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La révolution tunisienne: une réussite complète?

06/03/2016 10:04 EST | Actualisé 07/03/2017 05:12 EST

La révolution qui eut lieu en Tunisie de 2010 à 2011 se solda avec l'exil du président Zine el-Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans. À cette époque, les Tunisiens étaient sortis dans les rues pour exiger la destitution de ce dernier en affirmant que, pendant trop longtemps, le pays avait été privé d'une véritable démocratie et que les droits et libertés civiles des citoyens étaient bafoués. Quatre ans après l'insurrection du peuple, quelle est la situation en Tunisie ?

Les bienfaits de la révolution

Le monde politique tunisien a beaucoup évolué depuis le départ de Ben Ali. Les premières élections libres du pays eurent lieu à l'automne 2011 et furent caractérisées par une lutte identitaire : l'islamisation de la société tunisienne.

Le parti islamique Ennahdha remporta le premier suffrage universel contre ses rivaux laïques. De 2011 à 2014, la société tunisienne s'islamisa rapidement, mais le phénomène était à prévoir, car les pratiques religieuses étaient très restreintes sous la présidence de Ben Ali.

L'islam est la religion principale du peuple tunisien. Plus de 95 % des citoyens sont musulmans. Dès l'arrivée au pouvoir du nouveau parti islamique, les musulmans gagnèrent de nombreuses libertés, telles que le droit de porter le voile islamique en public, interdit sous la présidence de Ben Ali. En Tunisie, l'islamisation de la société ne rime pas avec négation de la liberté, mais bien avec avancée démocratique.

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Femme tunisienne qui passe devant un graffiti contre la laïcité par Ezequiel Scagnetti. 2011. (CC BY-NC-ND 2.0)

En effet, le peuple tunisien possède, aujourd'hui, une liberté de culte ainsi qu'un système électoral fonctionnel. Preuve à l'appui, le multipartisme est bel et bien respecté en Tunisie et, lors des dernières élections, le parti laïque Nidaa Tounes fut victorieux.

De plus, les élections tunisiennes sont organisées par un organisme indépendant du gouvernement (l'Instance supérieure indépendante pour les élections), ce qui assure que ces dernières soient justes, libres et transparentes. Le respect des droits et libertés civiles est aujourd'hui effectif en Tunisie et le pays se trouve sur la voie de la démocratisation.

Les statistiques récentes du Democracy Index démontrent bien l'évolution de la démocratie en Tunisie. En effet, sous la présidence de Ben Ali, l'indice de démocratisation du pays n'était que de 2,79 (sur 10). Il s'élève aujourd'hui à 6,31 ce qui représente un sommet dans le Maghreb.

Les obstacles

Toutefois, un défi auquel la société tunisienne doit constamment faire face est de conserver le juste équilibre de la place qu'occupe la religion dans la gouvernance du pays.

Au cours des dernières années, plusieurs affrontements sont survenus entre des partisans prônant la laïcité de l'État et des islamistes radicaux. De plus, le pays fait face à une forte vague de radicalisation de sa jeunesse. Lors de l'été 2014, la Tunisie était la nation comptant le plus de ressortissants combattant pour l'État islamique en Syrie et en Irak.

L'économie tunisienne a aussi connu beaucoup de difficultés au fil des dernières années. En 2015, 24 personnes ont été sauvagement abattues au musée Bardo de Tunis et le 26 juin 2015, 39 personnes ont perdu la vie dans une station balnéaire. L'industrie du tourisme, qui représente 14 % du produit intérieur brut tunisien, a connu une baisse d'occupation de 70 % suite aux attentats revendiqués par l'État islamique.

Toutefois, ces attentats ne démontrent pas que la sécurité du pays est à risque. Les deux attaques meurtrières visaient principalement des touristes occidentaux et s'apparentent à un mouvement de terrorisme planétaire qui vise à menacer la sécurité mondiale plutôt qu'à s'attaquer aux particularités nationales. En effet, le mois dernier à Paris, 130 personnes furent tuées dans des attaques orchestrées, encore une fois, par l'État islamique. Finalement, le pays devra éventuellement faire face à un retour des combattants tunisiens de l'État islamique.

Le jugement final

Le plus grand obstacle à la démocratisation de la nation est de trouver un moyen pour satisfaire les communautés islamistes, mais aussi les partisans militant pour la laïcité de l'État.

La constitution tunisienne fut amendée, suite au départ de Ben Ali, pour accorder de plus grandes libertés civiles au peuple. Cependant, il reste à voir si ces amendements seront toujours respectés par les futurs gouvernements. Le pays est maintenant vu comme un modèle de liberté, en plein cœur d'un monde arabe où des idéologies radicales existent depuis des décennies. Les progrès considérables réalisés par la Tunisie ont attiré l'attention de plusieurs groupes radicaux. Les attaques perpétrées durant la dernière année sont directement attribuables aux avancées tunisiennes en matière de liberté.

La Tunisie sera-t-elle capable de se relever face à l'adversité et de continuer sa route vers la démocratisation ? Jusqu'à maintenant, la révolution de 2011 a amené une vague de changements positifs, mais il est toutefois trop tôt pour poser un jugement final.

Julien Demers-Poitras

Étudiant en sciences humaines au Collège Jean-de-Brébeuf.

Pour lire l'article avec sa bibliographie : monde68.ca

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