Des manifestations de révolte et d'indignation ne sont-elles rien d'autre qu'une expression du spectacle sans conséquences politiques réelles? C'est la question que posent nombre d'ouvrages publiés sur les mouvements Occupy et sur la grève étudiante. Taper de la casserole et arborer un carré rouge paraît futile face aux catastrophes économiques et sociales de la crise et très loin d'une quelconque révolution qui pourrait changer véritablement le cours des choses.
En toute honnêteté, les changements en profondeur que requiert le milieu des affaires, de la fonction publique et du milieu de la politique au Québec ne pourront s'opérer sans un redressement très solide des questions d'éthiques, pas uniquement en surface et en forme, mais en substance et sur le fond des choses.
Trop d'indignation tue l'indignation. Être de gauche n'est pas un métier, c'est une pensée collective, de plus en plus difficile à articuler tant le propos de la droite populaire est séduisant de simplicité réconfortante. La course au profit s'accélère et un monde inquiétant l'accompagne. Les forces de l'argent glorifient l'individu chaque jour un peu plus, et laissent toujours plus de monde sur le bord de la route. Le temps est à la vigilance, et seul un propos crédible pourra être entendu.
Faisons donc l'amour à foison et faisons des enfants par douzaines, maintenant. Créons des baby-boomers à nouveau, juste pour qu'ils se gavent et décrissent, pour le bonheur de la génération suivante. En tant qu'économiste nouvellement installé, j'offre donc cette théorie à mes contemporains: Baisons, on sauvera une humanité sur deux. C'est mieux que rien.
On se retrouve constamment, depuis les années '60, devant le discours où il faut à tout prix abattre le système existant et instaurer des changements « radicaux », que ce soit sur le plan politique, économique, ou pour tout ce qui a trait à l'environnement. Dans cette logique d'opposition, tout fonctionnement à l'intérieur des structures en place n'est pas assez bon, pas assez efficace, et surtout pas assez rapide aux yeux des révolutionnaires permanents...
Le XXe siècle a apporté une modernité sans précédent en Occident. Dans sa deuxième moitié, quelques pays d'Orient se sont joints à la fête. Cette notion, de créer de la richesse, est devenu le but ultime de nos sociétés. Cet intérêt suprême devenait ainsi la nouvelle béatification au sein de laquelle, nous devions diriger l'ensemble de nos leviers sociaux. Cependant, l'intérêt perd de l'intérêt lorsqu'il devient trop indécent et que cette même indécence devient naturelle. Elle perd tout son sens lorsque son but n'est plus le bien commun, mais plutôt le bien particulier.
Mon directeur de maîtrise, humaniste au savoir encyclopédique, nous disait avec un petit sourire en coin : «Les Anglais font des réformes et les Français font des révolutions.» Et les Québécois font des révolutions tranquilles, ai-je pensé. J'ai passé deux des plus belles années de ma vie au XVIIIe siècle et je m'y réfugie encore parfois, au milieu d'une rêverie révolutionnaire anachronique.