LES BLOGUES

Violence familiale: un cas type de «men bashing»

12/12/2013 12:51 EST | Actualisé 10/02/2014 05:12 EST

Du 25 novembre, journée de lutte à la violence faite aux femmes, au 6 décembre, date de la commémoration de la tuerie de Polytechnique, s'est déroulée la neuvaine féministe de dénonciation de la violence faite aux femmes. Une neuvaine vite transformée en campagne de dénigrement systématique envers les hommes. S'agit-il d'un signe des temps, mais il semble que cette propagande s'est faite sur un ton légèrement plus bas cette année, comme si elle passait moins bien, l'esprit critique populaire se développant lentement mais sûrement au fil des ans.

Mais il y a toujours des dérives...

L'une d'elles nous est venue d'Isabelle Maréchal, chroniqueuse au Journal de Montréal, et avait pour titre L'amour qui tue. Vous l'aurez deviné, Mme Maréchal a distribué les rôles selon la tradition féministe victimaire: celui des victimes est allé aux femmes, et celui des prédateurs aux hommes, bien sûr. Impossible de penser différemment. D'ailleurs, tout discours qui ne respecte pas ces paramètres bien définis et si confortables pour un esprit peu investigateur irrite Mme Maréchal. À ce propos, elle écrit :

«Pourquoi, dès qu'il est question d'un père qui a tué ses enfants par "vengeance" contre sa conjointe, faut-il s'empresser de citer les noms des mères infanticides?»

Parce que ces noms correspondent à des personnes de sexe féminin qui ont tué leur enfant. Ils contribuent à donner un visage «humain» à la violence au féminin et à briser un tabou ainsi qu'un stéréotype.

Au fait, le terme infanticide désigne spécifiquement le meurtre du nouveau-né. Dans la majorité des cas, c'est la mère qui tue. Selon Statistique Canada, «il y a infanticide lorsqu'une femme cause volontairement la mort de son nouveau-né (nourrisson de moins de un an), si l'on croit que son esprit est alors déséquilibré en raison des effets de l'accouchement ou de la lactation.» Soulignons que la cruauté, l'insensibilité ou la démence ne sont pas envisagées ici, malgré les dépêches qui nous parviennent des quatre coins du monde.

Plus étonnant encore, il n'existe aucun moyen de connaître auprès de Statistique Canada la proportion d'hommes et des femmes coupables d'infanticides ou de meurtres d'enfants. Ayant constaté ce vide, j'ai directement adressé à cet organisme une demande d'information dans ce sens. On m'a répondu ceci :

«Vous trouverez dans le tableau CANSIM 252-0051 des statistiques des crimes fondés sur l'affaire par infractions détaillées, incluant des données sur l'infanticide. (...) Les données de ce tableau ne sont toutefois pas disponibles par sexe de l'accusé.»

«De plus, le tableau CANSIM 252-0053 présente de l'information sur le nombre de causes et d'accusations aux tribunaux de juridiction criminelle pour adultes. Les données de ce tableau sont disponibles par sexe et groupe d'âge de l'accusé. Toutefois, les données ne sont pas disponibles spécifiquement pour l'infanticide et le meurtre d'enfants.»

À défaut, donc, de savoir leur pourcentage, il faut connaître les noms de ces meurtrières - oui, «meurtrier» se féminise - à cause de bien-pensants trop nombreux pour qui la violence doit rester un phénomène essentiellement masculin, malgré l'abondance de documentation qui démontre la responsabilité féminine.

Mme Maréchal poursuit, toujours indignée contre la progression populaire d'un discernement nuancé sur le phénomène de la violence familiale:

«Pourquoi, chaque fois qu'il est question de violence conjugale, y a-t-il quelqu'un qui croit bon de rappeler que les hommes aussi en sont victimes? Que les femmes ne sont pas les seules à "manger des claques"?»

Parce qu'il est nécessaire de rappeler que les hommes aussi en sont victimes et que les femmes ne sont pas les seules à manger des claques». La réponse n'était-elle pas contenue dans la question? Dénoncer là encore le tabou de la femme violente et de l'homme victime, ça ne contribuerait pas à aider les unes comme les autres à briser leur isolement et à surmonter leur problème?

Il est curieux de constater que, pendant qu'il est impossible de connaître le pourcentage de mères meurtrières chez Statistique Canada, il devient facile de savoir le pourcentage de femmes victimes de meurtres entre conjoints. De méchantes langues pourraient conclure que, tandis que les femmes demeurent majoritaires dans ce domaine peu enviable, on peut alors divulguer sans gêne cette statistique. Voilà qui cadre avec un certain discours dominant.

Or, le fait que les femmes soient les premières victimes de meurtres entre conjoints ne signifie pas qu'elles soient majoritaires dans toutes les catégories de violence conjugale. Il m'arrive parfois de trouver que je me répète quand j'écris que le ministère de la Sécurité publique induit le public en erreur en présentant des signalements de violence conjugale comme des infractions validées par un verdict de culpabilité et par l'affirmation trompeuse que 80 % des «victimes» seraient des femmes.

Remarquez, même Statistique Canada reproduit le même pourcentage faussé dans son Programme de déclaration uniforme de la criminalité fondée sur l'affaire (à ne pas confondre avec ses enquêtes sociales générales, nettement plus fiables) qui s'appuie exclusivement sur les signalements aux corps policiers, sans tenir compte du fait qu'une accusation peut être non fondée, ni de celui que les hommes n'osent pas dénoncer.

Des individus comme Mme Maréchal me persuadent qu'il faut continuer à cogner sur le même clou jusqu'à ce qu'une majorité réalise qu'on ne leur dit pas la vérité avec des énoncés tels que celui-ci:

«On a beau nier le problème (sic!), les chiffres parlent d'eux-mêmes (vraiment?): en 2012, 80 % des victimes de violence conjugale étaient des femmes.»

Et Mme Maréchal d'insinuer que le peu - selon elle - de victimes masculines ne subirait pas de violence physique:

«Si 20 % d'hommes subissent la violence verbale ou psychologique de leur conjointe, dans les faits, 93 % des meurtres conjugaux sont commis par des hommes.»

Mme Maréchal ignore vraisemblablement les enquêtes statistiques sur la violence familiale de Statistique Canada de 1999, 2004 et 2009. Dès l'enquête de 1999, Statistique Canada, tout en reconnaissant que les femmes subissaient la violence la plus sévère, incluant passage à tabac, tentative d'étranglement et agression sexuelle, affirmait: «Les hommes qui ont parlé de violence de la part d'un ex-partenaire étaient plus susceptibles que les femmes de dire qu'ils avaient été giflés, qu'on leur avait donné des coups de pied, qu'on les avait mordus ou qu'on leur avait donné des coups de poing, ou encore qu'on leur avait lancé quelque chose.»

Cette perception est confirmée par les enquêtes sociales générales sur la victimisation de 2004 et 2009:

«Une proportion similaire de Canadiennes (6,4 %) et de Canadiens (6 %) déclarent avoir été victimes de violence physique ou sexuelle infligée par un partenaire actuel ou ancien entre 2004 et 2009. Les femmes rapportent cependant une violence plus grave et plus souvent répétitive.»

Non, il n'est pas question ici que de violence verbale ou psychologique subie par les hommes, réalité que Mme Maréchal connaîtrait si seulement elle avait la décence de se documenter correctement sur les sujets qu'elle traite avant de se tirer dans le pied.

D'où vient cette statistique ?

Mais il ne s'agit pas là de la pire fausseté de la chronique de Mme Maréchal. La voici:

«Une femme sur quatre au Québec est victime de violence dans son couple. Ce n'est pas un problème de société. C'est bien pire, c'est un fléau immense, dont on n'ose parler que quelques jours par année.»

Rengainez vite vos mouchoirs...

La statistique invoquée par Mme Maréchal, dont elle ne cite pas la source, proviendrait de l'enquête sociale générale de Statistique Canada de 1993, citée dans ce lien par une intervenante de la DPJ. Un chiffre qui n'a jamais été reconfirmé par le suite par les études similaires qui ont suivi en 1999, en 2004, ni en 2009, et pour cause. Dans le documentaire sur la violence féminine intitulé Pied de biche, de Robert Favreau et Rachel Verdon, le statisticien Denis Laroche explique (vers 3 min 33) que des groupes féministes avaient été associés à la confection de l'enquête de 1993, ce qui en avait considérablement faussé la démarche scientifique.

En clair, la statistique citée par Mme Maréchal ne vaut rien. Précisons que, toujours à cause des mêmes idéologues, les hommes ont été exclus des statistiques sur la violence conjugale. Il faudra attendre 1999 pour qu'enfin ils soient considérés comme victimes par Statistique Canada.

Mme Maréchal continue par ailleurs de n'attribuer qu'aux femmes des comportements également ressentis par les hommes victimes de violence conjugale:

«C'est donc difficile pour une femme de témoigner de la violence qu'elle a subie.»

Imaginez alors pour un homme !

Quand on sait l'accueil réservé aux hommes qui osent porter plainte pour violence conjugale, traités de «moumounes» et d'autres politesses par des policiers qui leur disent de «mettre leurs culottes», on se demande si la chroniqueuse réside bien sur la planète terre. Dans plusieurs cas, quand l'homme appelle au secours, c'est lui qu'on arrête en vertu de la politique d'intervention en violence conjugale, une injustice méticuleusement dissimulée par nos médias.

Mme Maréchal renchérit:

«Pour elle (la femme victime), c'est un constat d'échec qui laisse des bleus au corps, mais aussi au cœur. C'est devoir avouer qu'elle s'est trompée, qu'elle a aimé le mauvais "gars".»

Si seulement Mme Maréchal pouvait sortir de ses ornières idéologiques et s'informer enfin sur un sujet aussi sensible que le violence conjugale, en dehors des diktats féministes. Je lui recommande la lecture de L'homme battu de Sophie Torrent, un essai très éclairant dans lequel elle constaterait que des hommes vivent des réalités similaires à celles qu'elle décrit.

Toujours en phase avec un discours féministe usé marqué par le repli sur soi, elle conclut :

«Il faut que les femmes trouvent la force de s'en sortir pour elles et leurs enfants. Car l'amour ne doit ni menacer ni tuer.»

C'est aussi vrai pour les hommes et les enfants qui doivent quitter la maison parce que maman a sauté sa coche et qui se retrouvent sans ressources alors que ces dernières abondent pour les mères et les enfants en pareille situation.

Mais on anticipe alors sans problème la réaction que pourrait avoir Mme Maréchal:

«Pourquoi chaque fois qu'il est question de mères et d'enfants menacés par un homme, y a-t-il quelqu'un qui croit bon de rappeler que des pères et leurs enfants aussi doivent être aidés?»

Parce que c'est évident. Et qu'il est urgent d'agir, en dehors de toute déviance idéologique.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.