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Donald Trump, la liberté d'expression et la NFL

Le principe de liberté d’expression fonctionne-t-il seulement si l’on ne critique pas le président américain?

25/09/2017 12:14 EDT | Actualisé 04/10/2017 06:39 EDT
USA Today Sports / Reuters
Les athlètes s’attaquent aux institutions américaines, mais plus particulièrement à Trump et à son administration qui ne cessent d’utiliser un langage promouvant la division à l'intérieur de la société.

Le président des États-Unis est de nouveau en plein coeur d'une controverse. Il y a quelques jours, ce dernier a dit que la NFL se devait d'être plus stricte lorsque des joueurs de football ne respectaient pas le drapeau américain.

Le tout se déroulait lors d'un rallye politique, à Huntsville en Alabama, dans le but d'encourager la réélection du sénateur Luther Strange. Celui-ci affronte actuellement un autre républicain, Roy Moore, aux primaires pour savoir qui affrontera le candidat démocrate.

C'est le 12 décembre prochain que nous saurons si Monsieur Strange garde son siège : rappelons que les 50 États américains ont chacun 2 sénateurs élus au Congrès américain. Cette course politique est passée inaperçue, merci au président des États-Unis qui est venu voler la vedette comme il sait si bien le faire.

Trump a appelé les responsables de la Ligue nationale de Football (NFL) à renvoyer sur-le-champ les athlètes ne respectant pas le drapeau national en s'agenouillant lors de l'hymne national. En disant de telles bêtises, Donald Trump lance une flèche à tous les sportifs qui ont l'intention de ne pas se tenir debout lors du chant de l'hymne national, mais également à ceux l'ayant fait par le passé. Ce qu'il a dit, bien au-delà de ce que l'on n'aurait pu nous imaginer, est indigne de la fonction qu'il occupe. Le pire là-dedans est que la foule était en liesse lorsqu'il a dit ces paroles non réfléchies. Et le fait de mettre ses genoux au sol, est-ce aussi irrespectueux que d'intimider tous ceux s'opposant à vous?

Le principe de liberté d'expression fonctionne-t-il seulement si l'on ne critique pas le président américain ?

Voilà une chose dont je ne comprends pas venant de quelqu'un qui se dit un grand admirateur de la liberté d'expression. Le principe de liberté d'expression fonctionne-t-il seulement si l'on ne critique pas le président américain ?

Les revendications derrière un tel geste

Pourquoi tant de sportifs posent-ils le genou au sol lors des hymnes nationaux ? Le tout vient s'inscrire dans la lignée des épisodes racistes qui font sans cesse la une des médias. L'action de poser son genou est pour critiquer le racisme qui est encore présent en 2017 aux États-Unis. Les Afro-Américains faisant de même critiquent le traitement injuste que connaissent la communauté noire ainsi que d'autres minorités. Beaucoup d'habitants américains et d'ailleurs sur le globe regardent des sports professionnels nord-américains. Ces sportifs ont donc un pouvoir d'influence énorme qu'il ne faut pas minimiser.

Il y a encore des tensions raciales aux États-Unis ainsi que dans d'autres recoins du monde, il faut se le rappeler et ne pas l'ignorer.

Le geste symbolique, qu'est celui de s'agenouiller lors des hymnes nationaux, en est un qui est pacifique et qui a grandement sa place dans une démocratie. Au cours des dernières années, plusieurs citoyens américains noirs ont perdu la vie injustement. Il y a encore des tensions raciales aux États-Unis ainsi que dans d'autres recoins du monde, il faut se le rappeler et ne pas l'ignorer. Ça peut être difficile à s'imaginer pour un Canadien habitant une grande ville. Nous devons dire que les vies des noirs comptent (Black Lives Matter) puisqu'il n'y a personne qui doit être laissé sur le banc.

Les athlètes s'attaquent aux institutions américaines, mais plus particulièrement à Trump et à son administration qui ne cessent d'utiliser un langage promouvant la division à l'intérieur de la société. Il n'y a pas si longtemps, il mettait les suprématistes blancs et les activistes d'extrême gauche dans le même panier de culpabilité.

Un chemin tracé par Colin Kaepernick

Il faut saluer le courage de l'ancien quart-arrière des 49ers de San Francisco, Colin Kaepernick, qui a eu l'audace d'être le premier athlète à refuser de se tenir debout lors des cérémonies d'avant match.

En faisant de la sorte, il a donc su, en tant que citoyen américain, rouvrir le débat sur les tensions raciales aux États-Unis. Il faut donc saluer son geste qui lui a coûté son emploi certains diront. À la suite de son audace, plusieurs sportifs d'envergure, dont Le Bron James et Stephen Curry, ont manifesté, d'une façon ou d'une autre, contre le traitement réservé aux membres de la communauté noire. Les sportifs, en tant que personnalités publiques, ont le pouvoir d'influencer les décideurs publics et la population par leurs paroles et leurs gestes donc à eux d'en profiter.

Souvenons-nous des Jeux olympiques de Mexico (1968) où deux athlètes américains, Tommie Smith et John Carlos, ont levé leur poing au ciel lors de la remise des médailles pour dénoncer l'injustice envers les personnes noires.

Samedi soir, le 23 septembre, c'était au tour du chanteur Stevie Wonder d'imiter le geste de Kaepernick lors de la tenue d'un concert à New York.

Plusieurs avaient prédit la destitution de Trump quelques semaines à la suite de son élection. Peut-être bien que leur prédiction verra le jour dans les prochaines semaines puisque ce qu'il a dit à propos de sportifs est la goutte qui fait déborder le vase. Il n'y a pas de place pour l'intolérance et l'intimidation, et ce, surtout pour l'homme ayant les codes nucléaires.