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Des clés pour comprendre la situation actuelle au Venezuela

21/02/2014 12:03 EST | Actualisé 22/04/2014 05:12 EDT

Depuis deux semaines le Venezuela est le théâtre des manifestations pour et contre le gouvernement. Elles ont déjà laissé cinq morts et une soixantaine de blessés. Ayant commencé comme une manifestation étudiante contre l'insécurité et le coût de la vie, elles ont été très vite capitalisées par l'opposition pour faire entendre le mécontent de la société en raison de l'inflation qui est montée à 56% annuel en 2013. La situation inquiète grandement le gouvernement dont la forteresse dépend de l'appui massif de la population, notamment des secteurs moins favorisés. Le gouvernent a dénoncé une campagne de désinformation et il a signalé au chef de l'opposition la plus combative comme l'instigateur de la violence. Il a aussi expulsé trois diplomates de l'ambassade des États-Unis en les accusant d'avoir appuyé les manifestations contre le gouvernement.

La démocratie vénézuélienne et l'émergence du chavisme

Lorsqu'en Amérique latine les dictatures proliféraient par tout, le Venezuela était l'un des deux pays - l'autre était la Colombie - où la démocratie est restée en place. Pourtant, la réalisation des élections régulières ne compensait pas la gestion publique inefficiente, ni l'écart entre les représentants politiques et la société, ni la corruption. Les Vénézuéliens ont ainsi vécu des forts épisodes de protestations comme le « Caracazo » en 1989. C'est dans ce contexte que le lieutenant-colonel Hugo Chavez fit son apparition en essayant un coup d'État en 1992 au nom des exclus et les démunis. Ayant été pardonné de sa condamnation à deux ans de prison pour les événements de 1992, Chavez a décidé de participer activement en politique. Et il gagne ainsi, avec son propre mouvement, les élections présidentielles de décembre 1998, toujours au nom des moins favorisés. Depuis ce moment, le chavisme a mis en place un projet de refondation de la nation. Si dans l'économie ce projet « bolivarien » se caractérise par l'anti-néolibéralisme et les politiques sociales, dans le volet politique c'est la « démocratie participative », un mécanisme de mobilisation permanente des secteurs sociaux les moins favorisés, qui constituent sa base de sustentation.

Le projet a été continuellement légitimé grâce à ses successives victoires électorales. Or, l'une de ses faiblesses est son caractère personnaliste. Après le décès en mars 2013 de Chavez, leader indiscutable du projet, ce manque d'institutionnalisation est devenu encore plus grave. Nicolas Maduro, ministre des Affaires étrangères de Chavez depuis 2006, a réussi à se faire élire président en avril 2013, mais il y a un vide certain de pouvoir. Malgré son respect rigoureux des prémisses de Chavez, il a du mal à combler le rôle de leader du mouvement; d'autant plus que, provenant du secteur ouvrier, ses relations avec le secteur militaire ne sont pas faciles. En particulier avec Diosdado Cabello, la main droite de Chavez jusqu'à l'apparition de Maduro et actuel président de l'Assemblée nationale.

Les manifestations contre le gouvernement et les dénonciations des complots

Le gouvernement à deux bonnes raisons pour s'inquiéter face aux manifestations. La première est le souvenir d'avril 2002 : des manifestations orchestrées conjointement avec un soulèvement d'une partie de l'armée ont réussi à séparer temporairement Chavez du pouvoir. La deuxième est le mécontentement populaire dû à la situation économique qui érode sa base de sustentation. Le bolivar a été dévalué 33% en février 2013 causant la hausse de produits importés ainsi que la pénurie de certains biens de base, comme le papier toilette. Ainsi, le taux d'inflation a atteint 56% en 2013 et la valeur officielle du bolivar au marché noir est 10 fois plus élevée que la valeur officielle.

Maduro a prétendu à un nouveau complot. En effet, en 10 mois de mandat, il a déjà dénoncé une douzaine de tentatives de coup d'État. Deux conspirateurs ont été ciblés. D'une part, le chef de l'opposition la plus combative, Leopoldo Lopez, qui a dû comparaître en justice mardi dernier accusé d'avoir instigué des manifestations violentes. D'autre part, les États-Unis, qui ont souffert pour la troisième fois en 10 mois l'expulsion des diplomates; cette fois-ci sous les allégations d'appui aux manifestations contre le gouvernement. Parallèlement, le gouvernement fait appel à ses propres partisans et organise ses marches et manifestations d'appui.

Ce type de réponse n'est ni nouvelle ni innocente : la polarisation est une stratégie qui s'applique depuis Chavez avec un grand succès politique. De cette même façon, le régime a piloté d'autres manifestations similaires. Nonobstant, la conséquente fracture de la société force à mitiger le bilan. En outre, la polarisation affaiblit les secteurs de l'opposition partisans du dialogue et du changement par accumulation de support populaire, comme celui dirigé par Capriles - le candidat présidentiel battu par Maduro en avril 2013 -. Un tel scénario entrave des solutions négociées et condamne le conflit à une solution par rapport de forces.

Quel avenir pour la démocratie au Venezuela ?

Certains éléments semblent signaler de possibles changements. D'abord, Maduro n'est pas Chavez, et la gestion de la crise politico-économique risque d'être une épreuve définitive. Ensuite, les déclarations des organisations régionales, en particulière celle de l'Unasur (Union de nations sud-américaines) qui laisse entrevoir l'éventuel appui des pays voisins, s'est limité à faire un appel à la paix et au respect de la démocratie. Dans d'autres cas plus ou moins similaires, comme celui de la Bolivie en 2008 ou de l'Équateur en 2010, l'Unasur s'est exprimé explicitement en faveur des gouvernements en place. Finalement, Heinz Dieterich, auteur de la théorie du Socialisme du Siècle XXI, fondement intellectuel de la révolution bolivarien, s'est prononcé en faveur de la formation d'un gouvernement d'unité nationale qui associe Capriles, le leader de l'opposition modéré. Malheureusement, aucun indice n'annonce une telle solution. C'est pourquoi nous nous demandons comment le Venezuela pourra-t-il retrouver le chemin de la modération où la démocratique pourrait se développer en plénitude ?

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