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Multiculturalisme: le réveil des féministes non «professionnelles»

24/10/2013 12:23 EDT | Actualisé 23/12/2013 05:12 EST

Vous souvenez-vous du temps des sections fumeurs et non-fumeurs dans les restos ? On semblait naïvement croire que la fumée secondaire s'arrêterait immédiatement à la frontière des non-fumeurs, leur garantissant une atmosphère aussi saine que s'il n'y avait pas de fumeurs dans l'établissement.

C'est un peu l'image qui me vient à l'esprit quand j'entends des adeptes inclusifs assujettis au concept de laïcité ouverte qui sont persuadés que l'on peut faire cohabiter avec nous, dans un même espace démocratique, des représentants d'une religion aux us et coutumes trop souvent moyenâgeux, incluant hijab, niqab, burqa, génocide d'agneaux le jour de l'Aïd-el-Kébir, égorgement d'animaux vivants pour assurer la « qualité » halal de l'alimentation, jeûne imposé au mépris de la santé les jours de ramadan, multiplication des lieux de prière dans l'espace institutionnel, volonté de conversion des infidèles qui ne partagent pas leurs croyances, et j'en passe.

J'ai souvent manifesté ma perplexité devant l'étonnante discrétion des féministes sur la mentalité - véritablement - patriarcale, misogyne et rétrograde qui caractérise aussi étroitement l'islam politique. Quand on voit à quelle vitesse ces dames peuvent se mobiliser pour dénoncer une pub de bière affichant des pitounes ou un panneau annonçant un club de danseuses nues le long d'une autoroute, il y a de quoi s'interroger sur leur sens des priorités. Et que dire de leur lutte à l'hypersexualisation, quand une étude de l'UQAM a déjà révélé que nos jeunes filles sont pratiquement plus raisonnables que leurs mères ?

Avant le débat sur la Charte des valeurs québécoises, il y avait de quoi penser que seule Djemila Benhabib, féministe autoproclamée, menait une lutte acharnée contre l'islamisation progressive de notre société. Il aura fallu le temps, et les circonstances propices avant qu'enfin, d'autres consœurs sortent de leur anonymat et « brisent le silence », selon l'expression consacrée, pour appuyer son combat, derrière la matriarche Janette Bertrand. Mieux vaut tard que jamais. À mon avis, ces militantes n'auraient pas dû se surnommer les Janette, mais bien les Djemila.

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Pas des « professionnelles »

Devant la totale déroute de la Fédération des femmes du Québec, investie, par Québec solidaire interposé, par Présence musulmane et par le Conseil islamique canadien, et devant le recul du Conseil du statut de la femme, sous l'égide de sa nouvelle présidente, quant à l'interdiction des signes religieux dans la fonction publique, il fallait bien que quelques militantes véritables sauvent enfin ce qui pouvait rester de l'honneur féministe. Si tant est que l'entreprise soit encore possible...

Bien sûr, à la suite de l'initiative du PQ, Louise Beaudoin, ancien pilier de ce parti, et quelques autres ont décidé de fonder Pour le droit des femmes, en rupture de banc avec la FFQ, dont elles n'ont pas hésité à dénoncer les positions rétrogrades. L'événement n'a pas fait autant de bruit que la récente sortie des Janette, et pour cause. Le public, lassé de subventionner des structures plus inutiles, douteuses et onéreuses les unes que les autres, se demande peut-être s'il ne se verra pas présenter une nouvelle facture, en plus de celle de la fédération jadis emblématique du mouvement féministe.

À ce propos, le mouvement féministe du Québec dans son ensemble, probablement le plus prospère au Canada, se démarque à nouveau par sa discrétion au moment où le débat sur la Charte des valeurs québécoises et, avouons-le, sur la musulmane voilée, fait rage. Comment interpréter ce silence de la part de ce mouvement devenu si corporatiste au fil des ans ?

Est-il toujours représentatif des intérêts légitimes des femmes, ou ne se consacre-t-il désormais qu'à sa propre expansion, en quémandant - et en obtenant souvent - de l'État des subsides de plus en plus élevés. Quitte à monnayer son silence, au cas où les libéraux anti-charte, partisans du statu quo, reprendraient prochainement le pouvoir. Si le PQ le conserve, bien sûr, ces professionnelles du lobby ne se seront jamais opposées ouvertement. Pas de doute, le silence est... d'or.

La plus sombre page de leur histoire...

On ne peut douter de la capacité du mouvement féministe québécois à se mobiliser. La dernière fois qu'il l'a démontré, c'est dans un contexte qui est loin de lui faire honneur. Le rapport de Gilles Rondeau et de son équipe intitulé Les hommes : s'ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins, n'était pas déposé en 2004 que l'année suivante, 16 instances féministes de premier plan se mobilisaient et cosignaient un document tout simplement infamant au titre plus qu'évocateur : Comment fabriquer un problème.

Étaient niés, dans cette pseudo analyse, la réalité, démontrée dans le rapport, du besoin urgent de se pencher sur la condition masculine et sur l'accessibilité des soins de santé et de services sociaux des hommes, 11 fois moins financés que ceux des femmes. Faut-il rappeler que les hommes devancent désormais les femmes parmi les chômeurs, les assistés sociaux, les itinérants, bien sûr parmi les suicidés, et ne disposent de pratiquement aucun refuge pour eux et leurs enfants quand leur conjointe pète les plombs et les menace aussi bien physiquement que moralement ?

Ces manques criants sont parfois dénoncés par des intervenants sociaux dans les médias, mais restent lettre morte. L'initiative condamnable de ces féministes, redoutant que l'on finance moins leurs organismes au profit des besoins légitimes de la gent masculine, n'est pas étrangère à cet état de fait. Mine de rien, sans qu'on le réalise, le rapport Rondeau a été tabletté.

Quelle est leur position sur la Charte des valeurs québécoises ?

Je profite de la présente tribune pour interpeller ces organismes et regroupements, la FFQ mise à part naturellement, afin de connaître leur position sur la Charte des valeurs québécoises. J'ai beau chercher leur opinion, je ne retrouve autour de moi qu'un assourdissant silence idéologique. Se peut-il que, comme jadis, ces militantes se demandent si le PQ n'a pas, suivant leur propre expression, fabriqué un problème ? J'invite également le public à leur écrire et à les interpeller. Après tout, c'est de l'argent des contribuables que ces instances vivent; elles leur doivent des comptes.

Voici les signataires - hormis la FFQ - du document intitulé Comment fabriquer un problème :

  • Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine
  • Chaire d'étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes - Université Laval
  • Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail
  • Fédération de ressources d'hébergement pour femmes violentées et en difficulté au Québec
  • Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées au Québec
  • Institut de recherches et d'études féministes (Université du Québec à Montréal)
  • Le Regroupement de femmes de l'Abitibi-Témiscaminque
  • L'R des Centres de femmes du Québec
  • Relais-Femmes
  • Regroupement provincial des maisons d'hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale
  • Réseau québécois d'action pour la santé des femmes
  • Regroupement Naissance-ReNaissance
  • Regroupement des groupes de femmes de la région 03 (Portneuf-Québec-Charlevoix)
  • Regroupement québécois des CALACS (centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel)
  • Table des groupes des groupes de femmes de la Gaspésie et des Iles
  • Table des groupes de femmes du Bas Saint-Laurent

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