En ce début du dernier droit de la campagne électorale 2012, nous pouvons affirmer sans détour que si elle aura été marquée par certains événements et paroles mal placées, elle ne passera pas à l'Histoire comme l'une des plus enlevantes, loin s'en faut. Ce dont ont parle beaucoup, mais uniquement de son absence, c'est l'éducation. Conflit étudiant? Jamais entendu parler...
Monsieur Francoeur, J'ai pris connaissance d'un article signé par Karim Benessaieh sur le site de la presse.ca. Dans cet article, l'auteur rapporte que la ville de Montréal et ses policiers en sont à une impasse, que la ville prétend ne plus être capable de soutenir ses contributions à votre régime de retraite et qu'elle pense faire appel à un arbitre pour imposer un règlement. Apparemment, la situation vous a ulcéré mais, pardonnez ma franchise, je suis incapable d'être sympathique à votre cause.
Après une passe d'armes verbale de deux heures, où l'on a su ce que disait ou ne disait pas le rapport Moisan, où l'on a débattu du nombre de médecins nécessaires à notre réseau, de la loi 10 ou de la posture envers le gouvernement fédéral, force est de constater qu'il n'y a qu'une seule grande perdante du débat d'hier soir : l'éducation. L'éducation pour laquelle plus de 200 000 étudiants ont battu le pavé le printemps dernier. L'éducation qui, de l'avis de tous, devrait être LA priorité pour une société qui se veut ancrée dans la réalité du XXIe siècle. L'éducation, faut-il le rappeler, pour laquelle nous sommes en élection cet été, après le conflit historique qui a agité les cégeps et les universités du Québec.
Ça commençait comme ça. Salut le jeune. Tu te souviens? je t'avais écrit une lettre, en mars. Je t'en demandais beaucoup, sans savoir que tu m'en donnerais autant. REER, hypothèque, flos et pli au pantalon, je te parlais de mon impuissance, et je te demandais de leur dire non, pour nous. Je te disais combien j'avais besoin de ton euphorie, de ta rage, de ta force, de ta liberté. Aujourd'hui c'est fini. Tu retournes en classe. Étudier. Tu n'as jamais eu d'autre projet. Ta cohérence honore ton printemps et ton carré de tissu.
"Élégance, convivialité et savoir-vivre... le temps d'une soirée, les invités se réapproprient une part de leur patrimoine en le mettant en valeur par leur simple présence ... tous les convives se démarquent par leur élégance tant sur le plan de leur comportement que dans leur tenue". Dixit le site web du Dîner en blanc.
Plus de six mois maintenant que les jeunes se mobilisent, prennent la rue, discutent en assemblée, parlent aux médias, organisent des camps de formation, pétitionnent les tribunaux, imaginent (avec l'aide de certains grands poètes) des slogans : "Nous sommes les bêtes féroces de l'espoir"... Rien d'autre de ce qui s'est passé au Québec depuis le dernier référendum a su attirer autant d'attention. Et tout ça, grâce aux "jeunes".
Statistiques Canada nous révèle que, sur une période allant de 1976 à 2011, le taux d'emploi actuel des jeunes Québécois est parmi l'un des plus élevés au pays. Dans la propre génération de monsieur Legault, ce taux atteignait, en 1976, 50,7%. Il est désormais de 57,7% chez ces jeunes qui ne « pensent qu'à la belle vie », deux points au-dessus de la moyenne canadienne, cinq points au-dessus du taux de nos voisins ontariens. Chez les 25-44 ans, il est aujourd'hui de 81,7%, alors qu'il n'était que de 67% à la douce époque de monsieur Legault, où l'on connaissait le vrai sens des mots « travail » et « effort ».
La trappe libérale comporte un mécanisme à deux coups: utiliser l'énergie de la révolte étudiante pour qu'elle se détruise elle-même, pour ensuite la transformer un appât destiné à attirer la population. Le premier coup est en marche. Le calendrier de reprise de la session d'hiver dans les CÉGEPS oblige les associations étudiantes à commencer la convocation des premières assemblées générales. Poursuite de la grève, trêve jusqu'au 5 septembre, reprise des cours afin de sauver la session, les alternatives sont rares et toutes risquées.
Depuis quelques mois déjà, un phénomène pour le moins fascinant est en train de se produire sur Twitter. Ils sont plusieurs centaines d'utilisateurs à y évoquer le souvenir de la Grande Noirceur et de la Révolution tranquille. J'ai relevé à ce jour plus de 2 500 tweets qui traitent de l'une ou de l'autre, et ça ne tarit pas (là-dessus, voir mon compte Twitter: @alexturgeon). Aucun parti n'est épargné, les uns dénonçant la Grande Noirceur, ce moment de stagnation nationale, les autres se réclamant de la Révolution tranquille, comme moment d'affirmation nationale.
En pleine saison électorale, Nadeau-Dubois quitte donc le devant de la scène et je dois dire que c'est tant mieux! Après avoir été outrageusement diabolisé par le gouvernement Charest, ce qu'il déplore à juste titre, Nadeau-Dubois vient de retirer une carte importante d'entre les mains du premier ministre: en s'évacuant du débat public, il vient peut-être de poser le geste le plus habile (sans le vouloir?) de cette jeune campagne électorale.
Dès qu'il a obstinément refusé de rencontrer les étudiants au début du conflit que l'on sait, pour ensuite se moquer d'eux à la conférence sur le Plan Nord, il devenait clair que la stratégie du gouvernement serait celle de la wedge issue. C'est-à-dire la politique de la pomme de discorde qui a pour objectif de diviser l'électorat sur un enjeu émotif (avortement, armes à feu, peine de mort?) et ainsi mieux stigmatiser l'Autre.
Jean Charest est bien téméraire de précipiter la tenue d'élections générales au Québec dans un contexte politique aussi volatil. Quand on est rendus à présenter d'éphémères députés adéquistes comme des grosses prises c'est qu'il y a un problème de recrutement.
Personnellement, ce n'est pas tant que Léo Bureau-Blouin n'ait pas complété ses études qui me frappe dans cette aventure. C'est que, à ce point séduit par la politique, il soit prêt à compromettre, non seulement ses études et sa vie de jeune adulte, mais aussi ses idéaux. Il existe après tout des partis politiques beaucoup plus proches des idées de M. Bureau-Blouin que ne l'est le PQ. Qu'il s'agisse des droits de scolarité, de l'environnement, de la démocratie directe ou même, de justice sociale, Québec Solidaire et Option Nationale sont davantage dans la cour d'idées auxquelles souscrit LBB.
Saviez-vous que même Camille Robert, co-porte-parole de la CLASSE, ne sait plus pourquoi ils manifestent? «Tout ça s'inscrit dans un contexte. C'est pas seulement la hausse des frais de scolarité, mais c'est aussi la taxe santé, la hausse des tarifs d'électricité, donc c'est tout ça qu'on dénonce aujourd'hui (La Presse).» Un contexte. Tarifs d'électricité. Tout ça, dit-elle. Hum.
Il fallait bien sûr s'attendre à ce que le manifeste de LA CLASSE fasse jaser. Bien qu'à mille lieues du brûlot, le simple fait d'appeler ça un "manifeste" semble raviver chez plusieurs des souvenirs... explosifs? Personne n'a encore évoqué la FLQ, à ce que je sache, mais des images de bombes doivent bien trotter dans la tête de certains. Hier, on apprenait que la police de Montéal a transféré le dossier étudiant au département (tenez-vous bien) du crime organisé. LA CLASSE et le crime organisé, même combat?
Au hasard de la grève étudiante, il suffisait de faire un tour sur les différents médias sociaux pour se rendre compte à quel point il était désormais facile, en trois coups de cuillère à pot, de clore un débat en assenant les mots « Staline », « fasciste », « communiste » et ce, pour désigner tantôt les associations étudiantes soupçonnées de préparer l'avènement du Grand soir, comme les représentants du gouvernement accusés de vouloir transformer le Québec en nouveau Reich.