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Faut-il considérer les troubles sexuels comme des troubles mentaux?

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Comme on le sait, l'évaluation des troubles sexuels est au coeur de l'expertise des sexologues-psychothérapeutes depuis toujours. Or, voilà qu'ils devront dorénavant obtenir une autorisation pour les évaluer, car une nouvelle législation donne au monde médical et juridique une emprise exclusive sur les troubles sexuels.

Depuis le 1er février 2017, l'Ordre professionnel des sexologues du Québec exige que les sexologues/psychothérapeutes aient une formation sur les troubles mentaux. La Loi modifiant le Code des professions précise clairement que seuls les médecins et les psychologues, ainsi que certains conseillers en orientation et infirmiers, sont autorisés à évaluer les troubles mentaux, dont les troubles sexuels (Assemblée nationale, 2009).

L'OPSQ a eu beau tenter de rassurer ses membres en disant qu'elle accorderait une dispense à la plupart des sexologues/psychothérapeutes diplômés avant septembre 2015, mais cela n'a pas réussi à calmer la colère.

La réalité veut que la nouvelle réglementation ne s'adresse qu'aux sexologues, bien que l'évaluation des troubles sexuels soit au coeur même de leur formation et de leur pratique clinique. Il s'agit même de leur champ d'expertise.

Ce qui rebute au sujet de cette exigence, c'est comme si tout à coup les sexologues n'ont plus de compétence en cette matière alors que c'est ce qu'ils ont toujours fait. En effet, c'est depuis plus d'une trentaine d'années qu'ils se chargent d'évaluer et de traiter les troubles sexuels, d'autant plus qu'on leur confie des charges d'enseignement dans les facultés de médecine et qu'ils donnent des formations auprès d'autres professionnels ou de leurs pairs, tant ici qu'à l'étranger.

Cherchez la logique
La nouvelle législation donne le champ libre aux psychologues, aux médecins, aux conseillers en orientation et aux infirmiers autorisés pour évaluer les troubles sexuels, alors qu'il s'agit traditionnellement du principal champ d'expertise des sexologues. Et pourtant, une majorité de ces professionnels ont l'habitude de s'en remettre aux sexologues pour évaluer et traiter ces troubles, un signe évident qu'ils font confiance à leur compétence.

La loi est ainsi faite qu'elle permet aux autres professionnels autorisés d'évaluer les troubles mentaux sans avoir à suivre de formation spécifique ayant trait aux troubles sexuels. Inversement, on n'autoriserait jamais un sexologue à évaluer un trouble mental comme un trouble de l'humeur, un état de stress post-traumatique ou un trouble de l'attachement. On invoquerait que ce sont là des troubles à l'extérieur de leur champ de compétence. Pourtant, il y a souvent présence de deux ou même plusieurs troubles associés à un trouble sexuel.

La protection du public
On prétend que le nouveau règlement en question est justifié puisqu'il sert à protéger le public. Le fait demeure que chaque ordre professionnel, dont l'Ordre professionnel des sexologues, respecte déjà cette obligation. Leurs membres doivent se soumettre à une inspection professionnelle sur divers plans, par rapport à la tenue de dossiers, au respect des normes et à l'évaluation de l'ensemble de leur pratique clinique, par exemple.

Les professionnels en santé mentale, et ceux exerçant plus particulièrement la psychothérapie doivent aussi répondre à des exigences de formation continue. On s'assure ainsi que les professionnels maintiennent leurs compétences à jour.

Enfin, un syndic assume à la fois le rôle d'enquêteur et de poursuivant à l'égard de ceux qui auraient commis des infractions déontologiques, ce qui protège également le public.

Étant donné que le système de protection du public existe déjà, s'il faut en faire davantage, pourquoi ne pas simplement imposer une inspection plus rigoureuse? Pourvue, évidemment, que cette même norme s'applique à toutes les professions!

Conclusion
Les quelque trois cents sexologues-psychothérapeutes du Québec sont touchés par les nouvelles mesures. Bien entendu, ne vous attendez pas à les voir prendre la rue pour s'y opposer. J'estime qu'il y a néanmoins un débat à faire à ce sujet et ils auraient raison de le faire.

Il est permis de se demander si les nouvelles mesures ne servent pas plutôt à défendre les intérêts de certains professionnels.

Nous savons tous qu'il existe des rapports de force entre les divers ordres professionnels et que cela crée des chasses gardées. La nouvelle pièce législative obligeant les sexologues à faire une demande d'autorisation pour évaluer les troubles sexuels ne fait que rehausser le statut professionnel de certains professionnels au détriment de d'autres.

Les sexologues s'offusquent de ce nouveau règlement puisque les troubles sexuels constituent leur champ d'expertise depuis nombre d'années.

Les sexologues s'offusquent de ce nouveau règlement puisque les troubles sexuels constituent leur champ d'expertise depuis nombre d'années. Ils doivent s'opposer à l'obligation de devoir prouver leur compétence dans un domaine qui est le leur et dans lequel ils ont déjà fait leurs preuves.

Pour ma part, je ne veux aucunement me placer en porte-à-faux avec l'OPSQ ni m'inscrire dans le courant antipsychiatrique. Je crois avoir le devoir moral d'exprimer mon désaccord, ne serait-ce que pour mettre un frein, à ma façon, à l'élan actuel visant la médicalisation des « problèmes » de tout acabit.

Je convie mes collègues et les autres qui se sentent concernés par cette question à poursuivre la réflexion et à ouvrir la porte à la discussion, plutôt que de battre trop vite en retraite en signant un chèque en blanc à notre ordre professionnel.

Cette lettre est un extrait de la version intégrale qu'on peut lire ici et y donner son appui. Elle a déjà reçu l'appui de 94 signataires: médecins, enseignants, référents, psychologues, sexologues et autres professionnels de la santé.

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