« Sorry Madame la Présidente, I didn't understand the question », en d'autres termes « Madame la Présidente, you are not my chum ». Il suffit au témoin récalcitrant d'exprimer clairement qu'il ne comprend pas la langue, ou les nuances de la langue de son interrogateur, pour soulever un doute raisonnable qui lui permettrait éventuellement d'être acquitté d'une accusation de parjure et d'outrage au tribunal. Ajoutons à cela le fait qu'on ait retardé cette enquête, ce qui a pour effet direct de justifier pleinement les trous de mémoire...
Nous sommes au courant de cette maladie qui gangrène Montréal, je veux parler de la corruption généralisée dans le domaine de la construction municipale. Bref, le bilan du maire Tremblay en matière d'éthique est bel et bien un échec. Mais au-delà des révélations que nous a offertes la commission Charbonneau, quel portrait peut-on brosser de la décennie Tremblay ? D'abord, Gérald Tremblay a eu, comparativement à ses prédécesseurs, l'audace de s'attaquer à la déficience et la déchéance des infrastructures souterraines.
Le témoignage de Michel Lalonde devant la Commission Charbonneau ébranle sérieusement certaines illusions qui bercent le Québec depuis des décennies. Les révélations du PDG de Géniu conseil sont aussi retentissantes que celle de Lino Zambito. La collusion et la corruption se sont installées chez les entrepreneurs, mais aussi chez les firmes d'ingénieurs qui faisaient affaire avec la ville de Montréal et, sans doute, d'autres municipalités. Nous avons été bien naïfs, bien longtemps.
La destitution cette semaine du maire de Toronto, Rob Ford, relève à nouveau le contraste entre Montréal et Toronto. Bien que le tempérament du maire pose problème, le fait d'avoir utilisé du papier entête de la ville pour mousser ses bonnes oeuvres est une peccadille en comparaison à ce que l'on découvre à Montréal. Alors, avant que Macleans magazine nous refasse le coup, disons-le tous en choeur: la corruption a une ville, voire une province, et jusqu'à preuve du contraire, elles se trouvent de ce côté-ci de l'Outaouais. La question, maintenant, celle qu'on répugne à se poser, c'est pourquoi?
On peut dire que c'est la fin d'une époque dans la troisième plus grande ville québécoise. Depuis 1989, le roi de Laval a dirigé la ville d'une main de fer. C'était lui Laval. Que sera l'héritage de ce politicien municipal? C'est évident que les soupçons de corruption et de marchandage vont entacher son règne. Malgré cela, il faut quand même reconnaître que M. Vaillancourt laisse une ville bien en ordre sur le plan économique.