Souvenons-nous de l'importance de la révélation d'Ellen Degeneres en 1997. Elle devenait, par conséquent, une pionnière et permettait à plusieurs personnes LGBT de révéler leur vraie nature. À ce moment-là, cette dernière fit la une du très prestigieux magazine TIME et transforma la représentation LGBT à la télévision. Cela nous démontre à quel point la communauté est représentée depuis très peu de temps.

Monsieur Spacey était un acteur de renom, il ne l'est plus : point final. Il y a de cela plus de 30 ans, ce dernier aurait possiblement agressé sexuellement l'acteur Anthony Rapp. La notion d'agression sexuelle reste encore floue pour certains cas, mais ce qu'il faut savoir est que ce n'était nullement consensuel. À l'époque, Spacey avait 26 ans et Rapp, 14 ans. C'est tout à fait illégal et si les faits s'avèrent à être fondés, le coupable devrait payer cher pour ses actions passées. Sa fantastique carrière d'acteur devrait également en souffrir. Ce peut être difficile à concevoir pour certaines personnes qui en sont venues à s'attacher à Monsieur Spacey pour ses grands talents d'acteur. En réagissant aux allégations, il en a profité pour révéler au monde son homosexualité. Surprenant, certains diront, mais ce n'est surtout pas le moment pour une telle sortie. Ce gagnant de deux Oscars tente probablement de se cacher derrière l'arc-en-ciel pour que nous oubliions les actes indécents qu'il aurait pu commis.

Les réelles victimes sont ces hommes ou femmes qui ont dû vivre avec de tels agissements et garder silence par peur de représailles.

Tard dimanche soir, par l'entremise de son compte Twitter, Kevin Spacey a envoyé un message où il se dit horrifié par les accusations qui lui sont adressées. Dans les dernières semaines médiatiques chaotiques, ce n'est pas la première fois que nous entendons ce genre de propos démesurés. Gilbert Rozon ainsi qu'Éric Salvail avaient tous deux utilisé le terme « ébranlé » pour décrire leurs états d'âme lorsque des victimes étaient venues de l'avant pour les accuser. Se dire horrifié ou ébranlé lorsque le mal a déjà été fait est que trop peu trop tard. Un élément que je ne comprends pas est le fait que les coupables d'attouchements ou d'agressions sexuelles cherchent toujours à se faire pardonner par les gens les entourant. Faute de se le rappeler, ils ne sont point des victimes. Les réelles victimes sont ces hommes ou femmes qui ont dû vivre avec de tels agissements et garder silence par peur de représailles. C'est d'autant plus vrai lorsque les agresseurs sont en position d'autorité comme c'est le cas avec les scandales récents qui choquent l'Amérique au grand complet. Nous le savons dorénavant, personne n'est au-dessus de la loi, il nous faut dénoncer si nous avons été témoins d'un acte condamnable ou si nous en sommes la victime. Aucun être humain ne mérite de souffrir en silence.

Dans sa courte lettre, l'acteur jouant Frank Underwood dans la série House of Cards s'excuse pour les actes qu'il aurait pu commettre à l'endroit d'Anthony Rapp. Il évoque, très discrètement, l'idée qu'il ait bien pu être intoxiqué lors des faits. Il faut se le redire que la consommation d'alcool ou de drogues n'excuse pas des agressions ou des attouchements de natures sexuels.

Les jeunes gais admirateurs de cinéma et de séries télévisées ne devraient pas s'identifier à Monsieur Spacey : il ne représente pas ce à quoi la communauté LGBT devrait aspirer.

Mais ce qui me fâche le plus dans la déclaration de Spacey est qu'il a profité des accusations pour sortir du placard et révéler son orientation sexuelle, orientation qu'il avait cachée au grand public toutes ces années. Au courant de sa carrière, il avait stipulé que cet aspect de lui resterait privé. Je ne sais pas à quoi lui et son équipe de communication ont pensé, mais ce fut de toute évidence l'une des sorties du placard la plus ratée de l'histoire. La communauté LGBT se rallie habituellement avec toutes personnes faisant son coming out puisque c'est une étape importante dans la vie de quelqu'un. Ça ne va pas se passer comme suit dans le cas de cet acteur. Les jeunes gais admirateurs de cinéma et de séries télévisées ne devraient pas s'identifier à Monsieur Spacey : il ne représente pas ce à quoi la communauté LGBT devrait aspirer. En faisant une telle annonce, le coupable stigmatise encore plus sa communauté et envoi une imagine péjorative des personnes gaies.

À quoi pouvons-nous nous attendre?

L'automne 2017 se révèle être un moment de grand éveil sociétal. La tourmente Harvey Weinstein aura été un moment tournant dans la relation entre autorités et subordonnants. Pour les années à venir, nous nous souviendrons de l'instant où les victimes alléguées de ce géant d'Hollywood sont venues de l'avant. Plusieurs hautes personnalités publiques sont tombées à la suite de ce scandale. Plus près de nous, Éric Salvail et Gilbert Rozon ont perdu leur carrière respective. Nous pouvons dire que le grand ménage a été fait dans le « show-biz » québécois.

En tant que société, nous disons non à des comportements sexuels inappropriés. On commence à se tenir debout pour sa personne, ce qui ne peut qu'être bien. Nous risquons, dans les mois à venir, de voir plusieurs autres personnes connues éclaboussées et ce n'est que bon signe que les victimes trouvent le courage d'affirmer leur dignité humaine. Il n'y a rien de plus beau que l'être humain, respectons-nous.

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