A-t-on si peur de s'enrichir collectivement ? Faut-il imaginer toutes les magouilles inimaginables pour justifier son opposition ? Faut-il faire appel à la démagogie pour soulever l'opinion populaire ? On veut tous les services du gouvernement sans payer en honnissant les façons de faire et tous les projets pour emmagasiner les entrées de dollars
Je me présente, Sonia Di Capo. Jeune femme de 35 ans, souvent confinée au lit, ou à tout le moins, presque toujours chez moi, après 13 ans d'exposition aux moisissures. La vie me promettait un brillant avenir après avoir étudié en sciences, en littérature, en musique et en danse, toujours en me distinguant par ma passion et mon désir de réussir. Mais le sort en a voulu autrement. Entre 1995 et 2008, je suis progressivement devenue très malade. Je ne me doutais pas que le logis qui me protégeait du vent et des tempêtes m'empoisonnait lentement, mais sûrement. Les moisissures y étaient cachées entre les murs de ma chambre à coucher.
Les réalités humaines et sociales de cette maladie longtemps méconnues ou reléguées aux confins de nos préoccupations, trouvent progressivement une place au cœur de la cité. Cette évolution est encore partielle et laisse en jachère nombre d'espaces encore trop éloignés des avancées observées dans le parcours du soin, les soutiens de proximité et l'hospitalité de l'accueil en institution.
Se battre contre un cancer est simple. Se battre contre le système qui est censé vous soigner et en qui vous devez avoir toute confiance puisque vous leur déléguez des décisions concernant votre vie, est une horreur. Un tordeur. Une épreuve constante. Éprouvante. Je regrette la lourdeur bureaucratique. Je regrette le fait que le patient passe après les budgets. Après les quotas. Après les vacances du personnel usé et surmené.
À maintes reprises, j'ai eu l'occasion de constater que beaucoup des patients américains me semblaient plus proactifs dans leurs traitements, tout comme dans leurs critiques et leurs exigences par rapport aux services offerts, tant sur une base individuelle qu'au sein d'organismes œuvrant à la défense des droits des patients. Ici, au Québec, le patient sait qu'il sera traité dans des délais raisonnables, avec les meilleurs soins disponibles, sans le fardeau financier que cela impliquerait au sud de la frontière. Le concept social de soins de santé universels n'incite pas à poser des questions.
Le gouvernement du Québec a annoncé, lors du dépôt de son dernier budget, la création d'un groupe d'experts qui devra se pencher sur la faisabilité d'un projet pilote sur le financement à l'activité dans le réseau hospitalier. Il faut se réjouir de cette volonté de revoir la façon dont on rémunère les hôpitaux. De l'avis de plusieurs analystes, dont mon collègue Yanick Labrie, le problème chronique des listes d'attente au Québec réside en bonne partie dans le mode de financement des hôpitaux.
C'est un air connu: les baby-boomers vieillissent et leur nombre seul suffira à faire crouler notre système de santé lorsqu'ils atteindront l'âge d'or. Le raisonnement semble logique, mais il est faux. D'après des recherches récentes, la fréquentation accrue des services de santé a une incidence deux fois plus importante sur les dépenses que le vieillissement de la population.
Tous les signaux sont réunis au Québec, en 2012, pour en venir à la seule conclusion possible, le système de santé s'est effondré dans ses fondements les plus élémentaires comme l'accès universel et l'État persiste à le cacher. C'est la profonde conviction exprimée par André V. (qui souhaite garder l'anonymat) quant à son aventure avec le système de santé québécois.
Près de la majorité des Québécois se disent en faveur du don d'organes et plus de la moitié d'entre eux affirment avoir pris une décision en ce sens. Cependant, lorsque vient le temps de passer de la parole aux actes...c'est là que la situation semble se corser. En effet, très peu de Québécois semblent prendre des mesures concrètes pour faire connaître et/ou respecter leur décision. En 2010, seulement 119 personnes ont donné leurs organes...et ce, sur 58 400 décès!
La santé est un enjeu qui suscite beaucoup d'émotions, ce qui pousse parfois à se réconforter dans de belles paroles plutôt que d'adopter une vision pragmatique des choses axée sur les résultats. En effet, l'expérience de nombreux pays européens, de la France à la Suède, montre que le secteur privé à but lucratif peut jouer un rôle de premier plan dans la prestation des services de santé, sans que l'universalité du système soit remise en question.
L'idée d'imposer des « frais modérateurs » refait surface régulièrement dans le débat sur la viabilité du système de santé au Canada. Certains pensent que le fait de facturer les soins aux patients permettrait de limiter les dépenses, de faire en sorte que les gens reçoivent uniquement les soins dont ils ont besoin et de veiller à ce qu'ils ne surutilisent pas les services. D'autres, que cela aiderait à recueillir des fonds dont le système de santé a bien besoin. Facturer les soins aux patients n'est pas une solution. Voici pourquoi.
Un patient qui comprend sa maladie, qui s'informe et qui se prépare à ses rendez-vous, optimise son utilisation du système de santé. En effet, en acceptant d'assumer la responsabilité de sa condition, plutôt que de s'en remettre au système, il permet une économie d'argent et une meilleure utilisation des ressources et du temps.
Mercredi dernier, le Parti québécois annonçait que s'il forme le prochain gouvernement, la « taxe santé » serait abolie. En vertu de cette taxe implantée par le gouvernement du Parti libéral, chaque adulte doit contribuer au système de santé à hauteur de 200$, chaque foyer 400$, en plus des taxes et impôts déjà remis à l'État québécois.
Accepter la mort n'a rien de facile, notre culture est incapable de reconnaître cette importante étape de la vie. Plutôt que d'aborder le sujet comme nous le faisons avec la naissance, nous refusons d'en parler, nous tournons la tête avec l'audace de la refuser, comme si cela n'existait pas. Nos idoles restent jeunes, sinon on les refait de silicone.