LES BLOGUES

Lady Macbeth, un film de William Oldroyd

Je suis sidérée et je sais pourquoi je voulais voir ce film: les actrices britanniques sont des joyaux.

13/09/2017 09:00 EDT
Tirée de YouTube
Dans ce film, Katherine Lester est sublime et stupéfiante pour son jeu nuancé. 

En sortant du cinéma, j'éprouvais du dégout et une fascination violente. Les images s'imprègnent dans ma tête: des détails, comme le corset, qu'Anna la bonne lui ajuste brusquement en comprimant la taille fine de la jeune femme, le bleu de l'unique robe de satin, les mots qui claquent comme des gifles. La beauté de Katherine est en opposition à la dureté des visages masculins, leur laideur. Le silence, et l'austérité de la chambre. Le ton est donné.

Intriguée par le titre: Lady Macbeth. Je cherche le pourquoi de ce titre... L'association d'idées avec Shakespeare? Lady Macbeth est un personnage de Macbeth défini comme l'archétype de la femme perfide, qui pousse à commettre des actes pervers.

Synopsis

Dans L'Angleterre rurale du 19e siècle, Katherine épouse un Lord anglais après avoir été vendue par ses parents: elle et un lot de terre, à la famille de ce dernier. Dans une demeure glaciale et lugubre, elle mène une existence morose durant laquelle elle s'ennuie éperdument. Lors d'une balade, son mari étant absent, elle rencontre un jeune palefrenier qui travaille sur les terres que son mari possède. Elle s'éprend du jeune homme et entretiendra une relation passionnelle avec lui. Afin de protéger cet amour impossible, Katherine est prête à tout. Jusqu'aux pires sacrifices.

Le film de William Oldroyd est adapté du roman d'un écrivain russe Nikolaï Leskov, né le 16 février 1831. Il fut publié en 1865 sous le nom de Lady Macbeth Mtsensk Discrit. Nikolaï est un écrivain contemporain de Tolstoï, Tchekhov et Gorky, qui furent impressionnés par l'audace du personnage de Lady Macbeth, une des premières héroïnes de cette littérature à enfreindre l'interdit sexuel. Sous les dehors archaïsants du conte oral souvent adapté au XXe siècle, c'est un évènement pour l'époque, subversif.

Ce qui crée la modernité du film, c'est que William Oldroyd choisit le même parti pris que Nikolaï Leskov: celui de raconter une histoire forte dont on suit le déroulement dramatique avec anxiété et malaise. Pour détourner l'attention, il choisit un décor romantique, une comédienne au regard triste et doux, un paysage qui rappelle Les Hauts de Hurlevent entre la passion et la folie. Ou Les Sœurs Brontë, le film d'André Téchiné en 1979 avec Isabelle Adjani, Isabelle Huppert et Marie France Pisier, même atmosphère de plaines et de vent. William est avant-gardiste. Sa force, c'est de ne ressembler à personne.

Le fait que ce soit son premier film ne lui enlève nullement sa connaissance du théâtre, sa sensibilité.

Le fait que ce soit son premier film ne lui enlève nullement sa connaissance du théâtre, sa sensibilité. Il est, dans ses choix d'acteurs et de techniciens, un maître.

Le personnage de Katherine Lester est joué par Florence Pugh, une actrice anglaise née le 3 janvier 1996, dans le comté du Oxfordshire. Elle a grandi en Andalousie avec ses sœurs Arabella et Rafaella ainsi que son frère Sébastian. Son père Clinton Pugh est un restaurateur et sa mère Deborah, une danseuse. Cette actrice 21 ans, a un charisme formidable, une grande maîtrise d'expression qui défit tout chef opérateur. Sa première performance débute avec une série télé en 2014, The Falling, où elle interprète le rôle d'une adolescente. Pour cette production, elle est nommée meilleur espoir féminin au London Film Festival en 2014. En 2016, William Oldroyd lui offre le rôle principal de Lady Macbeth. Dans ce film, Katherine Lester est sublime et stupéfiante pour son jeu nuancé.

Je suis sidérée et je sais pourquoi je voulais voir ce film: les actrices britanniques sont des joyaux.

À l'affiche au cinéma Beaubien.

​​​​​​​