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<em>Mommy</em>: les sceptiques seront confondus

12/09/2014 09:50 EDT | Actualisé 12/11/2014 05:12 EST

« Les sceptiques seront confondus » avec Mommy, un film dramatique québécois écrit et réalisé par Xavier Dolan qui, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2014, remporta le Prix du Jury.

« Alors ?» Sans voix après la projection, devant une intruse qui voulait connaître ma réaction, je suis restée muette comme Kyla (Suzanne Clément) ; j'étais en état de choc : « Je ne peux pas parler, laissez-moi tranquille... »

Diane (Anne Dorval), jeune veuve monoparentale déjantée, à la beauté sauvage, hérite de la garde de son fils (Antoine-Olivier Pilon), un jeune adolescent au comportement violent, diagnostiqué bipolaire après son expulsion d'un centre correctionnel où il a déclenché un incendie. La directrice fait craindre à Diane un avenir sombre pour son fils, capable de passer de la douceur la plus déchirante à la fureur incontrôlable. « Ce n'est pas parce qu'on aime quelqu'un qu'on peut le sauver », prévient-elle. Diane relèvera le défi en s'appuyant sur l'aide d'une étrange voisine bègue et introvertie, Kyla (Suzanne Clément), mais surtout en jetant cette phrase incendiaire sur la lutte à entreprendre : « Les sceptiques seront confondus. »

Les acteurs, sous la direction de Xavier Dolan, sont foudroyants d'énergie, exaspérants aussi dans toutes les situations extrêmes où ils bravent le désespoir, infiniment fragiles. Chaque note de musique qui s'infiltre dans le récit vous déclenche un état d'âme à vous broyer le cœur. La musique accompagne de façon magistrale les émotions, et décuple avec l'image les sensations physiques. Lorsque la jeune fille chante en italien, j'ai pensé à Léolo de Jean-Claude Lauzon, même effet d'apaisement, à la fois de tristesse et de force tranquille. Xavier Dolan réussit un exploit avec ce film lorsqu'il met le personnage au centre du regard du spectateur, donnant à chacun de ses acteurs, Anne Dorval, Suzanne Clément et Antoine-Olivier Pilon, la même intensité ; créant la tension en les isolant, il leur permet de déployer toute leur puissance d'expression dans le jeu.

« C'est le film dont je suis le plus fier », affirme Xavier Dolan et le réalisateur a raison, car on y trouve autant de beauté que de douleur, mais toujours de la dignité, de la subtilité pour chaque personnage. Ses jeux de couleurs sont harmonieux et discrets. J'aime sa force et sa lucidité lorsqu'il avoue humblement : « De façon assez romantique, ma déception était aussi la peur de ne plus revenir à Cannes. D'être déjà mort dans trois ans. » Ce garçon tellement doué ajoute : « Je n'ai pas vécu ma jeunesse, je ne suis jamais allé à l'école, j'ai arrêté à 17 ans. S'il est un sujet que je connais sous toutes ses coutures, qui m'inspire inconditionnellement et que j'aime par-dessus tout, c'est bien ma mère. Quand je dis ma mère, je veux dire la mère en général, sa figure, son rôle. C'est elle que je veux voir gagner la bataille, c'est elle quoiqu'on fasse qui aura le dernier mot dans ma vie. »

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