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Armes à feu et immobilisme politique

17/12/2012 02:51 EST | Actualisé 16/02/2013 05:12 EST
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US President Barack Obama pauses as he speaks during a memorial service for the victims and relatives of the Sandy Hook Elementary School shooting on December 16, 2012 in Newtown, Connecticut. Twenty-six people were killed when a gunman entered Sandy Hook Elementary and began a shooting spree. AFP PHOTO/Mandel NGAN (Photo credit should read MANDEL NGAN/AFP/Getty Images)

J'étais au Future Shop avec mon père lorsque j'ai appris la nouvelle. C'était bizarre, vraiment. Mon père regardait les nouvelles tablettes. Il a ouvert une page Internet.

FUSILLADE DANS UNE ÉCOLE PRIMAIRE AUX ÉTATS-UNIS.

Pardon?

Ma première réaction, c'était naïf, sincèrement. Ben voyons, ça doit être une vieille nouvelle. Ça ne s'est pas ENCORE passé. J'ai dû me résoudre à accepter l'horreur. Oui, ça s'était encore passé. Un fou, avec une arme, qui tire et qui tue. Qui vole 26 vies. Qui change le quotidien de plusieurs personnes. Qui fait vivre l'horreur à toute une ville. Toute une nation. Tout un monde?

«Ce n'est pas le temps de faire de la politique. L'heure est au recueillement,» nous disent les politiciens. Ils anticipent le débat monstre qui s'en vient. Une question qui déchire la population américaine.

Oui l'heure est au recueillement, mais ça n'empêche pas le questionnement et surtout, la discussion. Parce que la population américaine n'y échappera pas, la possession d'armes à feu, aussi peu régularisée qu'elle l'est aux États-Unis, est devenue un problème de société.

Vous trouvez ça normal que le taux d'homicide par arme à feu est 20 fois plus élevé aux États-Unis que dans les 22 nations les plus riches? Je crois que ça en dit long sur la question de la législation.

Ils attendent quoi alors les Américains pour changer leur législation? Eux qui sont aussi à cheval sur la sécurité.

Le débat des armes à feu est épineux de l'autre côté de la frontière. Dangereux même. Les politiciens tentent de l'éviter à tout prix. Il y a bien sûr les puissants lobbys comme la NRA qui poussent pour garder leur »liberté individuelle ». C'est un droit constitutionnel, que la possession d'armes. Il y a même une fondation qui s'appelle la Second Amendment Foundation. C'est pour dire à quel point ils y tiennent.

Et attention, vouloir toucher le Bill of Rights, c'est un quasi-suicide politique. Le Bill of Rights, ça offre la protection contre un gouvernement trop intrusif. Alors voir la classe politique vouloir jouer là-dedans, ça sème la panique. La peur d'un gouvernement fédéral qui prend trop de pouvoirs, c'est inscrit dans l'histoire américaine.

Ces 26 personnes ne sont pas seulement les victimes du tireur. Elles sont victimes d'un immobilisme de la classe politique, qui n'a rien voulu faire pour changer les mentalités sur les armes à feu. Les dirigeants préfèrent prêcher le statu quo, sous la tutelle des puissants lobbys. Ils ne veulent pas prendre le risque de s'entacher ans un débat qu'on connait profond. Pour cela, il faudrait ressasser les fondements même de l'Amérique. Il faudrait revoir les institutions et analyser leur pertinence à la lumière de la société d'aujourd'hui. Et c'est risqué. Cependant, les dernières tueries démontrent du besoin de se questionner.

Et le fameux Deuxième Amendement, de son poids législatif amène à se demander: la Constitution est-elle un document figé dans le temps? Doit-on interpréter les lois comme mot d'ordre, de façon littérale, sans jamais dévier de la tradition? Est-ce possible de rafraîchir la Constitution au goût du jour, en prenant compte du contexte social moderne?

Les armes à feu sont dangereuses. Elles servent à tuer. Leur possession doit être réglementée. Point. Barre. Les horreurs comme à l'école Sandy Hook, comme Aurora, comme le temple sikh, comme Virginia Tech sonnent une clochette d'alarme. Non, cela ne mènera pas le taux d'homicide à zéro. Le problème ne s'éradiquera pas avec une nouvelle loi, ça serait trop facile.

Il reste beaucoup d'autres choses à travailler en marge de la législation. L'accès à des soins de santé mentale par exemple. Un changement dans la culture de violence omniprésente. Il reste beaucoup de choses à travailler, des choses complexes à améliorer, mais une réglementation plus stricte est un grand pas dans la bonne direction.

Les armes à feu sont dangereuses. La liberté individuelle d'en posséder a mené à des tragédies innommables. Il ne s'agit pas de les interdire; cela n'offrirait qu'une occasion en or pour le marché noir.

Il s'agit de s'asseoir et de décider, collectivement, que les armes à feu sont dangereuses, qu'elles peuvent tuer et que leur possession devrait être encadrée très fortement.

Sandy Hook Elementary School Shooting