LES BLOGUES

Option nationale et la fameuse «division du vote»

19/10/2013 09:59 EDT | Actualisé 19/12/2013 05:12 EST

S'il est une chose à laquelle nous sommes habitués, à Option nationale, c'est de nous voir associés à la "division du vote". C'est encore plus vrai en temps d'élection - allez savoir pourquoi... - et la période actuelle de rumeurs électorales ne fait pas exception à la règle. Ce qui est la règle aussi, c'est que le recours au concept de la division du vote soit parfois l'occasion de dire un peu n'importe quoi.

Prenons par exemple la Société Radio-Canada qui, dans un récent bulletin de nouvelles où elle présentait un reportage sur la course à la chefferie d'ON, nous a servi une bonne dose de "division du vote". Pascale Nadeau nous annonçait d'abord avec sérieux qu'aux dernières élections générales, ON avait «influencé la donne dans au moins cinq comtés, en divisant le vote souverainiste». La table était mise pour que, tout de suite après, le reporter Pascal Robidas franchisse allègrement le pas de la désinformation, toujours avec assurance et sérieux, en ajoutant: «...le vote combiné souverainiste de Québec solidaire et d'Option nationale a permis à cinq libéraux d'être élus». Et vlan! C'était sans appel, la cause était entendue.

Je n'ai pas l'habitude de critiquer le travail des journalistes, mais ici, vraiment, il n'y a pas moyen de ne pas relever l'énormité de ce qu'on nous vend comme une chose entendue. Premièrement, personne ne sait, ni les analystes, ni les journalistes, ni vous, ni moi, ce qu'aurait été le résultat électoral d'une coalition de ces trois partis dans les comtés en question. Est-ce que le PQ, par exemple, aurait perdu des appuis sur sa droite en s'adjoignant la gauche de QS ? Est-ce que les électeurs d'ON seraient allés voter si notre parti n'avait pas existé ? Est-ce que la gauche solidaire aurait voté pour le PQ du déficit zéro? Bref, additionner après coup les votes de trois partis qui ne proposent pas la même chose ne peut pas relever de l'analyse sérieuse.

Deuxièmement, chaque fois qu'on nous présente cette "démonstration" qui n'en est pas une, on fait commodément comme si la CAQ n'existait pas. Or, plusieurs sondages nous ont montré avec constance que le parti de François Legault recueille un nombre significatif de votes souverainistes, nombre qui fut fort probablement plus important que celui d'Option nationale aux dernières élections. Fait étrange, on évite toujours d'en parler. Si on le faisait à partir des préceptes mathématiques bancals habituels, on serait bien obligé de nous dire que cette division-là a "fait élire" bien plus de libéraux que celle qu'on attribue à Option nationale.

De plus, alors qu'ON est fondamentalement différent du PQ de par son engagement indépendantiste clair et concret, François Legault, lui, est un souverainiste "en dormance", ce qui est aussi une spécialité du Parti québécois - tout comme le souverainisme endormant, d'ailleurs. L'un parle d'une pause de dix ans, l'autre évoque un délai de plusieurs mandats. Est-ce si différent ? Ne l'est-ce pas encore moins quand le gouvernement Marois parle d'abolition des commissions scolaires et fait dans le nationalisme provincial ?

Mais en amont de tout cela, le simple fait de parler de division du vote dans un cas comme celui-ci est un geste, disons, orienté. Ce qu'on laisse entendre, à travers la terminologie employée, c'est qu'un parti proposant quelque chose se voit soudain privé d'une portion de ses votes par un autre parti qui propose la même chose. Ce schéma ne colle pas à la situation actuelle, et recèle le déni et l'impasse intellectuelle dans lesquels se cantonne le souverainisme péquiste depuis maintenant plusieurs années, en refusant d'admettre qu'il est devenu une marque de gouvernance parmi d'autres.

Oui, le vote dit "souverainiste" se distribue à travers diverses offres politiques. Mais, cela est-il dû à Option nationale ? Bien sûr que non. La coalition que fut autrefois le Parti québécois s'effrite depuis bien avant l'apparition d'ON, tout simplement parce que ce parti a abandonné tout engagement indépendantiste, laissant ainsi d'autres priorités départager l'électorat. La montée de l'ADQ, l'arrivée de QS, puis celle de la CAQ, sont en grande partie tributaires de cet état de fait.

Même si plusieurs indépendantistes appuient le PQ et QS pour toutes sortes de raisons tout à fait valables et légitimes, ces deux partis sont-ils, dans la réalité pratique des choses, des partis indépendantistes ? Font-ils de l'indépendance le coeur de leur discours, le fondement de leur action et l'enjeu principal et prioritaire de leurs campagnes électorales ? Ont-ils dans leurs programmes respectifs un engagement concret à réaliser l'indépendance, ou ne serait-ce qu'à faire un référendum sur ce sujet ? La réponse objective et froide à toutes ces questions est indubitable: non.

Il n'y a donc pas de "division du vote" indépendantiste au sens où on l'entend trop souvent, celui d'une concurrence électorale entre partis qui auraient tous l'indépendance du Québec comme priorité concrète.

Quant à l'éparpillement bien réel du vote souverainiste, il est absurde d'en parler sans inclure la CAQ dans le portrait, et ce, comme facteur prépondérant, bien avant Option nationale, qui travaille plutôt à produire de nouveaux électeurs indépendantistes.

Et c'est ce qu'ON continuera de faire avec dynamisme, ouverture et enthousiasme. L'indépendance du Québec peut compter sur nous.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.