Je suis heureux de voir les employés de Gentilly-2 prendre la rue et se choquer, pas parce que je supporte le nucléaire, mais parce qu'au-delà de la décision économique et environnementale de fermer ou non la centrale, il y a des individus que l'on oublie. Peut-être que si Gentilly-2 brasse suffisamment, peut-être, qu'on y repensera deux fois avant de créer des emplois sans durée. Peut-être que les gouvernements vont se garder une petite gêne avant de développer des projets dans l'instantanée, sans continuité, sans durabilité.
Au hasard de la grève étudiante, il suffisait de faire un tour sur les différents médias sociaux pour se rendre compte à quel point il était désormais facile, en trois coups de cuillère à pot, de clore un débat en assenant les mots « Staline », « fasciste », « communiste » et ce, pour désigner tantôt les associations étudiantes soupçonnées de préparer l'avènement du Grand soir, comme les représentants du gouvernement accusés de vouloir transformer le Québec en nouveau Reich.
Je suis de ceux qui déplorent l'engagement citoyen qu'une fois tous les quatre ans. S'il faut agir vigoureusement pour secouer notre démocratie, l'alternative proposée par la CLASSE - la démocratie directe sollicitée à chaque instant - ne me paraît pas constituer une démarche très responsabilisante.
La fin de la session parlementaire, la fin des cours et la venue de la saison estivale ont ralenti le mouvement étudiant ainsi que le mouvement d'indignation des citoyens en général. Les manifestations sont moins fréquentes moins nombreuses. La forte probabilité d'élections générales en automne donne un espoir aux indignés d'un possible changement et d'amélioration, mais...
Quand bien même les remarques de certains membres de la CLASSE seraient excessives ou «déplacées», étiez-vous obligés de priver l'ensemble des étudiants de cette organisation - qui représente soixante-cinq associations étudiantes et rassemble 100 907 étudiant-e-s - d'une part des revenus du spectacle? Réalisez-vous, amis humoristes, que vos pratiques sont exactement les mêmes que celles du gouvernement libéral que vous étiez censés critiquer : condamner l'ensemble des étudiants parce que quelques-uns ont été plus radicaux?
« Certains gestes ne peuvent s'effacer. Enlever le carré rouge laissera la même marque qu'un cadre retiré du mur. » Ce tweet de Michel David du Devoir pourrait bien resurgir au moment du déclenchement des élections générales, si le scrutin a bel et bien lieu à la rentrée de septembre. Pauline Marois a suffisamment longtemps porté le carré rouge pour qu'il laisse des traces, effectivement.