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Le projet Emmanuel Macron

17/05/2017 09:34 EDT | Actualisé 17/05/2017 09:34 EDT

Je ne reviendrais ici pas sur les raisons expliquant la victoire d'Emmanuel Macron aux élections présidentielles françaises. Nombre d'analystes s'en sont chargés avant moi. Ce qui m'intéresse est davantage le phénomène social que représente ce nouveau président. Il me semble, en effet, être un révélateur sociologique extrêmement pertinent de ce qu'on exige et valorise aujourd'hui chez un individu.

Emmanuel Macron est la parfaite incarnation de ce que je j'appelle le «récit-projet». En effet, il a créé son propre parti, En marche! (il y a d'ailleurs, à peine, une année) plutôt que de se fondre dans un mouvement politique déjà existant. Autrement dit, il a créé un parti politique (ou mouvement) à son image. Il s'agit de la première caractéristique du récit-projet: s'y reconnaitre entièrement. «Le projet c'est moi et moi, je suis le projet». Il est nécessaire de s'y investir subjectivement. Peut-on d'ailleurs penser En marche! en dehors d'Emmanuel Macron? Je prends d'ailleurs le pari que ce mouvement disparaitra après son départ ou changera de nom. Cet investissement subjectif n'est pas étranger aux salariés dont une frange importante (cf. secteur de la nouvelle économie) doit se reconnaitre au sein de l'entreprise, comme si une relation affective était nécessaire (et souhaitée) entre l'entreprise et l'individu, et ce à des fins de productivité.

Un autre élément caractéristique du «récit-projet» est sa flexibilité. Bien qu'il soit nécessaire que l'individu se reconnaisse dans son projet et s'identifie à ce dernier, celui-ci doit pouvoir changer de forme comme de fond au gré des circonstances. Autrement dit, si Monsieur Macron n'a pas vraiment de programme précis (il a bien entendu mentionné quelques éléments importants lors de la campagne, mais beaucoup d'analystes ont souligné la faiblesse et l'incohérence de ce dernier) ce n'est pas tant un oubli, il me semble, qu'un réel désir de flexibilité à outrance. En effet, pourquoi prévoir un programme pour les cinq prochaines années puisque cela dépendra en grande partie du contexte social et économique ou encore des hommes et des femmes politiques qui seront en place ? Encore une fois, des parallèles peuvent être effectués avec la vie de tous les jours où on demande aux individus d'être flexibles, de changer régulièrement de travail, de se reconvertir en fonction des aléas du marché, etc. Aimer son travail, oui; mais accepter aussi du jour au lendemain d'en trouver un autre si nécessaire. Et l'aimer à nouveau ...

Du chômeur (projet d'insertion), à la vie privée (projet de famille et de vacances), à la carrière, tout se décline aujourd'hui en récits-projets mouvants.

Ainsi, Emmanuel Macron incarne parfaitement ce qu'on demande à l'individu contemporain, à savoir de s'investir dans de multiples projets, qui nous ressemblent, dans lequel nous nous devons de nous investir subjectivement. Du chômeur (projet d'insertion), à la vie privée (projet de famille et de vacances), à la carrière, tout se décline aujourd'hui en récits-projets mouvants. Nous en portons de plus la responsabilité individuelle dans une société où les explications sociales sont de plus en plus érigées au rang «d'excuses sociologiques». Ainsi, si le récit-projet d'Emmanuel Macron ne convient pas, il en prendra la responsabilité et sera possiblement sanctionné par le vote populaire. Il en profitera pour possiblement entamer une nouvelle carrière qu'il «aimera» beaucoup et à coup sûr dans laquelle il «s'épanouira» et se «reconnaitra». Il en est de même pour l'individu lambda qui doit se fixer lui-même des objectifs (sous forme de projets) qui régulent sa conduite.

Cette émergence de ce que j'appelle le récit-projet où nous devons nous inscrire dans de multiples projets les plus flexibles les uns les autres illustre parfaitement les nouvelles exigences quotidiennes à propos des normes sociales d'autonomie, de responsabilité, d'initiative personnelle ou encore de créativité. En ce sens, Emmanuel Macron est le parfait produit de ce que le social crée en ce moment. Il est ce que nous devons être socialement.

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