Personne n'ignore le peu d'empathie que votre gouvernement et vous-même portez envers les syndicats. En réalité, le projet de loi C-377 est votre attaque contre la liberté d'association des travailleurs. Sous couvert de ce que vous appelez hypocritement la « transparence », vous allez exiger que les organisations ouvrières rendent publique une montagne d'informations souvent personnelles, violant la Charte des droits et libertés et créant une usine à gaz chez Revenu Canada.
De qui parle-t-on ici? Si vous croyez que le gouvernement conservateur craint celles et ceux ayant recours à des stratagèmes fiscaux privant nos sociétés de milliards de dollars, vous avez tout faux ! Je parle bien entendu des chômeuses et des chômeurs qui sont prestataires fréquents, les travailleuses et les travailleurs qui occupent des emplois saisonniers ou à forfait, ceux-là mêmes que le gouvernement Harper soupçonne de fraude.
Bienvenue donc à cette commission sur l'assurance-emploi que vient de mettre sur pied le Parti québécois, en réponse à cet affront, pour ne pas dire ce mépris, du gouvernement Harper. L'assurance-emploi est une assurance à la fois sociale et économique. Une société ne peut se permettre de laisser le libre marché - et encore moins le vote partisan des conservateurs - jeter ses travailleurs à la poubelle.
L'histoire caractérisera le passage de Harper comme l'époque qui marqua la fin du rêve canadien. Pays de missions de paix, pays de partage des ressources entre les provinces, pays trop grand et trop peu peuplé pour laisser son développement aux seuls prédateurs privés, pays de l'accès universel aux soins de santé, pays aux paysages bucoliques et aux lacs poissonneux, pays... qui n'est plus que l'ombre de lui-même sous Harper.
En 2011, les conservateurs de Stephen Harper claironnaient chaque jour qu'ils allaient mettre «les régions au pouvoir». Leurs affiches électorales et leurs annonces publicitaires martelaient ce slogan avec une vigueur qui ne pouvait qu'inspirer la confiance. Deux ans après les élections, on doit se rendre à l'évidence: ces paroles creuses ont servi à camoufler la plus importante campagne de destruction des régions canadiennes des dernières décennies.
J'ai grandi dans une famille monoparentale et ma mère travaillait sur des projets temporaires, souvent financés par le gouvernement fédéral, entrecoupés de périodes où elle recevait ce qui s'appelait à l'époque de l'assurance chômage. Nous n'étions pas riches, et ce qui faisait la différence entre la pauvreté et un niveau de vie acceptable, c'était l'assurance emploi. Nos pères, nos mères, n'étaient pas des paresseux ni des fraudeurs, et le filet de sécurité sociale a sauvegardé nos familles à plusieurs reprises.