Comment, le soir d'une élection cruciale, un homme armé d'un AK47, la mine patibulaire cachée par une cagoule noire et affublé d'un peignoir ridicule peut-il se promener en plein centre ville sans se faire appréhender par la police alors qu'un étudiant avec un masque de clown peut se faire arrêter, menotter et verbaliser manu militari?
Plutôt que de se contenter d'exprimer une opinion, il est aujourd'hui essentiel de discréditer celle qu'on ne partage pas, et si possible avec fracas. On passe alors du désaccord à une forme empirique du dénigrement dont le seul but est d'obtenir un écho et quelques secondes d'attention dans le tintamare incessant des convictions débridées. Et de ne pas hésiter à faire d'un simple point de vue, une haine en devenir, une haine en partage.
«Un mort, huit millions de blessés». J'emprunte cette éloquente métaphore publiée sur Twitter au journaliste Bruno Savard. Un des résultats ponctuels de cette victoire paradoxale: un mort, un blessé grave, une collectivité en état de choc. Une première dans l'histoire du Québec: une femme première ministre. Une première dans l'histoire du Québec: un attentat visant, de toute évidence, la nouvelle première ministre et ce qu'elle représente, lors du rassemblement festif suivant sa victoire.