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Dépister et travailler ensemble, c'est gagnant pour l'enfant

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La plus importante ressource naturelle d'un pays, ce sont les enfants
- Danny Kaye

La panoplie de diagnostics posés des dernières années en santé mentale chez les enfants et adolescents est-elle un phénomène à la hausse ou sommes-nous simplement en train de «psychiatriser» nos enfants en difficulté?

La question mérite d'être posée, mais difficile d'y apporter une seule réponse. Chose certaine, des enfants qui souffrent psychiquement existent bel et bien et on doit les aider de la meilleure façon possible, du moins, autant que le permettent les moyens et les connaissances actuelles. Nul n'est à l'abri d'une maladie mentale. Selon le Centre hospitalier Douglas, 20% des enfants peuvent en souffrir.

Dans les années 80 alors que j'étais travailleuse sociale, c'était l'époque où la majorité des enfants en difficulté portait l'étiquette «mésadapté socio-affectif (MSA)» et les spécialistes considéraient - souvent à tort - que les parents de ces enfants, du point de vue de leurs compétences parentales, étaient inadéquats. Depuis, les diagnostics se sont multipliés: déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), trouble de la conduite et/ou de l'opposition et de l'impulsivité, trouble de l'alimentation, trouble anxieux, dépression avec idées suicidaires, trouble de l'attachement, troubles du spectre de l'autisme, syndrome Gilles de Latourette...

Qui sont les coupables? Les parents, assurent les uns, parce que trop rigides, intolérants, permissifs ou trop occupés. C'est plutôt la faute de l'école répondent les autres avec ses réformes, son manque de personnel, ses enseignants mal préparés. Pour d'autres encore, ce sont des enfants paresseux, manipulateurs qui causent volontairement le désordre. Enfin, il y aurait la génétique - reste à prouver - ou encore les polluants environnementaux, le régime alimentaire et le stress. Or, chercher un coupable sur qui chacun reporte ses frustrations est une entreprise stérile qui n'aide personne.

Certes l'école est souvent le lieu où un enfant en difficulté est détecté. Une expérience américaine, utilisée récemment dans certaines écoles du Québec avec la contribution du Centre hospitalier Sainte-Justine, démontre que des interventions menées par des enseignants qui ciblent des facteurs de risque de problèmes mentaux peuvent être très efficaces pour réduire l'incidence de la dépression, de l'anxiété et des problèmes de comportement à long terme. Une bonne nouvelle!

Selon le magazine Québec Science de l'automne 2010 consacré aux enfants, les plus récentes recherches nous apprennent que, le monde ayant tellement changé, le cerveau des enfants du 21e siècle n'est plus le même que ceux des années 80! Il n'y a plus de doute que les écrans avant l'âge de trois ans, tels qu'ils sont maintenant conçus avec leurs rafales d'images et de sons, compromettent l'acquisition du langage et du développement psychomoteur, nuisant ainsi à la représentation même que les tout-petits se font de leurs corps. Il vaudrait mieux pour ces chérubins découvrir le monde avec leurs dix doigts, stimulés et aidés par leur entourage familial.

Allons plus loin. Une nouvelle discipline scientifique nommée épigénétique décrète que l'environnement dans lequel vit un jeune enfant agit sur ses gènes. On parle ici du contexte familial, des conditions socio-économiques et du stress, voire même du contact avec les nouvelles technologies. Découvertes fascinantes, mais en même temps... préoccupantes.

Des chercheurs admettent que les jeux vidéo pour les enfants d'âge scolaire peuvent, en établissant de nouvelles connexions neuronales, favoriser le développement de l'intelligence et des réflexes. Ça, c'est une autre bonne nouvelle. Mais l'envers de la médaille est que ces mêmes jeux auraient quelque chose à voir avec l'augmentation des problèmes d'attention, d'hyperactivité et d'impulsivité. Pour plusieurs, nul doute que le déficit d'attention a une composante génétique, mais l'environnement y contribue grandement.

Il semble bien qu'on assiste à une grande métamorphose du cerveau!

Une bonne évaluation, un bon diagnostic

Depuis 1990, la neuroscience a fait un bond gigantesque grâce aux appareils d'imagerie par résonnance magnétique (IRM). Ceux-ci permettent de saisir des aspects du cerveau jusqu'ici insoupçonnés. Oui, la technologie a aussi ses bons côtés! On peut toujours rêver du jour où chaque école aura son IRM mais en attendant, il faut travailler avec les outils existants. Il demeure essentiel d'avoir une bonne évaluation et un diagnostic précis de l'enfant ou de l'adolescent qui présente des difficultés. Cela exige du temps et la contribution de plusieurs personnes telles que les enseignants, la direction, les parents et autres spécialistes. Il s'agit ensuite de reconnaître les difficultés vécues par l'enfant. Celles-ci peuvent s'inscrire dans un programme de collaboration à long terme entre l'enfant, les parents, l'école et les professionnels de la santé. Ainsi, on comprendra que ce n'est ni la bonne volonté de l'enfant ni la compétence des parents ou même de l'école qui sont a priori en cause.

Pour ce faire, il faut absolument que nos gouvernements y voient là une priorité, car selon les sources de l'OMS, la majorité des états consacrent moins de 2% de leur budget en santé mentale. C'est une grave injustice sociale, voire une catastrophe, de constater que trop nombreuses sont les familles privées de services spécialisés dans le secteur public, contrairement à celles plus socio-économiquement favorisées qui y ont accès dans le secteur privé.

L'enfant: modèle de base avec options supplémentaires

Il faut surtout comprendre et accepter l'enfant tel qu'il est avec son bagage et ses différences. Un enfant qui se sait aimé et respecté est un enfant heureux. Comme tout le monde, il a davantage besoin de soutien que de critiques. L'idée maîtresse consiste à voir ces enfants en difficulté comme des «modèles de base», en ce sens que si tous se ressemblent, certains ont des «options supplémentaires» qui nécessitent des outils particuliers. La relation avec ces enfants ainsi que son estime personnelle ne s'en porteront que mieux....les parents et l'école aussi!

Si vous avez besoin d'aide:

- Centre hospitalier Sainte-Justine
- Centre hospitalier Douglas
- Associations PANDA
- AQETA

La série sur la Santé mentale des enfants (Young Minds Matter) est une nouvelle initiative du Huffington Post destinée à ouvrir un débat sur la santé mentale et émotionnelle des enfants, de sorte que les plus jeunes se sentent aimés, appréciés et compris.

À cette occasion, son Altesse Royale la duchesse de Cambridge est rédactrice en chef invitée. Nous allons discuter des problèmes, des causes et surtout des solutions face à la stigmatisation entourant la santé mentale chez les enfants.

À LIRE AUSSI SUR LES BLOGUES

> Faisons une vraie différence pour toute une génération de jeunes enfants - Her Royal Highness The Duchess of Cambridge
> Lancement de la campagne Young Minds Matter, avec l'aide de la Duchesse de Cambridge - Arianna Huffington
>Faire l'autruche au détriment des générations futures - Doris Provencher
> Survivre à l'enfance et à l'adolescence - Florence Meney
>Le défi de ma vie de mère - Bianca Longpré
> Pour un Québec fou de sa jeunesse - Robert Théoret
> Comment réagir quand des élèves se moquent de notre enfant à l'école? - Karine Trudel
> La santé mentale du point de vue des enfants - Karine Gagné
> Quand notre cerveau grandit de façon atypique - François Richer
> Des filles comme les autres, des filles comme nous - Françoise Garabed
> Arrête d'avoir peur pour rien! - Karine Trudel

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