Je me présente, Sonia Di Capo. Jeune femme de 35 ans, souvent confinée au lit, ou à tout le moins, presque toujours chez moi, après 13 ans d'exposition aux moisissures. La vie me promettait un brillant avenir après avoir étudié en sciences, en littérature, en musique et en danse, toujours en me distinguant par ma passion et mon désir de réussir. Mais le sort en a voulu autrement. Entre 1995 et 2008, je suis progressivement devenue très malade. Je ne me doutais pas que le logis qui me protégeait du vent et des tempêtes m'empoisonnait lentement, mais sûrement. Les moisissures y étaient cachées entre les murs de ma chambre à coucher.
Movember soutient deux causes. La première est la lutte contre le cancer de la prostate, maladie qui touche un Canadien sur sept au cours de sa vie. La deuxième est la santé mentale masculine, une nouvelle cause de la campagne canadienne cette année, qui touche un homme sur cinq par année. Nous espérons sensibiliser le public autant à la santé mentale masculine qu'à la lutte contre le cancer de la prostate.
Les réalités humaines et sociales de cette maladie longtemps méconnues ou reléguées aux confins de nos préoccupations, trouvent progressivement une place au cœur de la cité. Cette évolution est encore partielle et laisse en jachère nombre d'espaces encore trop éloignés des avancées observées dans le parcours du soin, les soutiens de proximité et l'hospitalité de l'accueil en institution.
Le secteur privé occupe une place importante dans le paysage hospitalier en Suisse, où 40% des hôpitaux sont privés. Les citoyens disposent d'une grande liberté dans le choix de leur prestataire de soins et y demeurent fortement attachés. Seuls 8% d'entre eux seraient prêts à renoncer au libre choix si cela pouvait faire baisser les coûts du système de santé. La rapidité avec laquelle les patients sont pris en charge est spectaculaire. L'attente est à toute fin pratique inexistante, comme en font foi les plus récentes données de l'enquête internationale du Commonwealth Fund.
Se battre contre un cancer est simple. Se battre contre le système qui est censé vous soigner et en qui vous devez avoir toute confiance puisque vous leur déléguez des décisions concernant votre vie, est une horreur. Un tordeur. Une épreuve constante. Éprouvante. Je regrette la lourdeur bureaucratique. Je regrette le fait que le patient passe après les budgets. Après les quotas. Après les vacances du personnel usé et surmené.
Cela fait plusieurs années que l'on nous répète ad nauseam qu'il faut désengorger les urgences. Nombreux sont les intervenants qui soulignent que les urgences ne sont pas l'endroit où l'on devrait se présenter pour des problèmes mineurs ou pour obtenir un diagnostic pour un malaise quelconque. Cela devrait se faire en clinique médicale, en CLSC, auprès d'un médecin de famille, bref AILLEURS qu'à l'urgence.
À maintes reprises, j'ai eu l'occasion de constater que beaucoup des patients américains me semblaient plus proactifs dans leurs traitements, tout comme dans leurs critiques et leurs exigences par rapport aux services offerts, tant sur une base individuelle qu'au sein d'organismes œuvrant à la défense des droits des patients. Ici, au Québec, le patient sait qu'il sera traité dans des délais raisonnables, avec les meilleurs soins disponibles, sans le fardeau financier que cela impliquerait au sud de la frontière. Le concept social de soins de santé universels n'incite pas à poser des questions.