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Une claque de singe à Katmandou

11/08/2014 12:09 EDT | Actualisé 11/10/2014 05:12 EDT

Katmandou.

Je suis arrivé au Népal avec le poil dressé ; par le froid, certes, mais surtout par la fébrilité de celui qui se sait à l'orée d'une terre de renom, plus mythique qu'à l'habitude, et qui appréhende l'épiphanie.

L'Himalaya de Tintin au Tibet, qui a frappé mon imaginaire d'enfant, l'idée de rencontrer les Sherpas, cette ethnie légendaire, celle de jouer avec les yaks sur des sentiers escarpés, de franchir des ponts suspendus au-dessus de vallées et de rivières glacées - je n'allais pas être déçu.

Sauf pour les yaks. Tu ne peux pas vraiment jouer avec un yak. J'ai essayé.

Se faire charger par un yak sur le bord d'une falaise est une activité qu'on ne peut considérer ludique que par entêtement.

Une fois l'avion atterri, j'ai pu constater que l'aéroport de Katmandou est conçu à la fine pointe du broche-à-foin. Des files de gens qui s'entrecoupent vers des guichets non-identifiés, des formulaires d'immigration ramassés par terre, des bureaux vides, des lumières éteintes, et les douaniers qui procèdent à leur inspection en utilisant la technique éprouvée du regard de loin.

Lorsque j'ai déniché la ceinture à bagage, je l'ai trouvée vide. Toutes les valises jonchaient le sol, en tas où les gens se jetaient alors que j'attendais en retrait, désolé par l'évidence : mon poil se recouchait.

Cette situation regrettable fut cependant vite corrigée dès lors que j'eus trouvé mon sac, payé le visa (35$ US) pour m'échapper du bâtiment, et que l'air des montagnes m'eut embrassé à pleine bouche sans crier gare.

Le taxi stationné devant la porte principale m'arracha un éclat de rire : une minuscule Maruti des années 90, avec un morceau de papier collé sur l'intérieur de la vitre arrière, où le chauffeur avait inscrit lui-même, à la main : "TAXI".

Celui-là, assis sur le capot, m'adressait un sourire exagéré en me faisant des thumbs up.

Il était parfait.

...

Ou presque : les relents de son haleine, de même que le cafouillage de sa conversation, m'apprirent vite qu'il était saoûl.

La voiture zigzaguait, s'engageant vers le centre-ville sur des routes étroites et défoncées, et dans une pagaille enlevante : voitures, motos, piétons et marchands se partagent un espace équivalent souvent à une piste cyclable chez nous.

Toutefois, entre les bâtisses délabrées (le Népal reste un pays en voie de développement où 30% de la population vit sous le seuil de la pauvreté) s'élèvent de jolies maisons colorées et bardées de fleurs. Celles-ci, avec la beauté du ciel traversé de toutes parts par des banderoles de fanions multicolores, et le sourire des gens, rachetaient pour moi le bruit des moteurs et la fumée d'échappement.

Sur l'enchevêtrement des fils électriques, qui pendent parfois jusqu'au sol, s'élancent souvent une joyeuse troupe de macaques rhésus.

Ceux-là, vous les trouvez mignons jusqu'à ce que vous vous en approchiez, et que ces petites saloperies vous rappellent que vous n'êtes plus sur Youtube : elles vous arrachent votre sac, vous mordent si vous résistez, l'éventrent, bouffent ce qu'il y a à bouffer (pas nécessairement ce qui est comestible), et finalement se paient votre gueule en bande.

C'est leur vie.

Au Swayambunath, stupa bouddhiste communément appelé Monkey Temple en l'honneur des milliers de singes squattant la place, et qui s'élève en grande beauté au-dessus de Katmandou, je suis tombé sur un petit spécimen, probablement enfant.

"Awww", que je me suis dit.

Je me suis approché pour lui tendre une galette sortie de mon sac. Il l'a prise, a hurlé quelque chose, et dix secondes plus tard je me suis trouvé entouré d'une trentaine de ses amis.

"Awww", que je ne me disais plus.

Eh bien croyez-le ou non, le mâle Alpha m'a pris mon sac en me DONNANT UNE GIFLE.

Ne sous-estimez pas les singes, et ne surestimez pas Youtube.

...

Ce soir-là, alors que je partageais la chaleur d'un feu de poubelle avec quelques voyageurs sur le toit d'une auberge de jeunesse, nous contemplions le couchant qui plongeait derrière les montagnes ceinturant la capitale népalaise. Derrière ces montagnes, on en devinait d'autres, de plus en plus grandes, jusqu'à la vallée du Kombu, et l'Everest, avec lequel nous avions sans le savoir, moi et ma joue rouge, rendez-vous la semaine prochaine.

À suivre...

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