N'en déplaise donc aux dirigeants de l'industrie du spectacle, nous ne « zapperons » pas cette crise sociale. Les enjeux sont trop grands, les questions trop importantes et débordant de loin le seul conflit étudiant pour que l'on mette le tout sous le boisseau. Un festival - à plus forte raison subventionné - peu toujours espérer faire mieux à l'édition suivante. Force est d'admettre qu'une société entière n'a cependant pas le luxe de disposer d'une pareille marge de manœuvre. Lorsque le feu est pris à la demeure, l'on ne reste pas à s'amuser sur le perron.
Le président du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval, en rajoute une couche. Dans sa lettre envoyée aux médias, il demande une période d'accalmie à l'approche de la période estivale. Il faudrait donc arrêter d'être indigné parce qu'une vingtaine de millionnaires bardés de logos veut faire des tours de chars à 300 km/h? Qu'on rentre dans les rangs parce qu'il va bientôt y avoir des défilés de clowns dans nos rues? Qu'on cesse de penser parce que c'est la saison des festivals? Qu'on ferme nos gueules parce qu'on installe des podiums dans le centre-ville?
Alors, qui a peur d'Anonymous? Eh bien, moi. Et tous ceux, j'ose croire, qui sont mal à l'aise devant la panoplie de hacktivistes toujours prêts à dénoncer et à menacer, dans le plus parfait anonymat, les gros de ce monde. La voix ténébreuse qui sort du plafond (ou, en l'occurrence, de l'ordi) vous sommant d'avoir peur, très peur... elle n'est pas celle d'un gouvernement omniprésent et répressif, tel qu'imaginé par George Orwell dans 1984. Elle est celle des matamores de l'internet qui collaborent à Anonymous.