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<em>Violette</em>, un film majeur du cinéaste français Martin Provost

15/11/2013 12:43 EST | Actualisé 15/01/2014 05:12 EST

Dans Violette, le réalisateur retrace magnifiquement l'existence de la romancière française qui fit scandale dans les années 60. Le film débute en 1942 quand Maurice Sachs, retranché dans le Limousin, héberge son amie Violette (Emmanuelle Devos). En 1942, Violette Leduc a 35 ans ; elle souffre depuis l'enfance d'une misère affective, mais aussi matérielle et sociale. Elle tombe follement amoureuse de Maurice

Sachs et le nourrit en trafiquant au marché noir. Malheureusement, Maurice est homosexuel, et il a beau être fasciné par cette étrange jeune femme qui souffre d'être laide, il lui intimera de «cesser ces amours impossibles, et d'écrire!» Le film s'achève en 1964, date du triomphe du roman La Bâtarde. Violette Leduc avait 57 ans.

Écrivain, comédien et pensionnaire à la Comédie française, Martin Provost est né à Brest en 1957. On lui doit ce merveilleux film, Séraphine, portrait d'une femme peintre en proie à l'insuccès. J'ai une grande admiration pour cet étonnant réalisateur qui a la sensibilité d'un artiste qui visualise aussi bien la peinture que l'écriture et nous plonge avec simplicité et poésie dans le merveilleux monde de la création. Martin Provost a conçu le film pour Emmanuelle Devos, tout à fait sublime dans l'interprétation de ce personnage de feu et de douleur qu'est Violette Leduc. C'est l'actrice qui lui suggérera Sandrine Kiberlain pour interpréter Simone de Beauvoir. Kiberlain s'est glissée avec une froideur et une rigueur impressionnantes dans le corps et l'âme de cette icône de la littérature, Simone de Beauvoir, qui poussera sa protégée à écrire pour ne pas mourir, et qui l'accompagnera jusqu'à la naissance de l'écrivain.


« Je partage avec Violette, le même sentiment de marginalité et d'exclusion», affirme le réalisateur Martin Provost. La mise en scène, par sa tonalité sombre et grâce à la beauté sobre et majestueuse des paysages, nous saisit dès la première image. Martin Provost fait corps avec son directeur photo, Yves Cape. Les actrices et acteurs prennent respectivement l'allure fiévreuse de Maurice Sachs (Olivier Py), la gestuelle d'une femme en détresse pathologique (Emmanuelle Devos), l'intelligence et la sensibilité de Beauvoir (Sandrine Kiberlain).

Ce film découpé en chapitres trace un portrait saisissant de Violette Leduc, qui fut une pionnière dans la pratique littéraire de l'autofiction, en dénonçant les tabous comme l'avortement, les passions illicites, ses amours pour les femmes et les homosexuels, tous les interdits d'une société hypocrite qui a pourchassé avec violence cette femme à la vie ravagée, qui avait eu le tort de naître illégitime à une époque où ne pas avoir de nom faisait de vous « la bâtarde ».

J'ai relu le livre de Violette Leduc et j'ai été bouleversée par la modernité et l'immense talent de cette femme qui a pu, grâce à ceux qui l'ont aidée à naître une deuxième fois, de connaître la gloire et trouver la dignité.

« Désormais, déplore Martin Provost, si vous ne rapportez pas d'argent, vous ne valez rien. » Je me permettrai d'ajouter qu'il suffit de voir une œuvre de qualité comme Violette pour garder espoir. Après tout, le mépris n'a qu'un temps.

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