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L'ABC de la religion du Canadien: les lettres U à W

27/04/2015 10:57 EDT | Actualisé 27/06/2015 05:12 EDT

Inspiré par la belle Langue de puck de Benoît Melançon et pour conclure mes recherches sur la religion du Canadien de Montréal, j'ai rédigé mon ABC de la religion du Canadien, dont voici trois autres lettres.

U comme «Unissons les fidèles»

Karl Marx et Friedrich Engels ont conclu leur fameux Manifeste du Parti communiste par la célèbre formule «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!». Pour sa part, en cette saison 2014-2015, le Canadien a décidé de réunir ses partisans de tous les pays dans un «club 1909», en proclamant dans tous les médias, dans toutes les langues (en fait seulement deux pour être honnête) et dans tout le monde: «Unissons les fidèles/Unite the Faithful».

On aura remarqué que le trio formé de Karl Marx, Friedrich Engels et Geoff Molson (un premier trio?) tombe d'accord sur un point et partage une même ambition (cela mérite sans doute d'être souligné). Pour les trois, «l'union fait la force» et «l'Internationale sera le genre humain». Mais les désaccords surgissent lorsqu'il s'agit de définir quelles sont les personnes appelées à s'unir et quelles sont les personnes qui composent ces deux Internationales.

Quand le communisme enjoignait aux prolétaires de s'unir pour qu'ils puissent eux-mêmes améliorer leur condition et changer leur destin, la religion du Canadien cherche à unir elle-même ses fidèles pour qu'ils améliorent sa condition et change son destin. S'il y a bien un idéal dans la religion du Canadien, on peut hélas craindre qu'il réside dans son compte en banque. S'il y a bien un Dieu dans la religion du Canadien, on peut hélas craindre qu'il s'intéresse plus à la carte de crédit des fidèles qu'aux fidèles.

Enfin, on ne s'empêchera pas de penser qu'en mentionnant «les fidèles», le Canadien cherche à récupérer à son profit le meilleur de cette religion du Canadien qu'on explore depuis plus de cinq ans.

V comme «Vaudouïsme»

Quand vient le temps des séries, la fin tend à justifier les moyens. Et tous les moyens paraissent légitimes (à défaut d'être bons) quand ils augmentent les chances de succès de l'équipe en laquelle on croit. Absolument tous les moyens, même les plus discutables sur le plan de l'éthique.

Ainsi du vaudouïsme (une pratique fallacieusement attribuée à la religion vaudoue, une pratique d'un vaudou de cinéma hollywoodien), qui repose sur une idée étrange (fondée sur le principe du similia similibus curantur, on peut être théologien protestant et connaître son latin): planter des épingles dans l'effigie d'une personne occasionnerait à la personne  des douleurs aux endroits mêmes où les épingles ont été plantées. Et ce, quelle que soit la distance qui sépare l'effigie de la personne représentée.

Pour des motifs qui dépassent un peu l'entendement, des gens qui, à première vue, semblent pourtant parfaitement normaux et relativement équilibrés n'hésitent pas à reprendre à leur compte une telle pratique et, durant les séries, s'efforcent de «vaudouïser» (c'est-à-dire, parlons clairement, de blesser et de faire souffrir) les meilleurs joueurs des équipes qu'affronte le Canadien.

On a ainsi vu, de nos yeux vus, les images troublantes de poupées vaudoues truffées d'épingles, de préférence à l'effigie d'Alexander Ovechkin (joueur vedette des Capitals de Washington) ou de Zdeno Chara (joueur vedette des Bruins de Boston), suivant les circonstances. On a même entendu un chroniqueur radio s'en vanter.

«On fait du vaudouïsme sur Zdeno Chara. On lui plante des aiguilles un peu partout.» Jean-Patrice Balleux. C'est pas trop tôt, Ici Radio-Canada, La Première; 1er mai 2014.

Bien sûr, tout cela, c'est juste pour rire. On laissera à chacun la responsabilité de décider si c'est drôle pour autant.

W comme «W»

Les lettres sont souvent chargées d'une valeur symbolique. Dans le christianisme, le chrisme (les deux lettres grecques chi-rhô) désigne le Christ. Dans le judaïsme, le tétragramme sacré (les quatre lettres hébraïques yod-hé-waw-hé) désigne Dieu, un Dieu que les Juifs ne nomment d'ailleurs jamais ni par ce nom, ni par aucun nom.

Dans la religion du Canadien, les lettres «C» et «H» pour «CH» jouent évidemment un rôle important. Surtout quand elles sont inscrites sur un chandail ou, mieux encore, tatouées sur le cœur des joueurs ou des partisans. Mais il est une autre lettre encore plus importante pour le Canadien et pour toute équipe sportive, surtout dans des sports qui détestent l'égalité (on la qualifie de «nulle», pour des raisons que l'on a renoncé à comprendre).

Il est une lettre (paradoxale puisque seule, elle est déjà double) qui fait le succès, une lettre vers laquelle tous les efforts sont tendus, une lettre pour laquelle tous les joueurs patinent, lancent (parfois) et comptent (rarement), une lettre dont l'accumulation dans la deuxième colonne des classements (la première est dévolue aux parties jouées) fait toute la différence, une lettre qui, à la fin d'une saison permet de distinguer les gagnants des perdants.

Il est une lettre et cette lettre, c'est le «W» et les valeurs qui lui sont associées. En anglais (qui est à la NHL ce que le latin était à l'Église catholique, ce que le vieux slavon est à l'Église orthodoxe russe), «W» vaut pour «won» (gagné), «W» vaut pour «win» (gagner), «W» vaut pour «winner» (gagnant).

Qui a osé dire «l'essentiel est de participer»? Un maudit loser, sans aucun doute! D'ailleurs Pierre de Coubertin était Français.

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