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La douillette électorale

03/08/2012 11:06 EDT | Actualisé 03/10/2012 05:12 EDT
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Lorsque j'étais petit, j'étais le style d'enfant très nerveux. Je ne me souviens pas d'avoir eu peur des monstres sous mon lit ou des abominations qui se cachaient dans le placard. Non, gamin, ce qui me terrorisait, c'est la peur que mes parents meurent, qu'en me couchant, je me réveille dans une autre réalité. J'avais peur de la mort, la mienne, mais celle des autres aussi. Dans mes moments de malaise trop intense, j'allais dans mon lit et là, sous la couverte, je me reconstruisais le monde. Ma couverte était à la fois un bunker dans lequel je me protégeais des charges de soldats ennemis, une cache dans laquelle je pouvais me dissimuler des indigènes qui me pourchassaient et un abri dans lequel je devais me cacher afin de survivre à une frappe nucléaire. Sous ma couverte, toutes les menaces prenaient tellement d'importance que j'en oubliais mes remises en question, j'avais l'impression de tenir une solution.

Le Québec d'aujourd'hui n'est pas le Québec d'il y a un an. La société a commencé une profonde remise en question de ses valeurs et de ses idées. Les temps à venir seront porteurs de nombreux changements, qu'on le veuille ou non. Le Québec dans 4 ans ne sera pas le Québec d'il y a 4 ans. Près de 30 ans de stagnation idéologique et les 10 ans de pouvoir du PLQ ont mené le Québec sur un fil de fer tendu au-dessus de deux possibles. D'une part, le Québec de demain pourrait s'avérer être un modèle de progressisme et d'avancement de cause social. Un des premiers pays développés à remettre en question les valeurs transcendantes des sociétés occidentales. Et, de l'autre côté, le Québec pourrait, comme il s'en est montré capable, déployer un appareil répressif monstre et sombrer dans une dictature du confort et de l'indifférence. Les prochaines élections joueront un rôle dans ce dessin du Québec de demain. Elles nous serviront d'intermède, d'impression de pouvoir facile et agréable. Partout des gens se lèveront, mettront leur douillette sur leur dos et se présenteront aux urnes pour faire valoir leur "voix".

Malheureusement, plusieurs oublieront que, le x dans une case, ce n'est pas la démocratie. C'est un exercice de démocratie, au même titre qu'une manifestation et une assemblée générale. C'est encore moins la démocratie quand ton x à toi est détourné par "représentativité". Le vote, dans sa conception présente, n'est qu'un voile, un geste individuel, individualisé, isolé.

Alors face à une période de si grande remise en question, quel rôle joueront les élections? Elles nous donneront une pause, une impression d'avoir une emprise sur ce qui se passe. Le temps des élections, on s'imaginera consulté, en situation de pouvoir sur nos vies. Des élections comme abri nucléaire, on se fera croire que ça réglera tout nos questionnements. Une impression sporadique et soporifique d'exercer un pouvoir, d'exercer "le" pouvoir. Une impression de changer le monde. Une impression confortable, chaude.

Mais le 5 septembre, nous n'aurons toujours pas réglé les problèmes de corruption qui gangrènent le Québec, nous n'aurons toujours pas trouvé de solution pour satisfaire les 300 000 étudiants qui furent en grève d'au moins une journée le 22 Mars, le Plan Nord n'aura toujours pas démontré sa pertinence et le développement à long terme du Québec ne sera toujours pas garanti. Ce que nous aurons le 4 septembre, c'est un interlocuteur. Les changements ne se font pas par un X dans une boite, mais par une prise de conscience et une implication dans sa communauté.

Il serait peut-être temps qu'on cesse de l'oublier.

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