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La meilleure explication du parcours africain: géographie ou histoire?

24/04/2016 09:10 EDT | Actualisé 25/04/2017 05:12 EDT

Les contraintes historiques

Il est possible d'affirmer que l'histoire de l'Afrique et les choix sociétaires et politiques qui en ont découlé sont la principale cause du sous-développement africain. Le continent est d'abord le théâtre de la traite des Noirs. Les transformations démographiques qui découlent de cette activité, ainsi que celle de l'esclavagisme, nuisent lourdement à la reproduction et à l'essor des populations africaines. L'esclavagisme laisse place à une vague de colonisation massive au cours du XIXe siècle et du XXe siècle. La conférence de Berlin, en 1884 et 1885, a comme objectif d'établir des règles quant à la colonisation de l'Afrique et de répartir le territoire africain entre les pays européens. Une division totalement arbitraire du territoire est effectuée, sans tenir compte de nombreux facteurs tels la division ethnique ou les limites géographiques.

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The Rhodes Colossus Striding from Cape Town to Cairo. Caricature du célèbre colonisateur britannique Cecil Rhodes publié par le magazine Punch le 10 décembre 1892

Cet héritage territorial et politique laissé par la colonisation aura de la difficulté à être géré pacifiquement et résultera parfois en guerres civiles. La colonisation, afin d'acheminer les ressources de l'intérieur du continent vers les ports, construit les réseaux de transport à l'horizontale. Un problème se pose donc au niveau des transports à l'échelle verticale, et cela nuit à l'intégration du continent africain.

La colonisation est également meurtrière. Les Africains travaillent dans de terribles conditions et les Européens apportent certaines maladies.

Au niveau de l'économie, toutes les ressources sont dirigées vers les métropoles européennes, drainant les populations africaines de leurs richesses. L'Afrique ne parvient pas à se développer à cause des rapports de force présents lors de sa colonisation. Ce sont des élites africaines qui détiennent le pouvoir et la richesse, pas la population.

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Scramble for Africa, 1880-1913, 3 décembre 2014 (CC BY-SA 4.0)

Suite à la Deuxième Guerre mondiale, c'est la décolonisation. Une vague d'indépendance débute sur le continent. Toutefois, au nom d'une mauvaise gestion locale, les pays européens font de l'ingérence dans les affaires de leurs anciennes colonies. Des entreprises privées exploitent les ressources africaines. Les nouveaux gouvernements africains ferment les yeux en échange de redevances. Les États sont faibles, mais les régimes puissants. Les dirigeants utiliseront longtemps la violence comme moyen de contrôle vis-à-vis leur population.

La géographie comme frein à la richesse

Bien que la thèse historique ne soit pas négligeable, il serait également possible d'affirmer que le sous-développement de l'Afrique est dû à ses conditions géographiques.

En effet, la pauvreté africaine réside dans sa géographie extraordinairement défavorable, qui a contribué à façonner ses sociétés et ses interactions avec le reste du monde.

L'Afrique compte plusieurs caractéristiques géographiques et démographiques qui peuvent prédisposer à ralentir sa croissance et constituer des sources d'instabilité sociale et économique. Alors que les pays plus riches se retrouvent dans les zones tempérées de la planète, une grande majorité des pays plus pauvres se retrouve, elle, dans les zones tropicales et bien souvent enclavées, sans aucun accès direct au commerce avantageux de la mer. De ce fait, les pays des zones dites tempérées devancent généralement le développement économique de zones dites plus tropicales.

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Geography and GDP Density Map,

tiré de Geography and Economic Development de Mellinger, Sachs et Gallup, 1998.

Le PIB par habitant de l'Afrique subsaharienne (zone tropicale) en 2014, de 1 759,2  $US courants, est en décalage avec celui de l'Europe et de l'Asie centrale, zones tempérées, qui lui, est d'environ 6 851,2 $US courants. Tout porte à croire que la zone tempérée continue d'être le centre dynamique de l'innovation dans l'économie mondiale.

Subséquemment, la production alimentaire en Afrique fait face à de nombreux problèmes graves et préjudiciables : un faible rendement agricole, une fragilité des sols, des précipitations faibles et imprévisibles, des sols poreux, etc.

Enfin, l'avantage initial géographique de l'Eurasie joue un rôle important dans le sous-développement africain. Le phénomène de rareté de la faune et de la flore domesticable et les attributs de la domestication étant moindres qu'en Eurasie, l'exorde de la toute première agriculture africaine ne s'est développé que plusieurs milliers d'années après celui du croissant fertile. Ce phénomène de domestication est en lien direct avec une augmentation accrue des vivres disponibles et, par le fait même, de populations humaines profusément plus denses, politiquement centralisées, économiquement complexes et technologiquement novatrices.

La complémentarité des deux explications

Il est possible d'arriver à la conclusion que les causes historiques et démographiques sont en réalité conjointement responsables du sous-développement africain.

Historiquement, à l'époque du traité de Berlin de 1885, l'Afrique fut divisée arbitrairement selon les intérêts européens en raison du peu d'informations concernant la géographie, la réalité culturelle, ethnique et linguistique. C'est donc depuis longtemps que l'Afrique est le champ de bataille des Occidentaux, créant dès lors un retard économique.

Cependant, le Botswana, par exemple, pays enclavé, a connu une forte croissance économique et une stabilité politique explicable par la gestion honnête pour une utilisation efficace des ressources exploitées par un régime démocratique stable.

En Afrique, la mauvaise exploitation des ressources a mené à l'enrichissement d'une élite, qui par sa richesse et son influence, a eu accès au pouvoir de manière souvent corrompue, causant une scène politique instable et peu démocratique.

Géographiquement, la plupart des pays développés se trouvent dans les zones tempérées et priorisent la solution de problèmes vécus dans leur zone climatique plutôt que dans la zone tropicale, largement désavantagée. L'économiste Jeffrey Sachs a élaboré la théorie de l'axe nord-sud en Afrique, qui est une entrave à la diffusion des productions alimentaires et technologiques, causant un retard africain, contrairement à l'axe est-ouest en Eurasie.

De plus, l'emplacement du continent et de ces nombreux pays enclavés voile les perspectives de développement, notamment par le prix élevé associé au transport et au commerce de ces pays et par leur éloignement des grands marchés mondiaux situés davantage au nord.

Pour certains historiens, le colonialisme a permis aux colonies de se moderniser et d'intégrer les marchés économiques internationaux. Toutefois, ceci est une vision très occidentale, car il est indéniable que tant la colonisation que les facteurs géographiques et sociopolitiques sont typiquement associés à la croissance des pays africains. Bref, il faut savoir moduler ces deux facteurs principaux soulignés dans la thèse et dans l'antithèse, car les deux sont complémentaires pour créer une situation propre à ce vaste continent.

Bérangère Desfonds, Geneviève Péladeau-Gervais et Margot Pilote

Étudiantes au Collège Jean-de-Brébeuf.

Lire le texte avec sa bibliographie sur monde68.ca.

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