Il fut un temps où les médias sociaux se voulaient le havre de la vérité capable de colmater l'authenticité du développement de nouvelles relations qui devaient devenir les bases d'une manière contemporaine d'interagir, d'une manière d'interagir plus vraie. Évidemment, l'utopie fut vite reprise par une équation de popularité instantanée multipliée par une potentialité de partage exponentiel qui transcendait lesdits réseaux construits à même un rapport d'authenticité des interactions : la viralité.
En quelques semaines, son réalisateur, Jason Russell, soutenu par de nombreuses célébrités américaines, est devenu l'un des sujets de conversation favoris des médias dans le monde entier. Arrêté cette fin de semaine pour un étrange fait divers (il se serait masturbé sur la voie publique), le projet de communication qu'il a initié via son organisme controversé Invisible Children démontre à quel point le phénomène d'amplification des réseaux sociaux peut-être redoutable, pour le meilleur comme pour le pire. Récit d'une campagne de pub ratée.
Le proverbe de marketing «parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en» ne s'applique pas ici. L'image paternaliste d'un humanitaire occidental héroïque a fait son temps. Ces fausses représentations ne font que générer des préjugés d'une Afrique empêtrée dans de perpétuels conflits, et d'une aide internationale qui a la solution à tout.
Je persiste à croire que ce n'est pas à grand coup de propagande et de formule de films bien réalisés que l'Afrique se libérera de conflits déchirants. Pour combattre un problème, il faut le nommer dans sa totalité. Il faut donc aussi nommer le rôle jouer par les pays occidentaux dans les dynamiques vécues par les sociétés civiles africaines. Refuser de faire ceci, c'est être complice d'une idéologie oppressante.