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Combien coûtent (ou rapportent) les «handicapés»?

18/12/2015 03:42 EST | Actualisé 17/12/2016 05:12 EST

A la suite des déclarations télévisuelles d'une jeune femme sur la place à part des «handicapés» dans la société, l'équipe de la COPHAN (Confédération des organismes de personnes handicapées) s'est prêtée à un petit jeu. Elle s'est amusée à imaginer un Québec libéré du contrat social en vigueur selon lequel les aléas de la vie (maternité, chômage et handicap notamment) sont pris en charge par la collectivité. Chacun pour soi, enfin! Un pays plus riche (ça reste à démontrer) où les bons payeurs de taxes ne payent rien pour les autres. Un monde idyllique où «eux autres [qui] contribuent à rien dans la société» sont absents du décor.

Bon, d'entrée de jeu, bon nombre des membres de la COPHAN se retrouvent avec un problème: ils peuvent mettre la clé sous la porte. Car dans ce monde parfait débarrassé de ces parasites que sont les «handicapés», on n'a en effet plus besoin de tous ces organismes qui font de l'accompagnement, du soutien, de la sensibilisation ou encore de la défense des droits. Les gens de la COPHAN vous tirent donc ici leur révérence et vous souhaitent à tous une longue vie sans le moindre souci au niveau de la motricité, de l'audition, de la vue, de la parole, de la santé mentale, etc.

Dans notre utopie, les fabricants d'aides techniques et les compagnies pharmaceutiques font aussi grise mine. Mais les promoteurs de condos et les entreprises de travaux publics, eux, maintenant encore plus autorisés à mettre des escaliers partout, se réjouissent, alors ça équilibre.

Le budget de l'État est également considérablement réduit. Certains d'entre vous sont tentés par cette perspective, n'est-ce pas? Allez, mettons à la porte tous ceux qui travaillent dans un hôpital, un CHSLD, un «CLSC», une école spécialisée, etc., on va faire des économies! On compte d'ailleurs sur les infirmières, les orthopédagogues et les thérapeutes en tous genres pour se recycler au plus vite, car il s'agirait de ne pas faire couler le système de l'assurance emploi. Ah mais non, où avons-nous la tête: dans ce monde idéal où l'on cesse de payer pour ceux qui ne contribuent pas par leur travail, il n'y a plus d'assurance emploi. Problème résolu!

Et ça continue... Il paraît que les personnes ayant des limitations font rouler l'économie à hauteur de 8 milliards par année. Huit milliards, ça en fait des sous, qu'on pourrait investir dans des choses beaucoup plus utiles et constructives comme des campagnes électorales ou la défense nationale.

L'équipe de la COPHAN en était là de son délire cathartique quand le téléphone a sonné. C'était la maman d'une fillette lourdement handicapée qui cherche à améliorer le sort de tous les parents d'enfants comme la sienne, obligés de quitter leur emploi et travaillant nuit et jour, sans rémunération, pour prendre soin de leur petit trésor. Alors, finalement, c'est peut-être vrai que, comme certains le pensent, «les handicapés graves y'a rien à faire avec eux». Mais, maintenant qu'on a bien ri, on va répondre à cette maman et voir ce que, tous ensemble, on peut faire avec elle.

Ce texte est paru sur le site de la Confédération des organismes de personnes handicapées (COPHAN), sous la rubrique Chroniques.

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