Trop d'indignation tue l'indignation. Être de gauche n'est pas un métier, c'est une pensée collective, de plus en plus difficile à articuler tant le propos de la droite populaire est séduisant de simplicité réconfortante. La course au profit s'accélère et un monde inquiétant l'accompagne. Les forces de l'argent glorifient l'individu chaque jour un peu plus, et laissent toujours plus de monde sur le bord de la route. Le temps est à la vigilance, et seul un propos crédible pourra être entendu.
Monsieur Bock-Côté, récemment dans votre blogue, vous posiez la question suivante : « Pourquoi y a-t-il des partis souverainistes «de gauche»? C'est une question toute simple à élucider: Il existe des partis souverainistes de gauche parce qu'indubitablement, le projet collectif doit s'accompagner d'une rupture avec la dépendance politique. De plus, l'insatiable quête de justice et d'égalité de la gauche rend la subordination d'un peuple naturellement insupportable.
Impossible de commencer cette lettre sans remercier le 25% estimé de québécoises et de québécois qui ont décidé de voter stratégiquement pour le PQ afin que vivent certaines idées de gauche, les nôtres, qu'ils défendent corps et âme. Et gardons bien à l'esprit leur pincement au cœur lorsqu'ils ou elles ont déposé leur bulletin dans l'urne...Sans eux, Charest serait encore au pouvoir, les frais de scolarité auraient augmenté de 75%, la langue française continuerait de s'éteindre, la corruption se serait accrue, etc.
Le Parti Québécois devrait se rendre compte qu'il a ici une responsabilité particulière. Que fera-t-il immédiatement pour que certains de ses projets législatifs ne soient pas perçus comme appartenant à un nationalisme d'exclusion pratiqué par une certaine droite française? Qui mettra en pratique la tradition de Gérald Godin et de René Lévesque à l'égard de nos compatriotes d'arrivée plus récente?
Le débat gauche-droite mène également à une dégradation du climat social : chaque côté se croit supérieur et accuse l'autre des pires crimes imaginables. Ainsi l'on compare Charest à Hitler, le SPVM au SS, Khadir à un dangereux islamiste, Gabriel Nadeau-Dubois à un agent communiste, etc. La droite croit disposer du monopole de la raison alors que la gauche croit détenir le monopole du cœur, menant à un usage abusif de rhétorique afin de convaincre la population que le Québec est sur le bord du gouffre.
Au fil de mes années de travailleur, vers l'âge de 16-17 ans, j'ai donc naturellement milité au sein du syndicat tout en gardant en tête une idée qui ne m'a jamais quitté depuis : si les syndicats n'existaient pas, les travailleurs vivraient encore aujourd'hui dans des conditions outrageusement précaires et dangereuses.
La droite au Québec est libertarienne! Je suis allé vérifier, je pensais que c'était un régime alimentaire avec des fautes d'orthographe dedans, mais non, ça existe. C'est pas encore dans le dictionnaire, mais ça a l'air que ça existe quand même, que ça a une histoire, des penseurs, des économistes et tout ça, oui oui! Et qu'est-ce que ça mange en hiver un libertarien?
Le gouvernement Charest a invité les chefs des trois grandes centrales syndicales à participer aux négociations. Qu'est-ce que ceux-ci faisaient là? Le litige entre les deux camps ne les concerne pas du tout. Normalement, le rôle d'un leader syndical est de défendre les intérêts des travailleurs face à l'employeur, mais le syndicaliste québécois fait plus que cela dans notre province.
- Papa, toi tu dis toujours la gauche, la droite, la gauche, la droite ... mais c'est quoi ça, qu'est-ce que ça veut dire ? - Mon amour. C'est très simple. La gauche véhicule des valeurs humanistes, des valeurs de progrès, de solidarité, de liberté, de justice, de partage et d'égalité, tandis que la droite, plus pragmatique, favorisera des valeurs traditionnelles fondées sur l'ordre, le mérite, la sécurité et le conservatisme, valeurs auxquelles il faut ajouter la prédominance de l'individualisme, du libéralisme économique dérèglementé favorisant, avant toute chose, le profit. Va te brosser les dents.
Ces jours-ci sortent en librairie trois livres sur lesquels j'ai bien hâte de mettre la main. Trois livres écrits par des amis personnels, des penseurs originaux qui ont, chacun, des visions du Québec qui sont à la fois très divergentes, mais qui, toutefois, se recoupent sur certains points. Je parle d'Éric Duhaime, Jean-François Lisée et Mathieu Bock-Côté.