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Bouger à tout prix?

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À l'heure où le gouvernement du Québec vient de présenter ses orientations politiques pour l'activité physique, le sport et le loisir, il nous apparait nécessaire de faire un point rapide sur le plan des enjeux et significations autour du sport et de l'activité physique. En effet, la conception sous-jacente défendue dans le programme provincial prône une vision individualiste et santéiste en occultant les dimensions psychologiques et sociales de l'activité physique et du sport.

Certes, le sport est souvent empreint de positivité. Surchargée idéologiquement, sa pratique serait forcément bénéfique. Conséquemment, de nombreux programmes réduisent leur évaluation au nombre de personnes touchées, sans se poser nécessairement la question de l'impact.

Le sport est donc souvent présenté comme un instrument utile et à peu de coûts pour améliorer sa santé physique. Possiblement. Encore que les dépenses engendrées par les blessures et le surentrainement sont rarement prises en compte. De plus, si de nombreuses études ont pu montrer l'impact positif du sport pour améliorer la santé mentale, le fonctionnement social ou encore les aptitudes relationnelles, d'autres recherches vont cependant dans le sens contraire et affirment que le sport peut être néfaste puisque celui-ci peut potentiellement être corrélé à des taux élevés de délinquance et d'agression, des problèmes de comportements, et de fonctionnement sur les plans social et psychologique.

Si le sport peut potentiellement être un outil des plus pertinents sur les plans physique et psychologique, encore faut-il rester vigilant par rapport au fait qu'il n'est pas une panacée.

Autrement dit, si le sport peut potentiellement être un outil des plus pertinents sur les plans physique et psychologique, encore faut-il rester vigilant par rapport au fait qu'il n'est pas une panacée. Pour éviter cet écueil, nous proposons de mettre en exergue quelques éléments essentiels à nos yeux.

Le premier est que le contexte sportif est surchargé par une idéologie de la performance à tout prix et de la concurrence exacerbée ainsi que du mérite individuel. Il faut donc le transformer, le réinventer pour qu'il devienne un prétexte pour transmettre des messages éducatifs sur l'effort, le dépassement, l'apprentissage de règles ou encore la solidarité. En ce sens, la formation des entraineurs est essentielle afin que ces derniers prennent en compte les aspects psychosociaux dans leur pratique.

Le second élément est l'aspect social du sport. Pratiquer un sport, c'est mettre son corps en mouvement, mais c'est surtout se mettre en mouvement par rapport aux autres. La rencontre est le cœur battant du sport. L'altérité est son oxygène. Autrement dit, développer des relations, créer du lien social avec sa communauté, et bien au-delà. Rendre les sports individuels collectifs apparait primordial dans ce contexte.

Le troisième et dernier élément a trait à la nécessité d'intégrer la pratique sportive dans le parcours de vie des individus. Est-ce que le sport est un élément positif pour ces derniers? Est-il créateur de lien social? Comment la pratique sportive s'inscrit-elle dans le parcours biographique des personnes?

Le sport ne peut donc se réduire qu'à une question temporelle (nombre d'heures par semaine) ou encore d'accessibilité. Son accès ne peut être résumé à une question d'argent. C'est une problématique sérieuse et complexe qu'il convient toujours de contextualiser. Mettre en mouvement les jeunes et les moins jeunes. Bien entendu. Pratiquer du sport, oui, mais avec un encadrement éducatif de qualité. Bouger, bien sûr, mais pas à n'importe quel prix au risque de conjuguer blessures physiques et psychiques, et ce au détriment d'un bien-être social à construire chaque jour.

Ce texte est cosigné par:
Gilles Vieille Marchiset, directeur du laboratoire Sport et sciences sociales, Université de Strasbourg, chercheur invité à l'Université d'Ottawa

Luc Parlavecchio, entrepreneur social et fondateur de l'Institut DesÉquilibres

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