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Devoir de mémoire à Hiroshima

13/10/2014 01:18 EDT | Actualisé 13/12/2014 05:12 EST

Hiroshima.

Le Mémorial pour la paix d'Hiroshima, ou dôme de Genbaku, est un endroit qui frappe par son calme -rien de nouveau en territoire japonais, mais cette fois, le silence est dilué par un ingrédient singulier : le malaise.

On s'imagine comme on peut un flash subit au-dessus de sa ville, qui hausse en quelques fractions de seconde la température à plusieurs milliers de degrés, et suivit d'une onde qui souffle à 800 km/h, vaporisant les structures et les habitants, avant de se transformer en tempête de feu.

Cette suite de profonds désagréments se termine par une pluie noire et radioactive qui retombe sur les survivants, dont la chair fondue pend en lambeaux -les mannequins de cire créés pour le musée sont particulièrement difficile à regarder.

(Le texte continue après la galerie:)

Devoir de mémoire à Hiroshima

Quatre-vingt mille morts instantanés, soixante mille ensuite, ceux-là décédés des effets à longs termes de l'arme atomique.

Le mémorial est parsemé d'artefacts saisissants, comme des ombres humaines imprimées sur des murs de béton, et des amalgames de tuiles, bicyclettes, bouteilles et ossements fusionnés par la chaleur nucléaire.

Le devoir de mémoire. C'est ainsi qu'on a nommé la nécessité, pour les États qui ont été les témoins (ou les responsables) d'atrocités, de documenter et d'entretenir le souvenir des souffrances subies par une de leurs ethnies, ou par leur population.

Il faut visiter Auschwitz en Pologne, et les Killing Fields au Cambodge, pour ne nommer que ceux-là. Sachez que s'il est garanti que vous allez passer une sacrée mauvaise journée, votre effort personnel contribuera toutefois à combattre l'amnésie collective.

Les États ont la mémoire courte.

Sélectif, le texte du musée se concentre sur la violence américaine, et réduit à quelques phrases les années de massacre par l'armée japonaise de civils chinois (200 000 morts et environ 50 000 viols en quelques jours à Nankin, par exemple) lors de l'invasion et l'occupation de la Mandchourie, contexte à partir duquel se sont élaborées les circonstances de l'entrée du Japon dans la Seconde Guerre mondiale.

"L'incident de la Mandchourie", dit-on.

C'est mieux que rien.

En tout cas, pour le visiteur, le désagrément de la bombe nucléaire se résume à une déprime momentanée, qui le suit quelques heures après sa visite, pour s'estomper peu à peu alors qu'il reprend une routine bien imbriquée dans un monde où des choses pareilles n'arrivent qu'aux autres.

C'est la vie.

...

Saviez-vous qu'Hiroshima est une ville soeur de Montréal ?

Pour souligner leurs efforts conjoints dans la grande lutte pour la paix, nos administrateurs ont offert à leurs homologues une jolie statue.

En 2008.

L'histoire ne dit pas si les dignitaires japonais ont été invités sur le Touch.

...

Du sommet du mont Misen, qui surplombe la baie d'Hiroshima, je contemple la vallée où repose cette grande ville reconstruite, alors que d'épais flocons ouatés glissent en silence sur le décor zen et profondément japonais.

Sur la montagne, on emprunte des sentiers en lacets, au-dessus desquels ploient des branchages surchargés de poudreuse, et qui sont parcourus par de gentils chevreuils qui vous approchent constamment, curieux.

Ils sont également dans le village.

J'en ai pris un à faire la file devant le comptoir d'un restaurant.

J'ai attendu en retrait. Il a éventuellement été servi. Je ne sais pas pourquoi, ça m'a ému.

Le temps des cerisiers en fleurs, ce moment spectaculaire où il faut absolument visiter le Japon, n'arrivera pas avant quelques semaines encore.

En attendant, on a installé un spécimen en plastique.

Les touristes, qui tiennent à leur cliché sous les voûtes de milliers de pétales, passent un par un sous la réplique, bricolant avec leurs Iphones toutes sortes d'angles abracadabrants destinés à contrefaire une photo de profil pour leurs vacances nippones.

À chacun sa propagande.

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