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La Sage-femme de Martin Provost

N’ayez crainte, il ne s’agit pas d’un documentaire sur le métier de sage-femme, mais bien d’une fiction de Martin Provost.

08/08/2017 09:00 EDT

N'ayez crainte, il ne s'agit pas d'un documentaire sur le métier de sage-femme, mais bien d'une fiction de Martin Provost. Ce réalisateur, scénariste et acteur est né en 1957 à Brest. À 18 ans, il rêve déjà de cinéma, et part à Paris, au cours Simon pour devenir acteur. Très vite, il décroche son premier rôle grâce à Nelly Kaplan dans Néa. Puis il écrit et joue pour le théâtre.

En 1990, il cesse toute activité de comédien pour se consacrer à l'écriture et au cinéma, enfin.

Loin d'être prévisible, Martin Provost est déconcertant, autant par ses sujets, que par ses choix de casting. On lui doit Séraphine avec

Yolande Moreau, une découverte autant par l'histoire que pour le

Jeu de la comédienne. Puis, c'est Violette et l'extraordinaire prestation d'Emmanuelle Devos dans le rôle de Violette Leduc écrivaine torturée, éprise de Simone Beauvoir.

C'est une révélation.

Cette fois-ci, ce sont les deux Catherine ! J'y cours.

Le premier talent de Martin Provost est dans ses choix. Catherine Frot, Catherine Deneuve, ça promet. Avec beaucoup de doigté et d'amour, ce duo de stars est ce qu'il y a de meilleur dans le film. Je connais bien Catherine Frot depuis Un air de famille, je l'ai vu progresser dans chacun de ses rôles. Et Catherine Deneuve qui a su sortir de sa pseudo froideur pour suivre la route audacieuse tracée par André Téchiné.

Sage-Femme aurait pu devenir un petit chef-d'œuvre, mais il manque de nervosité dans la mise en scène.

Sage-Femme aurait pu devenir un petit chef-d'œuvre, mais il manque de nervosité dans la mise en scène. Pourtant, Martin Provost a le sens du détail ; d'entrée de jeu, il nous propulse dans une salle d'accouchement où Claire entre et se révèle au spectateur, douce, compétente et délicate. Contrairement aux accouchements habituels au cinéma, où le bébé est toujours lavé et l'air d'avoir déjà six mois, Provost a eu l'audace de choisir une vraie naissance, et Catherine Frot est magnifiquement naturelle.

SYNOPSIS

Deux femmes encore jeunes sont reliées par une histoire lointaine. Claire (Frot) refuse catégoriquement de revoir cette Béatrice (Deneuve) qui a été brièvement la compagne de son père, lorsque Claire était adolescente. Béatrice est partie un jour sans donner de nouvelles. Elle revient parce qu'elle est gravement malade et sans le sou, cherche à retracer le père de Claire, ignorant qu'il s'est suicidé juste après son départ.

Claire a un fils, Simon, qui ressemble à son grand-père comme deux gouttes d'eau ; cela donne une scène charmante où Béatrice, stupéfaite de la ressemblance, pose délicatement ses lèvres sur la bouche de Simon. Le sourire de Béatrice est bouleversant devant Claire médusée. Ces deux femmes n'ont rien en commun. Claire, c'est la rigueur, le droit chemin, le sacrifice. Béatrice est une flambeuse, elle joue, elle boit devant sa copine qui, elle, veut tout contrôler, une sorte de vieille fille irascible. Mais quand la santé de Béatrice se dégrade, Claire cède et s'ouvre au présent. La psychorigide s'épanouit, sourit à son voisin (Olivier Gourmet, c'est la première fois que je le vois aimable dans un film et ça lui va bien). Jamais Catherine Deneuve n'a joué avec tant de finesse cette sensation d'épuisement de la vieillesse, et l'inquiétude de la mort prochaine. Toute ma tendresse va pour le talent de ces comédiennes, Catherine Frot, Catherine Deneuve, et en bonus Mylène Demongeot.

À voir pour un grand moment de plaisir !

À l'affiche au cinéma dès le 11 août.

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