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Aéroport de Mirabel, la frustration

23/09/2014 11:46 EDT | Actualisé 23/11/2014 05:12 EST

Le plus frustrant dans le dossier Mirabel, c'est que le point de vue régional ne compte pas.

Un groupuscule d'entrepreneurs montréalais a pris la décision de démolir l'aérogare de Mirabel en balayant toutes les options possibles d'utilisation. Nos médias nationaux se sont contentés de relayer la position d'AdM et les capsules de réactions politiques; mais très peu de faits.

En fait, on sait très peu de choses sur la gestion du site de Mirabel. C'est le cœur du problème! James Cherry, le PDG de AdM, avance qu'on doit démolir rapidement, car le site de Mirabel est déficitaire et le marché de la démolition est avantageux. On va donc démolir rapidement un bâtiment d'une grande valeur architecturale d'un demi-million de pieds carrés, dont la coquille de verre et la dalle de béton sont encore en parfaites conditions; parce que le marché de la démolition est bon!

Pour la rentabilité maintenant! On ne connait pas le modèle de revenus d'AdM sur l'immense site de 6 000 acres de l'ancien aéroport. Mais on n'est pas des idiots! Disons que le quart de la superficie du site est loué à des entreprises aéronautiques, et on trouve un poste de revenus de 30 millions en location d'actifs immobiliers dans le rapport annuel d'AdM. Un simple calcul nous dit que les sites sont loués, en moyenne, à 0.50 $ le pied carré. Mais en discutant avec Monsieur Cherry suite à la conférence de presse, il affirme que cette hypothèse est fausse et que les revenus de location sont beaucoup moindres, soit moins de 10 millions par année. À ses dires, les revenus sont de « quelques sous le pied carré ». Nouveau calcul basé sur la superficie, on parlerait de revenus de location d'autour de 9 à 12 cents le pied carré. Pas surprenant que le site soit déficitaire, surtout quand on sait que dans le cas d'Aérolia, AdM a même construit le bâtiment!

Le but d'AdM serait de créer des emplois dans les Basses-Laurentides. M. Cherry, le plus sérieusement du monde, défile les statistiques de créations d'emplois et de retombées en taxes et impôts. Regardons la réalité du modèle d'affaires. AdM a hérité d'un site de 6000 acres au coin de l'autoroute 15 et de l'autoroute 50, avec une immense installation aéroportuaire. Il n'a pas eu à acheter les terres, elles ont été expropriées et sont propriété de Transport Canada. M. Cherry est un ancien dirigeant de Bombardier, donc AdM a accueilli l'ancien employeur de son PDG sur le site, qui bénéficie maintenant de cet actif public pour des « peanuts ». Ceci a permis aux divers fournisseurs de l'entreprise de pouvoir venir s'installer sur le site. En fait, c'est l'actif public et son attrait qui créent une richesse sur la Rive-Nord, pas la gestion d'Adm. La question qu'on devrait se poser est : comment se fait-il que l'ensemble de ce site soit encore déficitaire? En gestionnaire éclairé, une solution simple...on démolit le principal poste de dépenses...l'Aérogare!

Gardons à l'esprit qu'AdM verse annuellement plus de 45 millions en bénéfices à Transport Canada, déclare autour de 15 millions en bénéfices annuels et est prêt à débourser des dizaines de millions en frais de démolition. Comment rentabiliser le site dans ce contexte?

AdM, n'a donc pas regardé les projets au bénéfice des gens, elle n'a regardé que les projets qui pouvaient rentabiliser une installation qu'elle-même, en dix ans, n'a jamais été capable de rentabiliser. Si on se fie à nos estimations, la démolition ne devrait pas rapporter grand-chose. Le demi-million de pieds carrés de l'aérogare, à 10 cents le pied carré si on reste dans la moyenne, pourrait rapporter au plus 50 000 $ par année. Est-ce de cette façon qu'on va rentabiliser le site? Pour des terres agricoles expropriées, on est dans le scandale!

Bref... Les terres ont été expropriées pour un aéroport international. La vocation du site a été détournée vers un parc industriel aéronautique. AdM dans l'opacité la plus complète a été incapable de générer des revenus adéquats avec le vaste site stratégique. Faute de revenus, on décide de démolir un actif d'une grande valeur, et les gestionnaires encore une fois « tirent la langue » aux gens de la région.

Pendant ce temps, tous relaient « mots pour mots » le message de James Cherry, personne ne creuse la question et le gouvernement canadien, propriétaire du site, s'en lave les mains!

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