En acceptant l'invitation du Huffington Post Québec d'écrire des billets à mon propre rythme, je ne croyais pas pouvoir intervenir très souvent. À d'autres blogueurs rencontrés à la soirée inaugurale de février 2012, je disais ne pas m'attendre à trouver dans l'actualité matière à interventions très soutenues. Or, non seulement ai-je produit 12 billets en 9 mois (mi-mars à mi-décembre), mais encore ai-je dû laisser filer quelques sujets interpelant un démographe.
Faisons donc l'amour à foison et faisons des enfants par douzaines, maintenant. Créons des baby-boomers à nouveau, juste pour qu'ils se gavent et décrissent, pour le bonheur de la génération suivante. En tant qu'économiste nouvellement installé, j'offre donc cette théorie à mes contemporains: Baisons, on sauvera une humanité sur deux. C'est mieux que rien.
Ils sont accusés de tous les maux, ces pauvres. Pourtant, ils ont tout inventé. La sociale démocratie, c'est eux. Les grands travaux hydrauliques, c'est eux. L'assurance maladie, le système de santé gratuit et l'enseignement supérieur accessible aussi. On pourrait continuer encore. Alors, pourquoi sont-ils si mis à mal? La liste de critiques les concernant pourrait être aussi longue que celles des bons coups pour les encenser.
Au printemps 2011, deux jeunes dans la trentaine, que je connaissais déjà, me disaient avoir très hâte que leur génération supplante en nombre les baby-boomers. Me sachant démographe, ils m'ont demandé de leur dire quand les jeunes adultes seront suffisamment nombreux pour espérer jouer un rôle plus important dans la société.
Depuis 2010, les premiers Baby-boomers arrivent à leur retraite. En vagues massives, ceux-ci quitteront successivement le marché du travail jusqu'en 2025/2030. En 1975, on comptait 7 travailleurs pour 1 retraité. Actuellement, ce ratio est de 4 travailleurs pour 1 retraité et en 2030, cette proportion passera de 2 travailleurs pour 1 retraité. Les faibles taux de natalité des dernières décennies expliquent cette situation et comme l'indiquent les dernières données du recensement, aucune augmentation du taux de la natalité n'est prévue à moyen terme.
De nos jours, pour justifier une forte immigration, on prétend qu'il faudra davantage de travailleurs pour combler 700 000 emplois, dont «460 000 postes [...] laissés vacants par le départ à la retraite des baby-boomers». On suppose tout simplement qu'un départ à la retraite conduit nécessairement à une nouvelle embauche. Là est le sophisme.
C'est un air connu: les baby-boomers vieillissent et leur nombre seul suffira à faire crouler notre système de santé lorsqu'ils atteindront l'âge d'or. Le raisonnement semble logique, mais il est faux. D'après des recherches récentes, la fréquentation accrue des services de santé a une incidence deux fois plus importante sur les dépenses que le vieillissement de la population.