Ce qui m'a frappé lors de mon séjour au « one happy island », c'est que les habitants ne voyaient aucun divorce entre le maintien de leur langue et de leur culture et l'apprentissage des langues étrangères - même si ce sont ces langues qui, en théorie, menacent d'étouffer la leur. Les logiciels de facturation, les enseignes, les horaires étaient en langue étrangère. Pas de « language police » icitte!
À l'occasion de la 15e journée de la Francophonie, le Mouvement national des Québécoises et des Québécois (MNQ) présente un nouveau symbole tout québécois. Il s'agit d'une contribution tangible afin de rappeler la place centrale qu'occupe le Québec dans la francophonie internationale et l'attachement tout particulier de notre peuple à la langue française.
La littérature n'est pas une matière importante. C'est un objet de consommation (notez bien combien les termes produit culturel reviennent souvent dans les écrits des politiciens!). Il n'apparaît donc pas nécessaire de faire l'enseignement d'une histoire littéraire qui serait aussi une histoire de nos idées et de notre sensibilité propre. Pourtant, un tel enseignement serait aussi à même de rendre intelligible et compréhensible aux nouveaux arrivants (de même qu'à nos enfants!) l'histoire de la survivance française en terre d'Amérique.
Jusqu'en 2001, l'OQLF avait un pouvoir d'intervention afin d'empêcher l'exigence abusive de l'anglais dans les offres d'emploi. Or, un grand patriote péquiste du nom de Bernard Landry lui a enlevé ce droit en 2001. Et aujourd'hui, une autre grande patriote péquiste, Pauline Marois, ne fait pas mieux. La vérité toute crue, c'est que les péquistes ont sorti un document bidon qui cache à peine leur préoccupation première : ne pas mécontenter les milieux d'affaires.
L'un des avantages de mon statut de journaliste à la retraite est le privilège de pouvoir consacrer beaucoup de temps à des recherches que seule la curiosité justifie. Je viens ainsi d'éplucher une à une les 3089 offres d'emploi affichées au site d'Emploi-Québec pour l'ile de Montréal. Je ne m'attendais pas à un résultat aussi désastreux pour la langue officielle.
Presque tout employé de TFO vit un rapport particulier avec la langue. Mon caméraman d'Ottawa subissait des railleries dans son école francophone parce qu'il parlait français. Un animateur musical de Sudbury se forge, à coup de connaissances encyclopédiques sur la question, une identité de polémiste de la communauté francophone en Ontario. Les accents, de tous les coins du Canada et de l'Europe, révèlent en surface des histoires bien complexes avec la maîtresse fragile et capricieuse qu'est la langue française.
Depuis plusieurs jours, je participe (par textes interposés) à un débat sur la condition du français au Québec. En fait, je défends ma position depuis maintenant un an et elle se résume de la manière suivante: le multilinguisme brouille les cartes sur le français. Cependant, j'ai compris récemment que ce qui inquiète vraiment ceux qui sont en désaccord avec ma thèse, ce n'est pas le supposé déclin du français. Plutôt, c'est la montée de l'anglais qui préoccupe les esprits.
N'est-il pas temps d'adopter une autre attitude dans cet éternel débat linguistique? La discussion est souvent plate à mort parce qu'elle consiste surtout à taper sur l'anglais et à chercher à punir les bilinguals, plutôt qu'à célébrer la langue que nous avons, inévitablement anglicisée qu'elle peut parfois être. Tenez. Un des plus beaux mots québécois est, en fait, un mot anglais. Enfirouapé, qui vient de "in fur wrapped" (enveloppé dans la fourrure). Autre belle gymnastique que celle-là.
Et de lire Kelly McParland dans le National Post hier, en parallèle au dévoilement des données du recensement 2011 sur les langues parlées au Canada, j'en ai eu la gueule à terre. Le moralisme rampant du National Post, j'y suis habitué, mais un ton aussi ouvertement moqueur et une incompréhension aussi criante de la chose francophone, c'est du rarement vu.
Les données linguistiques du recensement 2011 sont venues confirmer ce que plusieurs d'entre nous avaient déjà constaté: le français recule au Québec. Dans le reste du Canada, la situation du français est catastrophique : hors Québec, 43 % des francophones (langue maternelle) utilisent plus souvent l'anglais à la maison que le français. Ces « assimilés » sont, pour la plupart, des jeunes, ce qui laisse entrevoir une assimilation quasi totale à l'anglais hors de l'Acadie dans un avenir relativement proche.
Toute cette escalade dans les blâmes et les accusations entre anglophones et francophones est en train de complètement occulter les vrais aspects de Montréal dont, déjà, on ne parle pas assez. Les opinions les plus extrêmes, les groupes de pression et les gens qui ont un agenda à faire avancer prennent tout l'espace, et on oublie ce que signifie vraiment la vie dans cette ville où se côtoient depuis longtemps deux grandes langues et deux grandes cultures, et où les gens sont, à la base, foncièrement ouverts et tolérants.
La supposée crise du français n'existe pas. Un simple regard aux données des recensements de Statistiques Canada le démontre. Le français comme langue d'usage augmente au Québec. Les allophones (souvent des immigrants) qui utilisent le français comme langue d'usage à la maison sont plus nombreux que ceux qui utilisent l'anglais (24% contre 21%). Lorsque les allophones québécois effectuent un transfert vers l'une des deux langues officielles du pays, ils sont majoritaires à choisir le français.
Pour que l'amour de notre belle langue française devienne contagieux et pour que toutes ses subtilités se traduisent dans nos façons de penser, il faut pouvoir utiliser tous les leviers à notre disposition. Le recours aux lois et aux règlements fait partie de ces gestes défensifs, si utiles quand on veut provoquer des arrêts d'agir, mais je suis de ceux qui voudraient passer à l'attaque!