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Réforme de l'aide sociale: le gouvernement ignore la réalité des immigrants

08/06/2016 10:00 EDT | Actualisé 09/06/2017 05:12 EDT

À Projet Genèse, nous travaillons quotidiennement auprès de personnes immigrantes à faible revenu. 85% des personnes qui viennent ici chercher de l'aide sont nées à l'extérieur du Canada, et cette seule statistique suffit malheureusement à expliquer une partie de leurs difficultés.

Malgré leur niveau d'éducation, et leur expérience professionnelle antérieure, les personnes immigrantes sont surreprésentées parmi les personnes qui vivent dans la pauvreté à cause de la non-reconnaissance des diplômes et de l'expérience acquise à l'étranger, de la discrimination, du racisme, ou de barrières linguistiques. Cette situation devrait alarmer l'ensemble des Québécois et Québécoises, et elle semble s'empirer puisque chaque nouvelle cohorte d'immigrants rencontre plus de difficultés que la précédente à trouver sa place sur le marché de l'emploi. Le taux de pauvreté est même en augmentation parmi les nouveaux arrivants, alors que leur niveau d'éducation augmente.

Il n'est donc pas étonnant que les personnes immigrantes constituent une forte proportion des nouveaux demandeurs d'aide sociale. Ceci en fait des cibles potentielles du programme Objectif Emploi que le projet de loi 70 se propose d'introduire. Avec Objectif Emploi, on vise une intégration de l'individu sans tenter d'agir sur les problèmes du marché du travail lui-même. L'intention du gouvernement du Québec de forcer les demandeurs d'aide sociale à participer à des mesures d'intégration à l'emploi sous peine de pénalités financières démontre à quel point le gouvernement ignore la réalité de ces personnes vulnérables, notamment celles qui sont immigrantes ou racisées.

Nombre de personnes immigrantes doivent passer par un emploi alimentaire quand elles ne trouvent pas d'emplois correspondant à leurs qualifications. Malheureusement, plusieurs d'entre elles se retrouvent «coincées» dans ce type d'emploi pendant plusieurs années, il est alors extrêmement difficile pour elles de sortir de ce cul-de-sac professionnel.

Nous avons toutes les raisons de croire qu'avec Objectif Emploi, cet état de fait s'aggravera plutôt que de se corriger. Parce que l'intégration d'un nouvel arrivant est un processus long et complexe, qui ne «se règle pas» avec un seul stage ou une seule formation, mais aussi parce qu'il ne dépend pas seulement de la volonté de la personne, mais aussi des obstacles qu'elle rencontre sur son chemin.

Nous avons toutes les raisons de croire qu'Objectif Emploi ajoute aux obstacles à l'intégration en enrôlant les prestataires dans des mesures obligatoires. Dans les années 1990, le Québec avait mis en place de telles mesures obligatoires, et a finalement décidé de les retirer après avoir réalisé que les personnes enrôlées restaient plus longtemps à l'aide sociale que les autres. Cela démontre qu'un système punitif n'est pas nécessaire!

Pourquoi le gouvernement ne choisit-il pas plutôt d'améliorer les cours de francisation ou de permettre l'accès à plus de cours d'anglais quand le bilinguisme est un prérequis si important dans beaucoup de milieux de travail? C'est ce que nous rapportent les personnes qui fréquentent Projet Genèse, même celles qui ont essayé de trouver des petits boulots comme emballeur d'épicerie. C'est aussi ce que démontre une étude du Centre d'étude sur la pauvreté et l'exclusion selon laquelle des personnes immigrantes qui maitrisent les deux langues officielles sont moins à risque d'être à faible revenu, même si elles sont plus pauvres en moyenne que les personnes non immigrantes.

En rendant l'aide sociale conditionnelle, le gouvernement est conscient que des personnes renonceront à toucher ces prestations, car elles ne se sentiront pas en mesure de se conformer aux exigences d'Objectif Emploi. Elles se tourneront vers leur réseau social pour obtenir du soutien, ce qui affaiblira nécessairement leur communauté.

Le gouvernement fait le choix d'une politique qui va creuser les écarts entre les personnes immigrantes et celles qui ne le sont pas. Du même coup, le gouvernement néglige d'implanter des mesures concrètes pour combattre la discrimination, le racisme mais aussi l'exploitation qui sont monnaie courante sur le marché de l'emploi.

Parce que nous considérons que le gouvernement fait fausse route, nous l'invitons à retirer le projet de loi 70 et à concevoir des programmes mieux adaptés aux réalités des personnes immigrantes, nouveaux arrivants ou non, et à travailler à faire en sorte que le marché de l'emploi les accueille mieux et en plus grand nombre.

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