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Niqab : Miller n'aurait pas dû s'excuser, Trudeau et Mulcair, oui!

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À peine étions-nous sortis du psychodrame entourant la boutade de Robert Poëti sur les femmes et le magasinage, lancée devant la Chambre de commerce de Baie-des-Chaleurs, à l'appellation prémonitoire, compte tenu des réactions de sa porte-parole et de celles du PQ et de Québec solidaire, que nous nous trouvions cette semaine propulsés dans une nouvelle tempête dans un verre d'eau.

La cause? Un député conservateur, Larry Miller, a eu le mauvais goût présumé d'affirmer que les femmes qui ne voulaient pas dévoiler leur visage lors de leur assermentation en vue de devenir citoyennes canadiennes auraient mieux fait de rester «là d'où elles venaient». Où donc serait le problème avec pareille prise de position ?

En effet, lorsqu'avant même de participer à une cérémonie aussi significative dans sa patrie d'accueil, une arrivante se sent en droit d'en contester les usages établis et d'imposer une coutume aussi réductrice que barbare, il y a de quoi s'interroger sur une intégration qui risque de se voir compromise par de nouveaux faits d'armes tout aussi discutables. Une société est parfois riche des citoyens dont elle peut se passer.

Dans cette optique, il peut sembler difficile, pour toute personne sensée, de contredire les propos de Miller et encore moins aisé de monter aux barricades pour les dénoncer, pourrait-on croire. Force est pourtant de constater que des fous de balustres se sont sentis en droit de déchirer publiquement leur djellaba à ce sujet.

C'est à se demander si, dans un avenir rapproché, il sera possible d'afficher des positions un tant soit peu dénuées d'ambigüité sans les avoir passées au préalable à travers un décodeur filtrant ce qui ne correspondrait pas aux dogmes d'une rectitude politique bienpensante des plus asphyxiantes, pour ne pas dire des plus insipides.

«L'affront»

Ce député ontarien, commentant la «cause» de Zunera Ishaq, cette Pakistanaise qui habite dans la région de Toronto, obnubilée par l'idée fixe de pouvoir porter son niqab en prêtant le serment de citoyenneté, a précisé que la plupart des Canadiens étaient d'accord avec l'interdiction d'arborer cet oripeau. Il a de plus eu l'audace d'exprimer son ras-le-bol devant les nouveaux venus qui débarquaient au Canada pour y imposer leur mode de vie. Miller aurait pu parler d'usages rétrogrades, misogynes et avilissants, mais des vierges offensées auraient sans doute exigé sa démission.

Ces commentaires prenaient place dans le contexte où le gouvernement Harper avait fait appel de la décision absurde de la Cour fédérale qui, en proie à un envahissant accès d'errance idéologique, avait jugé à propos d'invalider l'interdiction de porter le niqab dans le cadre de l'assermentation. Notons que le même parti conservateur juge par ailleurs pertinent qu'une employée de la fonction publique puisse s'affubler de semblable déguisement dans l'exercice de ses fonctions.

Imaginons Aqsa Parvez, assassinée en 2007 par son père et son frère pour avoir refusé de porter le hijab, tentant au préalable de demander aide et soutien auprès d'une intervenante sociale affublée d'un vêtement ne laissant paraitre que les yeux...

Et que dire des sœurs Shafia, avant que leur père, sa seconde épouse et leur frère ne les noient, ainsi que leur mère, à Kingston, dans la même province où se joue le psychodrame de la militante au niqab. L'incompétence des services sociaux, scolaires et policiers avait déjà suffisamment attiré une bien embarrassante attention sans en rajouter avec des symboles dits religieux aussi dissuasifs que répulsifs.

Quoi qu'il en soit, devant le tollé soulevé par ses commentaires, le député conservateur a présenté des excuses tout en maintenant son opposition au port du niqab lors du serment d'allégeance. Il n'aurait certainement pas dû s'excuser.

Les limaces ne s'excusent pas

À genoux devant la Charte des droits et libertés et devant les tribunaux, Thomas Mulcair, chef de l'opposition officielle, préfère quant à lui se laver les mains de cette question embarrassante qui, préfère-t-il penser, ne relève pas des politiciens. Parlez-moi d'un homme politique de convictions ! Sa position est tout aussi flasque en ce qui a trait à la possibilité pour les employés de la fonction publique d'arborer des signes religieux.

Plus mollasson que ça, on devient Justin Trudeau, chef du parti libéral du Canada, dont le seul soubresaut d'énergie manifestée sur cette question sensible a été de s'en prendre à Stephen Harper pour avoir contesté la décision de la Cour fédérale de permettre le niqab lors de l'assermentation à la citoyenneté canadienne. C'est ainsi que le Sean Lennon de la politique fédérale devait accuser le chef conservateur d'avoir «choisi plutôt d'utiliser une politique de division, d'attaques et de peur». Imagine no religion...

Devant un calcul électoral aussi flagrant de la part de politiciens opportunistes qui ne songent qu'à courtiser une clientèle ciblée, on pourrait se demander comment il se fait que, compte tenu de la porte laissée ouverte par eux à toutes les dérives au prétexte du respect de la religion, ce n'est pas plutôt ces individus qui auraient dû présenter des excuses publiques.

Ce serait la moindre des courtoisies, quand on tient des propos aussi irresponsables que condamnables.

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