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<em>Interstellar</em>: le coup de génie de Nolan

19/11/2014 01:36 EST | Actualisé 19/01/2015 05:12 EST

Franchement, j'y allais un peu à reculons. J'aime Christopher Nolan, mais je ne suis pas un fou du réalisateur. Je n'ai jamais tripé sur les Batman, j'avais aimé Memento, mais sans plus, comme Insomnia d'ailleurs.

Toutefois, j'avais adoré Inception, plongée bizarre et labyrinthique dans le monde du rêve, du secret industriel avec une fin rappelant vaguement Citizen Kane. Un film totalement dément, vertigineux, ce qu'on appelle un blockbuster de qualité. C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à aimer véritablement Nolan.

J'avais donc envie de voir Interstellar (surtout après la magnifique première bande-annonce), mais les premières critiques m'avaient refroidi. Certains parlaient de chef-d'œuvre, d'autres d'un beau ratage, un accueil similaire à Tree of Life de Terrence Malick. Et d'ailleurs, on peut voir des apparentées entre les deux films alors que l'infiniment petit et l'intime côtoient la grande expérience, celle de la vie.

Après visionnement, je ne sais pas si Interstellar est un chef-d'œuvre, car on doit laisser mûrir le film pour le savoir, mais il s'agit d'un long-métrage prenant, complètement bluffant, bien maîtrisé qui s'incruste tranquillement jusqu'à l'apothéose finale.

Sans aucun doute, c'est l'un des meilleurs films de l'année, celui qui m'a le plus remué. Car même si Nolan n'explique pas tout (il ne prend jamais le spectateur pour un imbécile), on ressent beaucoup. Et c'est encore le cas.

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Des références!

Avant tout, parlons des références. Il est vrai que le film est sous influences diverses. Dans la première partie, on voit surtout Steven Spielberg dans l'iconographie, les plans, l'histoire et la présence importante des enfants.

Il y a quelque chose qui ressemble à Close Encounters of the Third Kind, l'action est en suspens, on sent une présence, mais aussi une obsession, celle de la jeune fille (puis de son père) qui ressent une force dans sa bibliothèque. Pas étonnant d'ailleurs, car le projet devait initialement être mené par Spielberg qui l'a finalement abandonné.

D'autres y ont vu du Tarkovski (Solaris), ce qui est sans doute vrai. Le film a aussi des similitudes avec l'effrayant Signs de M. Night Shyamalan. D'ailleurs, les deux figures paternelles se ressemblent beaucoup. Tout comme le personnage de Mel Gibson, celui de Matthew McConaughey est veuf, têtu et possède un passé de champion (il est ingénieur et pilote de ligne, l'autre ancien joueur de baseball).

Mais on l'a relevé plusieurs fois, le film est aussi un hommage à 2001, l'Odyssée de l'espace. Plusieurs exégètes pourront se pencher dans les prochains mois sur les similarités entre les deux œuvres, mais de prime abord, le film est construit de la même façon. La première partie agricole d'Interstellar fait référence à la préhistoire de 2001 et ainsi de suite jusqu'au dénouement final, assez halluciné dans les deux cas, McConaughey remplaçant l'acteur Keir Dullea dont le regard hypnotique avait fait époque.

Petit détail intéressant, TARS, le robot qui accompagne l'équipage dans Interstellar est l'inverse de HAL, l'ordinateur susceptible qui déraillait complètement dans 2001. Dans le film, TARS est solide, démontre peu d'émotion et accomplit sa tâche contrairement à HAL qui faisait capoter la mission. Son allure physique, un bloc noir qui peut se transformer semble davantage un rappel du monolithe noir de Kubrick, sans toutefois y avoir d'autres similitudes.

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Un objet nolanien

Cela dit, Interstellar est avant tout un objet totalement «nolanien». Encore dans ce film, le cinéaste joue avec le temps. C'était le cas dans Memento, où on était balloté entre le passé et le futur alors que dans Inception, le spectateur était catapulté dans les rêves de Cobb. Sans vouloir donner la clé du film, la donnée temporelle est primordiale dans Interstellar. C'est grâce à elle que l'humanité pourra être sauvée.

Autre point, Nolan n'a pas peur de glisser vers l'expérimental notamment lors d'une des scènes finales. À ce moment, on se dit que Nolan est gonflé, qu'il est probablement un des seuls réalisateurs à se permettre ces incursions artistiques aussi poussées dans l'antre d'Hollywood. En ce sens, sa démarche est assez unique. Il faut le saluer même si on n'aime pas son cinéma de prime abord.

Mais surtout, c'est encore le cas avec Interstellar, on ne comprend pas tout chez Nolan et au bout du compte on s'en fout, car l'émotion est palpable. On entre dans un film qui se passe dans un Middle West poussiéreux et l'on finit l'épopée presque trois heures plus tard à un autre endroit, essoufflé par l'aventure, par le grand vertige et portée par la musique de Hans Zimmer.

On peut lever le nez sur le cinéma de Nolan, dire qu'il fait des blockbusters, qu'il n'atteindra jamais le niveau d'un Stanley Kubrick, etc. C'est probablement vrai. Interstellar n'est pas 2001. Le premier n'a pas l'iconographie glaciale et précise du second, la poésie hypnotisante de la première odyssée. Mais Nolan fait des films dans les années 2000 alors que Kubrick a fait son chef-d'œuvre en 1968 où la liberté artistique était plus grande.

Cela dit, avec Interstellar, Nolan a véritablement imprimé son style, celui du film-expérience. L'œuvre n'est pas exempte de défauts, mais jamais le cinéaste anglais ne laisse son spectateur en friche. Il l'amène dans une virée insolite. Je vous le dis, c'est un 15 $ bien investi!

Interstellar (Interstellaire) - Paramount - Science-fiction - 168 minutes - Avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Michael Caine - Sortie en salles le 8 novembre 2014 - États-Unis.

«Interstellar» de Christopher Nolan

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