Si les paradis fiscaux ont officiellement disparu, ils restent des pays à loi et fiscalité paradisiaques, créant des tentations pour les acteurs économiques qu'ils soient individus ou entreprises. Certains acteurs enfreignent les lois de leur pays d'origine, en particulier en matière d'évasion fiscale, mais la plupart les respectent. La vraie question soulevée concerne la légitimité perçue des investissements dans ces pays.
Les révélations du Consortium international des journalistes d'enquête font frémir tous les fraudeurs fiscaux de la planète. N'allez cependant pas croire que les paradis fiscaux ne servent qu'aux vedettes de la commission Charbonneau, aux politiciens socialistes français ou aux dictateurs en tout genre. Non. Votre voisin, votre frère ou peut-être votre patron a son fonds de pension là-bas. Voyons comment ça fonctionne.
Les entreprises justifient leur présence dans les paradis fiscaux par le simple fait que leurs concurrentes y sont, ou que leurs clients y font des affaires. Pour ces raisons, elles ne peuvent donc pas se permettre de ne pas y être. Il est évident que certaines banques sont mouillées jusqu'au cou dans la circulation mondiale de l'argent sale. Étant donné que la gouvernance mondiale ne peut enrayer juridiquement les paradis fiscaux, l'éthique doit alors servir de contrepoids à travers la responsabilité morale des dirigeants d'entreprises.
Sur le plan mondial, l'absence d'harmonisation fiscale internationale permet aux paradis fiscaux d'exister et de se multiplier. Mais comment enrayer juridiquement les paradis fiscaux? Sur ce point, malgré l'existence d'institutions internationales, la gouvernance mondiale ne semble qu'une illusion. Elle est même hypocrite. La question de la gouvernance mondiale est très délicate. Mais il faut dénoncer sa forme actuelle, qui n'est ni démocratique, ni adéquate.
Il est temps de rompre avec l'inertie fiscale. À défaut, les contribuables désireux de réduire leur fardeau fiscal vont se tourner naturellement vers la fraude fiscale ou l'évasion fiscale. L'impôt est nécessaire pour assurer le financement des services publics. Sans impôts, il ne peut exister de destin commun et de capacité collective à agir. Mais il ne suffit pas d'établir l'impôt. Encore faut-il qu'il soit juste et équitable. Si l'impôt est nécessaire, le système fiscal ne doit pas être une pression sur les contribuables.