Le multiculturalisme n'a pas bonne presse au Québec. Beaucoup de gens, à droite comme à gauche, l'associent à une machination de l'État fédéral en vue de nuire aux revendications nationales des Québécois. C'est une grave erreur à mon avis. L'avenir des nations émancipées de la peur implique une conception plurielle de l'identité.
L'intégration des immigrants à la société québécoise est un sujet tabou. Et pour cause : dès qu'une personne est en désaccord avec une autre, il lui suffit de traiter cette dernière de raciste pour mettre fin au débat. Cette forme de "point Godwin" à la sauce québécoise témoigne malheureusement de l'état de nos débats publics.
Il est vrai que les enjeux concernant l'immigration et, plus important, concernant les personnes issues de l'immigration ont été évacués de cette campagne électorale. Fallait-il s'y attendre? En revanche, il m'apparaît nécessaire de souligner que plusieurs personnes issues de l'immigration ont fait le choix de présenter leur candidature à ces élections. Il faut du courage pour se lancer en politique, et ce, pour n'importe qui.
De retour d'une participation, le 30 mars dernier, à un atelier sur le thème Diversité, Médias et Représentation organisé par Multimédia & multiculturalisme, une initiative de l'Association Canadienne pour les Nations Unies, je me suis mis à répertorier les événements significatifs des cinq dernières années qui ont marqué la relation entre les médias et les communautés arabe et musulmane (Eh oui! Ce sont deux entités différentes) auxquelles j'appartiens.
Les enfants d'un CPE de Montréal mangent de la viande halal. Les résidents d'un CHSLD de la métropole consomment des aliments cachères. Le Journal de Montréal rapportait récemment que les aliments sanctifiés par le clergé juif ou musulman ont fait leur entrée dans des établissements financés par le gouvernement du Québec. Les philosophies cachère et halal exigent que les animaux soient abattus d'une certaine façon, tandis que le rabbin ou l'imam récite une prière. Pour une société qui se targue d'avoir réussi à séparer l'État de la religion, ce constat a de quoi faire sourciller.