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120 battements par minute, le projet d’une vie

Je ne sais pas toujours en entrant dans la salle de cinéma, quel sera le sujet du film, mais j’ai retenu cette phrase du réalisateur Robin Campillo: « il m’a fallu du temps pour parler du Sida».

17/10/2017 07:00 EDT | Actualisé 17/10/2017 13:17 EDT
Franco Origlia via Getty Images
Arnaud Valois est né à Lyon le 29 février 1984.

Je ne sais pas toujours en entrant dans la salle de cinéma, quel sera le sujet du film, mais j'ai retenu cette phrase du réalisateur Robin Campillo: « il m'a fallu du temps pour parler du Sida».

Robin Campillo, réalisateur français, est né au Maroc en 1962. Son baccalauréat en main, il étudie à l'Institut des hautes études cinématographiques. Au milieu des années 90, il devient le scénariste et monteur des films de Laurent Cantet pour L'emploi du temps, en 2001, Vers le Sud, et Entre les murs, qui remporte la Palme d'Or en 2008.

Genèse du film

Tout commence par la célébration du combat d'Act up-Paris, l'association de lutte contre le sida qui défraya la chronique en France, dans les années 90. Robin Campillo arrive à l'Act up en 1992. Militant dans l'association, il prend conscience que son rapport au cinéma est en train de se transformer. Bouleversé par l'irruption du sida, il n'a signé son premier film qu'à l'âge de 42 ans. Les Revenants, un film fantastique qui inspirera la série du même nom.

En 2014 , 10 années plus tard, Robin Campillo revient derrière la caméra pour le drame Eastern Boys qui lui permet d'être nommé au César du meilleur Réalisateur, ainsi qu'au César du meilleur film. C'est aussi le début du rapport au corps d'un point de vue politique qui va exercer une influence sur le projet à venir: 120 battements par minute en 2017.

Dans toutes les situations critiques, c'est toujours le citoyen qui est l'otage.

J'admire la démarche de Robin et de son entourage ainsi que son alliance avec Laurent Cantet, dont j'ai suivi avec enthousiasme le travail à plusieurs reprises. Cette association me plait et en dit beaucoup sur votre professionnalisme. Le film se définit en deux parties: le portait de la collectivité, les manifestations, la force du collectif et à la fois, la vitalité de la jeunesse entre les fous rires et les larmes. Ce qui est formidable dans ce film, c'est à la fois la colère et le désordre. Le côté documentaire dissipe la discrimination. J'aime beaucoup cette façon de faire, de dire par la parole, l'époque. On a compris la colère contre les laboratoires. Dans toutes les situations critiques, c'est toujours le citoyen qui est l'otage.

J'aimerais parler de la deuxième partie: l'histoire d'amour et le choix des acteurs.

Arnaud Valois est né à Lyon le 29 février 1984. Il monte à Paris et étudie au cours Florent. Il est découvert par Nicole Garcia pour son film Selon Charlie Cliente un film de Josiane Balasko et La fille du RER d'André Téchiné. On le retrouvera bientôt dans le film d'Albert Dupontel. Ce qui est particulier chez Arnaud, c'est qu'il a disparu de la scène pour devenir masseur professionnel et il croyait que le cinéma l'avait oublié. Il avait enterré cette idée de cinéma et il a reçu un coup de fil, mais Robin Campillo a mis longtemps pour choisir son comédien principal. Robin imaginait son acteur calme, c'était proche du personnage. Ses qualités de masseur qui allaient bien pour le film quand il devait donner des soins à Sean (Nahuel (Perez Biscayart). Ce dernier est né en Argentine, mais d'origine Basque. Il fut découvert par le réalisateur Benoit Jacquot pour le film Au fond des Bois, un excellent casting pour la deuxième partie le couple amoureux.

On a tous dans notre mémoire, un collègue de travail qui nous a fait venir dans son bureau pour nous dire « Je dois vous quitter... je vais mourir.»

Dès son entrée Nathan (Arnaud) assiste à une réunion organisée par les activistes d'Act up-Paris. Depuis des années, le groupe multiplie les actions spectaculaires pour lutter contre l'indifférence qui entoure l'épidémie du sida. Nathan assiste aux débats mouvementés. Devenu adhérent, il s'investit de plus en plus et se rapproche de Sean (Nahuel Perez), un jeune homme séropositif aux idées radicales. Quand Arnaud lui demande «qu'est–ce que tu fais dans la vie?». Il répond: «je ne fais rien, je suis séropo». C'est tout. Terrible pour ces jeunes gens qui ont mis tant d'énergie pour que les pouvoirs publics prennent conscience de la gravité de la maladie. Robin en 1982 avait 20 ans, et il dit: «on ne savait rien». Brusquement, nous sommes plongé dans la souffrance de Sean, du chagrin de Nathan. On a tous dans notre mémoire, un collègue de travail qui nous a fait venir dans son bureau pour nous dire « Je dois vous quitter... je vais mourir.»

Je vous laisse avec Robin et ses paroles.

« Faire mon film aujourd'hui, c'est regarder ce qui s'est passé en arrière et mettre en regard ce qui se passe actuellement. Ce film me permet de parler de prévention, parce que je trouve qu'il y a une régression sur la question du sida. Aujourd'hui, l'image d'Act up est récupérée...»