LES BLOGUES

Ces enseignantes qui les aiment vraiment trop jeunes...

27/02/2014 01:14 EST | Actualisé 28/04/2014 05:12 EDT

Imaginez une gamine de 14 ans, obnubilée par son prof d'histoire, qui a plus du double de son âge. Un homme très bien de sa personne, au sourire angélique, habillé comme une carte de mode, au bagout enjoué et communicatif, conduisant une voiture sport rutilante, très populaire auprès des étudiants, mais encore plus des étudiantes. Notre adolescente croit vivre le rêve de sa si brève existence alors qu'il l'a choisie elle, et pas une autre, afin de lui faire découvrir les joies des plaisirs sensibles.

Pas de contrainte sexuelle ici, la jeune est pleinement consentante à leurs effusions d'alcôve qui se répètent discrètement plusieurs fois par semaine, à l'insu des parents. Notre héroïne se demande comment elle pourrait un jour vivre une histoire d'amour plus extatique. Les quelques copines au courant de son idylle clandestine la jalousent en silence, mais gardent le secret. Et vous, mesdames qui lisez ces lignes, n'auriez-vous pas aimé vous trouver à sa place à son âge? Quel merveilleux départ dans la vie que de vous voir initiées à l'amour par un homme d'expérience, au lieu d'un ado boutonneux et maladroit? Une Harley-Davidson à la place d'un vélo, ça ne vous aurait pas branché?

Pas pareil quand c'est une enseignante...

Je présume que non, parce que vous êtes conscientes qu'une adolescente représente bien plus qu'une adepte potentielle des plaisirs charnels. C'est aussi un être fragile, en devenir, capable de sensibilité, de sentiments; ceux-ci peuvent se voir durement meurtris par un profiteur en position d'autorité, même si la jeune fille s'abandonne sur le coup avec toute la candeur et la fougue de ses 14 printemps. En bout de ligne, quand notre prof si attentionné se sera lassé d'elle pour passer à une nouvelle conquête, du même âge ou non, l'adolescente sera dévastée, tétanisée par cet abandon.

On vit tous des peines d'amour à l'adolescence, me direz-vous. C'est une chose d'être quittée par un chum de son âge. C'en est une autre de réaliser qu'on a été l'instrument de plaisir d'un adulte qui a joué de son prestige, de son charme, de son autorité pour vous manipuler comme un sex toy jetable après usage. Votre confiance dans le monde adulte peut se voir fortement hypothéquée. Mais ça, on le comprend sans problème quand le suborneur est un homme et la victime, une jeune fille.

Il en va tout autrement quand les rôles sont inversés et que l'agresseur est... une agresseuse, tandis que la proie est un garçon, comme la saga judiciaire opposant Tania Pontbriand à sa jeune victime l'a démontré. En avons-nous assez entendu des «Le chanceux, j'aurais aimé être à sa place à son âge!» ou des «L'écœurant, il a voulu se venger parce qu'elle l'a dompé!» Voilà des propos qui scandaliseraient s'ils étaient tenus publiquement à propos d'une victime féminine.

Mais dans le cas qui nous intéresse, c'est tout juste si Mme Pontbriand n'est pas passée pour la victime du méchant garnement, selon de trop nombreuses voix. Aurait-elle été victime d'un détournement majeur ?

Un garçon ressent aussi au-dessus de la ceinture...

C'est le 23 janvier dernier que le juge Valmont Beaulieu a rendu son verdict de culpabilité envers Tania Pontbriand, après s'être dit convaincu qu'il y avait absence de consentement de sa victime, aujourd'hui âgé de 27 ans, à cause «d'abus de confiance» suscité par l'accusée. Cette dernière, alors professeure d'éducation physique âgée de 30 ans, avait en effet séduit son élève de 15 ans. Elle s'était servie de sa position d'autorité pour entretenir une relation amoureuse avec l'adolescent entre 2002 et 2004. Le couple illicite aurait eu ainsi 300 relations sexuelles.

Dans son jugement, le magistrat écrit: «Lors de l'événement (la première relation sexuelle), [l'élève] se sentait mêlé. Elle était sa professeure, mariée et âgée de 30 ans, tandis que lui était âgé de 15 ans.» Envisagée de cette façon, la thèse de l'abus de pouvoir tient la route.

Le roman d'amour devait connaître une fin difficile pour le jeune garçon alors que Mme Pontbriand allait nouer une idylle avec un homme de son âge. Se voyant soudain délaissé, l'adolescent vécut une forme de dépression, l'amenant à abandonner sa scolarité. Cet événement «détruisit même l'adolescence de (la victime)» devait écrire le magistrat dans son jugement.

Il faudra donc se faire à l'idée qu'un adolescent, au même titre qu'une jeune fille, peut se trouver sévèrement ébranlé après avoir été utilisé sexuellement, puis rejeté du jour au lendemain par une personne adulte ne poursuivant que sa recherche de plaisir. Le juge n'hésite pas à affirmer que l'accusée avait en effet séduit le gamin afin de «répondre à sa satisfaction sexuelle, exploitant ainsi sa naïveté, le manque de maturité, sa dépendance et la confiance de ce dernier alors que le plaignant était son élève.»

Il ajoute: «L'accusée a dominé [l'élève] devenu complètement dépendant de l'accusée, lui accordant sans retenue sa confiance, s'isolant de ses amis, perdant son intérêt pour ses études, se disputant avec sa mère.»

Le moins qu'on puisse dire est que le juge Beaulieu ne semble pas un adepte de l'idéologie victimiste à sens unique voulant que seuls les hommes puissent remplir le rôle de prédateurs et les adolescentes uniquement, se retrouver dans celui des victimes. Ce jugement constitue un pas vers une véritable justice pour les cas d'abus sexuels envers les adolescents, et envoie un message clair aux éventuelles prédatrices qui pourraient chercher à imiter l'exemple de Mme Pontbriand. Le sexe des victimes, comme des prédateurs, ne doit pas entrer en ligne de compte quand vient le temps de sévir contre ce type d'abus sexuels.

Un phénomène en expansion...

Au cas où vous penseriez que le cas de Mme Pontbriand est exceptionnel, ce genre de délit restant à vos yeux une chasse gardée exclusivement masculine, vous pourriez connaître une brutale désillusion après certaines lectures. Ainsi, à la suite d'un article paru dans le Huffington Post sur Meredith Powell, 24 ans, une autre enseignante ayant reconnu avoir eu des relations sexuelles avec deux adolescents de 15 ans, se trouve une liste pour le moins impressionnante de près d'une cinquantaine d'enseignantes accusées ou condamnées d'avoir eu des rapports sexuels avec des mineurs de sexe masculin (voir la galerie à la fin du texte). Un site d'information conservateur, WMD, est même allé jusqu'à répertorier de façon encore plus exhaustive des cas semblables.

Pareilles infractions existent-elles depuis toujours ou sont-elles devenues une problématique sociale en pleine expansion ? Sans me lancer dans une fastidieuse énumération de tous les cas répertoriés dans le HuffPost ou WMD, j'en mentionnerai tout de même quelques uns, afin de rendre tangible la réalité des abus de pouvoir commis par des femmes en situation d'autorité sur des gamins influençables et peu aptes à différencier le bien du mal. Rien de tel que de placer des visages sur un délit pour en faire comprendre l'impact.

Brianne Altice, une prof d'anglais de 34 ans de l'Utah, s'est vue arrêtée en octobre 2013 après qu'un adolescent de 15 ans l'ait accusée d'avoir eu au moins sept relations sexuelles avec lui. Summer Michelle Hansen, une prof d'éducation spécialisée de 31 ans, a été accusée au mois d'août d'abus sexuels envers cinq étudiants d'une école secondaire de Californie.

Diana Leigh Farnell, prof d'anglais âgée de 28 ans, s'est rendue à la police de la Caroline du Nord en septembre, craignant d'être dénoncée pour avoir eu des rapports sexuels avec un étudiant. Kahtanna Culp, travaillant dans une école secondaire de Huston, a admis avoir eu des relations sexuelles avec un étudiant qui avait tenté de la faire chanter. Katheryn L. Carmean, aide-enseignante dans une école secondaire du Delaware, a été accusée d'avoir eu au moins 40 relations sexuelles avec un gamin de 14 ans.

D'autres cas menant à un verdict de culpabilité, dont certains ont défrayé la manchette, se sont accumulés au cours des dernières années : Debra Lafave, reconnue coupable d'avoir entretenu une liaison avec un jeune de 14 ans en 2005; Carrie McCandless, condamnée en 2007 pour avoir abusé de son autorité sur un étudiant; Leah Shipman, qui a vu les accusations portées contre elle abandonnées après que sa «victime» l'ait épousée en 2011 à l'âge de 17 ans (sic !); Allena Ward, 24 ans, reconnue coupable en 2008 d'avoir eu des relations sexuelles avec au moins cinq garçons, puis condamnée à six ans de prison; Amber Marshall, 23 ans, qui s'est dénoncée après avoir eu des rapports sexuels avec plusieurs élèves.

Dans les cas récents que j'ai sélectionnés, la plupart des accusées n'ont pas encore reçu de verdict de culpabilité. Il se peut que certaines soient aux prises avec de fausses allégations. La présomption d'innocence, si souvent bafouée envers les hommes, ne doit pas le devenir également pour les femmes. Il est cependant difficile de mettre exclusivement sur le compte de fausses allégations la majorité des accusations et des condamnations répertoriées.

La liste des femmes accusées pour abus sexuels en milieu scolaire est d'une longueur déconcertante. Une réalité qui met à mal cette idéologie simpliste qui n'attribue qu'aux hommes de telles déviances et refuse d'envisager le sexe féminin autrement que victimaire. Tôt ou tard, il faudra se libérer collectivement de cette perception caricaturale du siècle dernier et envisager des solutions tenant compte des prédatrices comme de leurs victimes. Ceci tant à titre préventif que curatif.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Teacher-Student Sex Abuse Cases