On constate que la loi 1 sur «l'intégrité en matière de contrats publics» a des effets pervers et pourrait menacer certaines entreprises qui ont développé une expertise reconnue. Le grand patron de SNC-Lavalin a fait du lobby récemment auprès du bureau de Pauline Marois pour préserver l'entreprise. Mme Marois a reconnu qu'il fallait faire quelque chose.
Le verdict vient de tomber par l'entremise de l'Unité permanente anticorruption (UPAC): 37 arrestations, dont l'ancien maire de Laval Gilles Vaillancourt, l'entrepreneur Antonio «Tony» Accurso et l'ex-vice-président de la firme Dessau, Rosaire Sauriol. Trois noms ayant fréquemment défrayé les manchettes ces dernières années, rarement pour les bonnes raisons. Le «Système Laval» vient d'en prendre un coup, et il y a fort à parier qu'il y en a plusieurs, en apprenant le coup de filet réalisé par l'UPAC, qui doivent être très inquiets.
Il y a de ça quelques semaines, on octroyait une confiance aveugle à l'endroit de la commission Charbonneau et même de la plupart de ses témoins. Aujourd'hui, alors que les révélations ne sont plus favorables à telle ou telle cause ou à telle ou telle idéologie, on modifie le discours, on nuance et on critique le processus, la méthode, les acteurs...
Le gouvernement Marois fait preuve d'une grande incohérence en appelant à la prudence la commission Charbonneau. L'avertissement est venu de la première ministre en matinée, mais il a trouvé écho chez des ministres et, notamment, chez le vice-premier ministre François Gendron. Voilà qu'on découvre que les péquistes ont l'épiderme sensible lorsque l'un des leurs est une victime collatérale de la commission.
Le nouveau témoin de la commission Charbonneau, Gilles Cloutier, secoue les colonnes du temple en ce qui a trait au financement des partis politiques. En quelques heures de témoignage , il a étalé sur la place publique les méthodes utilisées depuis des décennies pour faire circuler l'argent illégal dans les coffres des partis, au municipal d'abord, mais également au provincial.
La liste des gens qui ont «trahi» Gérald Tremblay est tellement longue qu'on peut se demander dans quel monde parallèle vivait l'ex-maire de Montréal. À tel point que la commissaire Charbonneau a lâché que tout le monde semblait lui jouer dans le dos! Ou bien le maire de la métropole a fermé les yeux pendant son administration de 11 ans ou bien il a manqué à son devoir de vigilance.
Pour un gouvernement péquiste se prétendant social-démocrate, renoncer de se mouiller sur la loi municipale P-6, malgré des déclarations dénonciatrices de la Ligue des droits et libertés et de l'Association des juristes progressistes, relève de la mauvaise foi. On se souviendra toutefois que le Parti québécois avait décrié à maintes reprises le projet de loi 78, le dénonçant comme un bâillon à la liberté d'expression, eux qui ont eux-mêmes participé à quelques manifestations sans qu'un itinéraire ait été fourni aux autorités policières et qui ont de fait utilisé cette prise de position comme un argument électoraliste.
En toute honnêteté, les changements en profondeur que requiert le milieu des affaires, de la fonction publique et du milieu de la politique au Québec ne pourront s'opérer sans un redressement très solide des questions d'éthiques, pas uniquement en surface et en forme, mais en substance et sur le fond des choses.
La Commission Charbonneau aurait besoin de 18 mois supplémentaires pour finir de débarrasser le Québec d'un système de corruption bien installé. C'est long 18 mois. La juge France Charbonneau a surpris en demandant une aussi longue prolongation de son mandat, soit jusqu'en avril 2015. Compte tenu de l'étendue de la gangrène, l'échéance de l'automne prochain était irréaliste. Mais un an et demi de plus?
La commission Charbonneau donne à penser qu'il y a quelque chose de pourri au royaume du Québec. La fatigue politique devient chronique au point de se muer en neurasthénie. Quoi faire? Quel remède proposer? Je suggère une lecture, comme un antidote, un petit vaccin dont l'action n'est pas spectaculaire, mais qui fait son effet. À lui seul, il ne guérit rien, mais il prévient, il prémunit, il endigue certains dommages collatéraux à la déprime collective.
« Sorry Madame la Présidente, I didn't understand the question », en d'autres termes « Madame la Présidente, you are not my chum ». Il suffit au témoin récalcitrant d'exprimer clairement qu'il ne comprend pas la langue, ou les nuances de la langue de son interrogateur, pour soulever un doute raisonnable qui lui permettrait éventuellement d'être acquitté d'une accusation de parjure et d'outrage au tribunal. Ajoutons à cela le fait qu'on ait retardé cette enquête, ce qui a pour effet direct de justifier pleinement les trous de mémoire...
Il y a un an, jour pour jour, cinq femmes pénètrent dans la Cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou pour interpréter un Te-deum punk cinglant. Vladimir Poutine est accusé d'avoir manipulé les résultats d'élections et un mouvement d'opposition tente tant bien que mal de se mobiliser. Mais le peuple russe est désabusé tant par les oligarques corrompus qui financent l'opposition que par le gouvernement corrompu qui a au moins l'avantage de nourrir leur fibre patriotique. Là-bas comme ici, l'indifférence marie la désillusion.
À suivre les travaux de la commission Charbonneau au quotidien, on en retient l'impression que le crime organisé s'est fixé pour objectif non seulement de contrôler le secteur de la construction comme une fin en soi, mais aussi de corrompre au passage des politiciens qui n'attendraient que ça. Vraie ou fausse, peu importe, c'est l'impression du commun des mortels. Malheureusement, les arbres de la forêt cachent le sentier qui mène à la caverne d'Ali-baba. La présidente de la Commission est limitée par son mandat, vrai! Mais l'examen des faits pourrait l'amener ailleurs.
Une vidéo virale filmée avec un téléphone intelligent le 29 janvier illustre parfaitement en quoi Montréal est devenue une honte nationale. Dans un segment de quelques secondes tourné tout près de l'Université McGill, on voit une jeune femme lutter pour garder son équilibre au milieu d'un torrent causé par la rupture d'un aqueduc âgé de 88 ans. La force du courant l'empêche d'avancer, tandis que divers débris dévalent à grande vitesse la rue qu'elle tente de traverser.
Une autre occasion ratée de la Commission Charbonneau, du moins jusqu'à présent, est d'évaluer les conséquences de la corruption non seulement pour l'État mais aussi et tout autant pour les individus et les entreprises qui se retrouvent systématiquement exclus du libre marché. Soyons clair : l'effet principal et immédiat de la corruption et de la collusion est de créer des cartels, des trusts et des monopoles de tout genre à même les fonds publics.
Dans la saga qu'est devenue la commission Charbonneau et le témoignage controversé de Martin Dumont, il faut se demander si ce témoin a contribué à faire avancer les travaux de la Commission pour faire la lumière sur le système de collusion et de corruption. Martin Dumont, témoin impuissant, à qui le patron disait que tout était normal et un premier magistrat sans curiosité, ne voyant rien ce qui se passait dans la cour de son royaume.